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LOIN DES YEUX, LOIN DU COEUR

Que nous disent ces friches d'un coin abandonné de Nice, dans le quartier de la Libération.

Que nous disent ces friches d'un coin abandonné de Nice, dans le quartier de la Libération.

Après tant de silences, d'abandons, de regards portés ailleurs, je reviens à mon blogue, et je propose un atelier d'écriture qui pourrait ressembler à cette cour que les herbes envahissent peu à peu. L'hostilité du milieu ne leur fait pas peur et elles sont belles de leur volonté à vaincre le goudron et le ciment qui les brûle mais dont elles semblent se jouer et tirer partie. Que de leçons elles nous donnent, l'air de rien, dans leur obstination à être là dans leur simplicité, à côté de nous.  J'aime leur humilité et leur ténacité. Il faudra que j'aille voir ce qu'elles sont devenues et si une main prompte à faire place nette ne les a pas arrachées.

A quel proverbe cette photo que j'ai prise non loin de chez moi pourrait nous faire penser ? (un proverbe est une petite phrase, une maxime exprimée en peu de mots et devenue populaire.

Il me vient à la bouche ces expressions proverbiales que tous les français connaissent et qui pourraient  correspondre à ma photo de friches en ville :

"A chaque jour suffit sa peine"

"A coeur vaillant rien d'impossible"

"L'air n'est pas la chanson"

"A l'impossible nul n'est tenu"

"Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir"

"Mauvaise herbe croît toujours"

"Qui veut la fin, veut les moyens"

Et bien d'autres que vous trouverez facilement dans le dictionnaire.

Afin d'écrire en partant d'un proverbe à méditer, vous pouvez vous reporter au livre de Laure Mi Hyun Croset, Après la pluie, le beau temps aux éditions Didier (Paris). Ce livre se laisse lire très facilement et donne plein d'idées pour "démarrer" une histoire, un essai, un poème, un dessin ou une photo.

Laure Mi Hyun Croset est une écrivaine suisse, née à Séoul en Corée. Son recueil de nouvelles, Les Velléitaires (Luce Wilquin 2010) relate avec ironie des tranches de vie de personnages qui abandonnent rêves et projets au lieu de les réaliser.

Polaroïds (Luce Wilquin 2011, prix Eve de L'Académie Romande 2012), narre l'histoire de ses hontes comme autant de petits instants de solitude dans lesquels on se reconnaît aisément.

On ne dit pas "je" (BSN Press 2014) raconte sans jugement ni complaisance le parcours d'un ancien toxicomane devenu le fondateur d'un label de musique électronique.

Les titres sont déjà sources de méditations, de réflexions. 

Cet atelier d'écriture, s'adresse à "presque" tous les âges.

Installez-vous dans une  méditation sur un proverbe de votre choix, ou sur un fait réellement vécu que vous tenterez de relier à un proverbe, ou sur  une oeuvre d'art  et vous recherchez un proverbe qui selon vous, pourrait correspondre.

Ce travail de recherche effectué,  laissez-vous aller à écrire sans arrière-pensée, et presque sans volonté, ni intention de votre part. L'écriture est souvent une longue méditation?

Envoyez-moi vos productions à l'adresse de mon blog.

 

Vous pouvez également "partir" (en voyage immobile) du début d'une nouvelle de Laure Mi Hyun Croset. Après la pluie, le beau temps 

- Depuis trois semaines, elle rêve de ce moment. Maintenant, elle est là, debout dans cette gare froide et ....................   (à vous de continuer)

 

 

 

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J'AIME ECRIRE DES POTRON-MINET

Warhol : l'art dans la plus grande puissance économique

Warhol : l'art dans la plus grande puissance économique

 

Nice le 18 février 2022

Cet article concernant la langue française, et l'intrusion de l'anglais, a fait déjà l'objet d'un article paru précédemment le 7 décembre 2021 sous le titre de  "le Franglais" et  semble être de plus en plus d'actualité.

Certains commencent seulement à s'émouvoir des dommages causés au français, par négligence et relâchement, craignant surtout de paraître "has been" si j'ose dire. Après avoir plus ou moins applaudi à l'envahissement de la langue française par les anglicismes, les recevant comme des enrichissements et une évolution incontournable  de la langue.

Je veux bien penser que cet envahissement soit incontournable,  au vu de la puissance de communication de modèles venus d'outre-atlantique, mais il semble que ces modèles soient de plus en plus pénétrants et qu'il soient un facteur de détérioration  du langage et malheureusement de la pensée, qui se tourne vers une pensée unique importée,    désignation de ce qui est bien et mal, acceptable ou non par l'opinion dominante, présente dans l'idéologie en odeur de sainteté,  et reprise par des adeptes qui s'empressent de relayer ce langage.  Au final le français se trouve dépossédé de sa substance et de sa richesse,  et ce phénomène semble s'amplifier à vitesse 5G.

Ne vous méprenez pas, j'aime la langue anglaise,  je suis angliciste. Ce contre lequel  Je m'insurge aujourd'hui, ce n'est pas l'anglais, c'est la domination d'une langue économiquement souveraine, qui prend la place des  autres langues, y compris le français, si nous n'y prêtons garde. Cette passivité de notre part,  se transforme en adoration béate, déjà décrite avec justesse par Tati dans ses films. La  puissance économique, et médiatique s'impose presque naturellement à travers son propre langage,  transmet des modèles, aliène les sentiments, la sensibilité, l'imaginaire, la culture jusqu'à effacer complètement la langue d'origine (le français) et la remplacer par un appauvrissement général de couleurs, de nuances  et de pertinence. 

C'est ainsi que j'entends de plus en plus dans la rue, le tram, les pubs, la radio, la télé, un galimatias qui se répand comme une pandémie. Ce galimatias est constitué "systématiquement" de pièces de langage  rapportées, "a junk language", "a fast language",  aux consonances anglo-saxonnes pour l'idée principale,  où  s'intercale tant bien que mal un français esquivé, et pauvre, que l'on reconnaît à peine au son et au rythme, un français mal prononcé, malmené, quasi inexistant. Un français rapiécé , qui  se présente en haillons.

Ce galimatias, n'est ni de l'anglais ni du français, ce sont des juxtapositions souvent malheureuses, des tics, des mimiques, des grimaces, des mots obligatoires, pris systématiquement dans la langue américaine ("a kind of gibberish" ) n'ayant ni saveur, ni couleur.

C'est sur ce remplacement "systématique" qu'il faut réfléchir, et sur les couleurs des sons perdus  du français 

Je m'arrête là, de peur de me répéter, de radoter ... Je pose seulement le problème qui apparaît de plus en plus symptomatique comme une maladie que nous aurions contractée. Je pense que la langue est fragile, que nous devons la protéger comme un être vivant, un corail menacé  et unique qui nous habite et nous constitue.

C'est tout simplement un monde soumis à une idéologie dominante, construite et qui véhicule  ce qu'il appelle "le changement"  "le décomplexé", qui ne peut être que mieux, non discuté et non discutable. 

                                      ---------------------

Envoyez-moi vos commentaires, vos idées, vos témoignages. Comment ressentez-vous cette manière de parler le français aujourd'hui ? je vous offre une tribune modeste pour échanger librement, libérés des pesanteurs et des pensées toutes faites.

Aimez-vous parler le français, aimez-vous l'entendre parlé avec ses couleurs, son rythme, son vocabulaire spécifique et vivant, dérivé principalement du latin, et du francien ? Aimez-vous découvrir des mots nouveaux et créés  (comme "ordinateur"  "baladeur" "divulgâcher" ) ...  dans la rue,  (comme "virolets" ,  ou ceux de Raymond Queneau et de bien des poètes amoureux de la langue française)?  Donnez des exemples précis de ce que vous avez découvert et de ce que vous aimez (les expressions, les mots)

 

ATELIER PROPOSE :   J'aime écrire dés potron-minet.

LA LANGUE FRANCAISE : 

Je vous propose d'écrire sur ce sujet d'actualité, car le temps n'est pas le même que celui de la parole, il demande réflexion et sincérité,  l'écrit a son propre temps, ses propres choix développés à base d'arguments, de métaphores, de comparaisons, de recherche d'un vocabulaire précis au service de la pensée.

Bonne journée à tous,

Laurence 

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LE FRANGLAIS : ELASTICITE ou RIGIDITE, PLASTICITE OU TOC

______ Article précédemment diffusé  le 07/03/2021___________

Tout d'abord, écoutez cette émission de France Culture du 30 janvier 2021 

https-//www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/le-franglais-incoercible

Voici le texte de présentation de l'émission :

Réalisation : Yaël Mandelbaum

Invité : Bernard Cerquiligni, linguiste, professeur de linguistique à Paris VI, membre de l'Oulipo et conseiller scientifique du Petit Larousse;

Fameux paladin d’une résistance, René Étiemble, professeur à la Sorbonne, pourfendait déjà, dans les années soixante, ce qu’il avait intitulé avec éclat le «franglais ». Il dénonçait un « sabir atlantique » qui abîmait le français, qui aurait envahi et perverti son génie propre. Étiemble est mort à l’orée du XXIe siècle. Soixante ans après son combat, considérerait-il la bataille comme perdue ? Voilà bien une question qui mérite d’être considérée à nouveaux frais. 

On aligne sans peine, en effet, dans notre parler quotidien, une multitude de vocables et d’expressions venus tout droit d’Outre Atlantique, bruts de décoffrage, et bousculant brutalement les nôtres, d’une manière souvent absurde. Le monde des affaires comme celui de la publicité sont, complaisamment, en première ligne au service de cette impérieuse pénétration. Tandis qu’Internet, bien sûr, joue aussi son rôle.Quelle attitude convient-il donc d’adopter, en termes civiques, à la lumière de la très longue durée ? L’indignation devant de lâches abandons touchant au cœur d’une identité, une indignation que portent si bien nos cousins du Québec, ou bien au contraire le rappel, résigné sinon allègre, que toutes les langues se sont toujours, d’âge en âge, mutuellement enrichies ? 

Nul mieux que mon invité Bernard Cerquiglini, linguiste hors de pair, n’était propre à accompagner une réflexion historique sur ce sujet qui est chez nous, de longue main, au centre de confrontations passionnées – légitimement passionnées. Il a été notamment délégué général à la langue française et aux langues de France et recteur de l’Agence universitaire de la francophonie. Et puis, il est membre de l’Oulipo, un lieu essentiel de tous les bonheurs langagiers.

ARCHIVES DIFFUSÉES

  • Dans notre générique : extrait d'une intervention de Jacques Chirac, maire de Paris, à propos de l'entreprise japonaise Sony (il cite des mots anglais en présence de Jacques Toubon), 1994.
  • Micro-trottoir télévisé sur des termes anglais, reportage de Gérard Pabiot, diffusé sur Antenne 2, le 28/04/1984.
  • Lecture d'un texte d'Henri Estienne (1578), dans l'émission "Tire ta langue" d'Antoine Perraud, sur France Culture, le 09/10/2001.
  • Chanson "Drope-moi un mail ASAP" du groupe Les Goguettes (en trio mais à quatre), sur l'air de la complainte du progrès de Boris Vian, 2020.
  • Extrait d'un entretien de René Étiemble à propos de son livre Parlez-vous franglais ?, dans l'émission "La Tribune des critiques radiophoniques", sur France Culture, le 29/02/1964.
  • ITV de Christian Rioux, correspondant à Paris du quotidien québécois Le Devoir, diffusé dans l'émission "Tout un monde" de Marie-Hélène Fraisse, sur France Culture, le 24/10/2010.  
  • Générique de fin : chanson "La langue française" de Léo Ferré (1962)

BIBLIOGRAPHIE

  • Jean Pruvost, La story de la langue française. Ce que le français doit à l'anglais et vice versa, Tallandier, 2020.
  • Henriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs, Robert Laffont, 1997
  • Henriette Walter, Honni soit qui mal y pense. L'incroyable histoire d'amour entre le français et l'anglais, Robert Laffont, 2001. 
  • Bernard Cerquiglini, Le ministre est enceinte. Ou la grande querelle de la féminisation des mots, Seuil, 2018.
  • Bernard Cerquiglini, L’invention de Nithard, Editions de Minuit, 2018.
  • Bernard Cerquiglini, La Genèse de l'orthographe française : XIIe – XVIIe siècles, H. Champion, coll. « Unichamp-essentiel » (no 15), 2004.
  • Bernard Cerquiglini, Enrichissez-vous : parlez francophone ! Trésor des expressions et mots savoureux de la francophonie, Larousse, 2016.
  • Bernard Cerquiglini, Un participe qui ne passe pas, Éditions Points, à paraître.

Mon propos sera plus personnel, et le résultat d'observations  de mes contemporains et de leur pratique de la langue française, que je présenterai sous la forme d'un questionnement  à moi-même et à nous-mêmes (francophones)

- Le franglais peut-il être le langage des fleurs et  des jardins ? de l'inattendu, de l'incongru ? de la spontanéité et de la création, de l'humour et de l'humeur, de la tristesse, du chagrin  et de la joie ? ... Est-il une langue ?  ou est-il une novlangue ? Ou bien est-il une langue fossile comme le pétrole ? 

- Le franglais, est-il le résultat de "l'impérieuse pénétration de l'anglais" ou celui "de nos lâches abandons" ?

- Qu'amènent  "show" au lieu de "spectacle", "self-control" au lieu de "libre-arbitre", "marketing" au lieu de "mercatique", "sponsoriser" au lieu de "parrainer" et tant d'autres termes que je ne peux pas tous citer ?

- Quel pouvoir amène le mot anglais à la place d'un mot français ? un vernis trompeur qui essaie de pallier à un manque de créativité ? Un désir d'appartenir à un monde nouveau ?  Un peu des deux ?

- Avec le franglais, ne pratique-t-on pas le copié-collé d'une manière intensive, industrielle ?

- Nos désirs ne sont-ils donc que des copies ?

- N'est-il pas une manière de gâcher (certains disent "spoiler" qui ressemble à "spolier" qui a un tout autre sens et qui finit par créer des confusions) ce que l'on maîtrise mal ? N'y-a-t-il pas souvent une volonté d'abîmer (précipiter dans un abîme ce qui nous cause des difficultés)? 

- Mais parfois, n'y-a-t-il pas des jeux de langage, qui se croisent, s'entrechoquent (mot savant - comparé à "to knock"ou "to bang" together), et qui trouvent à s'amuser  et à musarder dans les phrases. Je viens d'entendre une infirmière très expérimentée et assez âgée qui, sortant de la chambre d'une patiente, lui dit pour la dérider un peu : "et maintenant, un petit "smile" ! ... 

Même si j'aurais préféré que le mot "sourire" lui vienne spontanément, je dois avouer qu'à ce moment là, elle avait trouvé un moyen de faire sourire la patiente qu'elle quittait avec ce petit mot que tout le monde comprend grâce ou à cause de la pratique des réseaux sociaux. On peut dire qu'ici ce n'est pas vraiment de l'anglais, c'est le langage d'internet.

Le mot "dérider" qui est fait du préfixe "dé" et  "rider", vient évidemment de "rides". En français, enlever les rides à quelqu'un c'est le faire rire (encore une image, une métaphore) alors que l'anglais colle au plus près de la réalité : "to get a smile out of" ou "to cheer up". 

- Est-ce que le franglais rassemble   ou bien est-ce  qu'il sépare ? Et n'est-il pas  souvent  plus ridicule que savant ? (comme les balbutiements du Bourgeois Gentilhomme ?). 

Un exemple de ce ridicule, est le mot "cluster", qui revêt la réalité d'une opacité, d'une lourdeur  que l'on veut "scientifique" et donc non contestable. Peut-être le mot "foyer" est-il trop doux et familier, comme un nid ... de microbes.

- Il me semble également que l'on peut mieux vaincre "un foyer de contamination" qu'un cluster, qui me fait penser à quelque chose de dur, de guerrier, comme un outil contendant.

- Le franglais, aide-t-il ceux qui parlent et se parlent, à mieux parler et se parler? à mieux s'écouter, à mieux se comprendre, à mieux cerner ce que l'on veut dire ? 

- Ou bien n'est-il qu'une pollution de plus ? N'y-a-t-il pas un usage immodéré du franglais, et par là même un rétrécissement de la signification, des métaphores possibles, de créations et de trouvailles inouïes?

- Ne se prive-t-on pas d'un imaginaire sans limite, de métaphores, d'un langage imagé, d'un monde signifiant ? Le franglais ne nous impose -t-il pas ses limites  en voulant absolument remplacer des mots par les siens et en voulant prendre la place dans le nid et jeter les oisillons par-dessus bord ?

- Est-ce que le mélange de mots anglais à la phrase française est une "richesse" comme on le prétend parfois, alors que les intéressés eux-mêmes n'ont pas choisi ? Ils ont simplement suivi un nouveau style de vie fait de supermarchés géants, de réseaux de plus en plus prégnants, d'une vie culturelle "franglicisée", d'une nourriture industrialisée et pauvre à la place d'une cuisine douce au palais et partagée.

- Peut-on parler  de pollutions, de parasites qui viennent endommager l'anglais comme le français, les transformant en langues outils , et ce faisant nous transformant en parfaites petites "shoppeuses"  dignes de figurer dans une série télévisée ou mieux, "netflixée" ? Peut-on parler alors de nos "lâches abandons"?

- Ainsi, le franglais est-il légitime ? Ou bien fera-t-il du français un outil à fabriquer des "bourgeois gentilhommes"  en séries ? Combien de temps faudra-t-il encore pour oublier d'où viennent les mots et pour parler de "cluster" le plus naturellement du monde au lieu de "foyer de contamination" ?  combien de temps faudra-t-il encore, pour que toutes nos phrases soient ânonnées, c'est à dire parlées avec hésitation ou récitées comme si les mots nous étaient soufflés par la marchandise que nous convoitons. Parler la langue de la marchandise, est-ce  déjà accéder à la marchandise ?

- Doit-on hausser les épaules devant ces petits  "gros" mots, souvent laids (je dirais plutôt moches, cela convient mieux)  qui envahissent le  français  d'une  manière apparemment inoffensive ? Ou doit-on résister à une propagation excessive ? quelle attitude adopter ?

- Le franglais est-il à l'anglais et au français ce que "le fast-food" ou "le fooding"  (oui, je l'ai entendu !) est à la cuisine raffinée, familiale et territoriale ? En devenant "fast-food" ou "fooding", la cuisine ne devient-elle pas un simple produit commercial à acheter tout-prêt emballé  à ingurgiter le plus vite possible, pour se remplir ? Alors que la cuisine s'associe au plaisir de la dégustation,  au partage, au don, aux goûts élaborés lentement, le "fooding"  (il y a du "fou" là-dedans) s'associe à la mal-bouffe, à l'immédiateté (l'avidité - j'ai faim, j'ouvre le frigo et je mange) qui a ses plaisirs rapides (faciles, pas de vaisselle, goût sucré ou salé, vite avalés, pas cher) mais hélas  avec ses conséquences désastreuses : mauvais produit à l'origine incertaine et beaucoup trop cher payé mais aussi l'ennui et le dégoût.

- Le franglais est-il vraiment festif ? Ou est-il l'expression d'un ennui profond où les sens sont anesthésiés ? On parle sans y prêter attention. Ce manque d'attention, de soin ne conduit-il pas à la tristesse et à l'ennui ?

- Certains magazines féminins n'abusent-ils pas  jusqu'à l'obésité du franglais, pour présenter des produits de maquillage ou de mode ? Par soumission à l'anglais devenu une simple langue commerciale, n'abusent-ils pas  de ces termes franglais ? L'anglais mérite mieux.

-  Le franglais est-il la fast-food du français, avec toute l'attirance que sa facilité d'usage procure à celui qui en est coutumier?  Participe-t-il de notre ennui, quand nos sens s'ennuient ? 

Ne pourrait-on pas créer "une restauration rapide" de qualité, avec l'histoire que nous avons avec les produits et la cuisine, avec ce défi supplémentaire à relever entre rapidité et qualité ?

- le franglais n'apportera-t-il finalement que désillusions, ennui et monotonie, en plus des kilos dont il faudra se débarrasser au risque d'abîmer la légèreté et l'élégance de nos pensées et notre imaginaire ?

- Cesserons-nous de nous amuser avec l'orthographe française qui demande à chaque français une réflexion. Par exemple, pourquoi écrit-on "pouls" avec un "s" . Pourquoi ce "s" aide-t-il à comprendre la filiation qu'il garde avec "pulser, pulsation" ? Ce petit "s" ouvre une porte à la compréhension du mot. Evidemment on peut écrire également "pou", mais le sens du mot change. Cesserons-nous de comprendre pourquoi on écrit :"j'ai écrit" avec un "t" alors que l'on écrit "j'ai pris" avec un "s" ? Cette mémoire du féminin ou de l'histoire du mot n'est-elle pas essentielle à la construction de la pensée ?

- Pourquoi devrions-nous abandonner cette réflexion fondamentale pour l'ennui et la monotonie,  le langage à consommer, tout prêt,  débarrassé de ses difficultés,  plutôt que terrain de jeux et de connaissances ?  

- Et si le plaisir relevait de ce chemin parsemé d'embûches?  

- Quel plaisir, quel enseignement retire-t-on de répéter"bêtement" des mots anglais qui nous arrivent sans filtre ? Cela ne donnera pas plus l'envie de mieux connaître l'anglais, ni de connaître davantage le français, qui réclament l'un comme  l'autre,  toute notre attention, notre exigence, comme s'ils étaient des enfants mal aimés,  parce que trop difficiles ? Ils n'en sont que plus précieux et aimables.

- Si nous ne répondons pas aux besoins du français (qui est un être vivant), le franglais avec l'arrogance du ridicule dû à son rang, ne se propagera-t-il pas comme une pandémie ?  Le franglais   n' endommagera-t-il pas  les formations de mots qui ont leur propre  logique interne et leurs propres trouvailles ? Cette beauté sera-t-elle  perdue à jamais? 

- Comment le franglais pourrait-il remplacer ce que me disait un ami "parigot"   en des années révolues, et  qui voulait me dire que les virages étaient dangereux et glissants : "les virolets sont grassouillets" ? Il avait exprimé cela  en deux mots qui prenaient toute leur saveur et leur pittoresque. Irremplaçables ! et parfaitement compréhensibles alors que je ne les avais jamais entendus auparavant.

- Le franglais est-il le sabir  d'un joug,  plutôt que  celui du "cheeks to cheeks" ? (* cheeks to cheeks :  joue contre joue). Laisser "joue contre joue" permet un jeu de mot avec "joug" que "cheeks to cheeks" ne permet pas. 

- Le franglais est-il un cheval de Troie, qui présume  d'une guerre non déclarée ? Pourquoi "cluster" (pas très joli en français ) à la place de "foyer"  que tout le monde comprend, mot qui a une histoire, et appartient à l' Histoire du français. Par sa musique, son orthographe,  sa polysémie, le mot "foyer" est  une poésie en soi. Il a  une saveur particulière, un goût d'intimité et d'embrasement que "cluster" balaye d'un coup de langue sonore et pâteux sans profondeur. Il vient se coller au palais sans plus.

- Le franglais est-il apparenté au COVID ? Ne se répand-il  pas comme une pandémie dans les  rues, les  boutiques, les  restaurants, les cinémas (on ne se donne plus la peine de traduire les titres), chez certains animateurs de radios et de télévision, certains journaux, magazines, publicités ? N'est-il pas partout où nous allons, où nous consommons, où nous nous croisons ? 

- Le franglais n'est-il pas une maladie de l'hyper-consommation comme la COVID ?

- Est-ce que je peux encore me poser  la question de savoir s'il est bon d'utiliser le franglais à tout bout de champ ? Tiens ? comment dit-on "à tout bout de champ" en anglais. 

On dit : "all the time" "non stop" ... aucune allusion à aucun champ, cultivé ou en friche. Ici l'anglais ne fait appel à aucune image. Les images, les métaphores sont très nombreuses en français et ces images modèlent la pensée de ceux qui le parlent.

- Puis-je me permettre d'être nostalgique, d'avoir du chagrin ? D'avoir l'impression  de perdre quelque chose qui me constitue et  me charme  pour le plaisir de posséder un objet en "plastoc" trop lisse, trop neuf ? Serai-je le dernier des Moïcans à qui  on donnera cette verroterie et qui offrira son âme en échange ?

- Est-ce que mes questions valent encore la peine d'être posées, exposées, reposées ? "sois sage, ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille" ,  et laisse moi "sur les balcons du ciel, en robes surannées; Surgir au fond des eaux le Regret souriant;" (Baudelaire, in Recueillement). 

- "Tacere è la nostra vità" ? (Cesare Pavese)

Je terminerai par le début de mon questionnement, tel un disque qui tourne perpétuellement sur lui-même et sur son mystère.

- Le franglais peut-il être le langage des fleurs et  des jardins ? de la poésie?  de l'inattendu, de l'incongru ? de la spontanéité et de la création, de l'humour et de l'humeur, de la tristesse, du chagrin  et de la joie ? ...   

 

 

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- J'enrage souvent de voir les rues, les magasins, les restaurants, les cinémas, les lieux de convivialité, de culture,   se couvrir de mots anglais, inutiles sauf sur un point : Ne  sont-ils pas destinés à vendre mieux l'emplacement, les objets, et la marchandise. Ils sont aussi destinés à vendre de nouveaux comportements, très standardisés, de nouveaux gestes (celui d'avoir avec soi une canette de boisson, celui d'avoir toujours un portable dans la main ou à l'oreille ...) Il faudrait faire une liste de tous ces nouveaux comportements induits par la marchandise, aux antipodes de la liberté ! 

- L'intrusion du franglais n'est-il pas dû à la circulation excessive des marchandises, qui implique un langage rapide dépourvu de syntaxe ?

Cela apparemment ne fait pas mal, physiquement, et pourtant il y a beaucoup de souffrances et de chagrins derrière, comme devant la mort programmée et inéluctable du dernier des Moïcans. Le texte qui accompagne l'émission de France Culture parle de "chagrins", et c'est ce mot chagrin qui m'a décidée à l'écouter ... Peut-être des clés de compréhension me donneraient aussi des moyens de résister à ce que j'appelle une pollution (mot que j'assume, qui surgit également avec le problème de la pandémie et de la mondialisation des groupes humains devenus de simples consommateurs). 

Voici quelques exemples de franglais et leur équivalent en français (utilisé ou abandonné).

Ecouter en "podcast" c'est à dire en "baladodiffusé". 

En effet, pour commencer  "podcasting" a été traduit par "baladodiffusion" (Dictionnaire  Le Robert & Collins); pour un français, "pod" peut se rattacher à "pied" (comme dans podologue) mais "casting" ne lui évoque rien . Pour un anglais, "casting" (lancer) se rattache à "broadcast"  (émission) et est bien formé de deux mots présents en anglais.

Et maintenant le mot "cluster" :  Son équivalent français se maintient, heureusement. Certainement par un sursaut de résistance.  

"Cluster" ressemble vaguement à "clou"  "clouter" pour un français, par analogie phonique. Une amie,  qui parle plusieurs langues dont l'anglais, me demande (au début de la pandémie) si je sais ce que veut dire : "cluster" dans ce nouveau contexte. Je lui donne la traduction française , "foyer/poche/niche de  contamination",  qui est parfait de clarté , mais que certains médias  et certains journalistes  ont tenté, dés le début, de remplacer par "cluster".  Ainsi "cluster" (clouter) se transforme en un clou qu'on essaie d'enfoncer dans la tête  des francophones et des autres ! Les deux ont cours à égalité, mais on devine une sorte de fracture entre ceux qui parlent de cluster et ceux qui font l'effort (car il faut faire un effort) de parler de "foyer de contamination".

J'ajouterai que pour un anglophone, "cluster" peut-être utilisé dans de nombreux contextes. Cependant à l'origine c'est un mot qui n'a pas plus de signification que "agglomérat" ou "groupe" ou "rassemblement" . Ce mot est vague. Je lis dans le Robert & Collins les différents contextes dans lesquels ce mot peut être employé.

"cluster" :  (flowers, bloom, fruit) "grappe".  (bananas) "régime" (trees) "bouquet"  (bees) "essaim"  (persons) "petit groupe" - "rassemblement".  En soi, cluster n'a rien à voir avec pandémie, pas plus que "foyer"; 

Pour le comprendre dans le sens de "foyer de contamination" comme en français, il faudrait lui rajouter "of contamination" or "of infection", ou bien "contamination cluster" donc pourquoi remplacer l'expression française par ce mot ? Cela ne s'explique jamais par le mot lui-même mais par une volonté de "faire l'intéressant", le "bourgeois gentilhomme" !

Les français ont donc réduit le sens de cluster, vague, polysémique, pour l'appliquer  à "foyer de contamination". Ils perdent l'image et  le son pour un mot anglais qui  sonne "comme un clou"  en français. Heureusement on entend encore beaucoup "foyer de contamination" ! Merci à eux, je ne suis pas seule à défendre ce mot.

"podcast" :Alors que baladeur avait un peu marché et couru par les rues, baladodiffusion n'a pas pris racine. Pourquoi ? C'est un mystère. Peut-être simplement par  effacement devant des mots (ou des objets de masse) que l'on ne comprend pas mais qui donnent  une  satisfaction qui relève de la possession d'un objet nouveau, fabriqué ailleurs,  ou peut-être par mollesse, paresse d'esprit qui ne s'amuse plus à chercher, à former des mots en français. Le franglais  s'apparente à ce moment là à "cet abandon par lâcheté" pour la langue qui nous a nourris  et émerveillés.

"safe" : je viens de l'entendre dans une émission de variété française à la  télévision. c'est à peu près le seul mot anglais que j'ai entendu de toute la soirée (merci aux présentateurs et aux excellents chanteurs), en dehors de "streaming" appliqué à l'écoute des chansons. C'était à l'occasion des Victoires de la musique. Il  a été dit par une jeune femme de vingt-trois ans, très talentueuse, et cela me blesse davantage, car c'est un mot qui circule à la place de "sans danger" ou "en sécurité".  J'ai trouvé que c'était dommage, parce que par ailleurs, elle a beaucoup de sensibilité, et écrit de beaux textes en français. Ce "safe"  marque cette jeune artiste à la pointe du syndrome du perroquet, et banalise son discours.   Peut-être le veut-elle après tout ? Ce qui me blesse c'est que ces mots franglais sont portés et importés  (je dis bien portés comme un signe distinctif) par une population jeune et parfois créative, douée, ce qui complique encore le problème. Par ailleurs, cette jeune femme au nom de fruit,  écrit de belles chansons, un peu fredonnées, qui murmurent mystérieusement, comme des  ruisseaux. J'aime beaucoup ce qu'elle chante. 

"streaming" :  C'est apparemment la bande son numérique qui permet d'écouter des chansons et voir des films.  On dit le "streaming" . Ecouter de la musique "en streaming" ... stream en anglais est un courant (d'eau), un flot.

On aurait pu trouver un mot en français, (mais à quoi bon ?) tant pis si le "i" de streaming ne s'écrit pas "i". Les enfants auront du mal à le lire s'il vient à tomber dans un livre de lecture.  "courant/fleuve/rivière numériques auraient été imagés et riches pour notre imaginaire. Flux numérique serait  très convenable, plus court et plus efficace, plus technique.

On relève plus de "challenges" que de défis de nos jours. Pourtant ce mot de défi (que j'entends encore souvent)  a une histoire étymologique et un pouvoir d'évocation que "challenge" n'a pas. En ancien français il signifie une action : celle de défier en un combat singulier. Défier c'est se débarrasser de la foi que l'on a en l'autre  (fidèle)  c'est  remettre en cause ce lien et provoquer au combat, à la lutte. "Challenge" n'évoque rien à un francophone. Ni le son, ni l'histoire de ce mot. 

"en live" : ils ou elles ont chanté en "live". Il serait si facile de dire "en direct", que l'on connaît déjà et qui veut bien dire ce qu'il veut dire. Mais non, on préfère annoncer "en live" (prononcer "aï"  s'il vous plaît). Je remercie la journaliste qui a commenté cet évènement "en direct". 

coach :  Voilà un mot bien "moche" en français, et j'emploie ce mot intentionnellement, car "laid" est trop beau à côté de moche.  Le "coach",  on dit souvent "mon coach" ... Il faut avoir un coach surtout s'il vient chez vous en séances  particulières (dit-on encore leçons, cours  ?)... pour apprendre la moindre chose, aussi minuscule soit-elle, comme courir sur un tapis ou faire des pompes (on ne dit plus pompes d'ailleurs,  mais là tant pis, je  m'en passe, je n'ai pas besoin de ce mot). De même qu'on fait du "fitness" (j'en faisais avec de vieilles anglaises adorables, à Epsom dans les années soixante) et non plus de la gymnastique. Je me demande si "un coach" n'est pas mieux payé qu'un professeur ? 

- A-t-on besoin des mots anglais ? J'ose le paradoxe : "that is the question".  Parle-t-on mieux ? Se comprend-on mieux ? rions nous plus ensemble ? Cela nous permet-il de faire des blagues hilarantes ? Nos enfants s'expriment-ils mieux ?  Le problème n'est-il pas que nous  laissions la question de côté? et que nous n'aimions plus inventer, ni créer ? Avons-nous abandonné le pouvoir métaphorique des mots en les important comme si le français manquait de mots ? 

- En important ces mots qui ne s'allient pas à la phrase française,  ne sommes nous pas embarqués sur ces gigantesques cargos qui déversent  des objets dont nous n'avons que faire, vite et mal fabriqués , dont la seule vertu est d'être  bon marché  et donc jetables ? Mais cette manière de consommer est en fait très coûteuse sur le plan humain, social et biologique.

- Enfin le franglais n'est-il pas un simple "packaging" "un bel emballage"  pour mieux nous vendre ce qu'autrement nous ne regarderions même pas?

En conclusion, en reprenant ces mots franglais, j'ai l'impression désagréable d'accepter  les transports gigantesques de marchandises sur les mers et les routes terrestres, et la construction d'entrepôts immenses et hideux  à l'entrée de toutes nos villes et villages où cette marchandise s'accumule avant d'être redistribuée et jetée. 

 

 

 

 

 

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Je vous invite, comme je vous l'ai dit plus haut,  tout d'abord à écouter cette émission de France Culture CONCORDANCE DES TEMPS,

Ne vous y trompez pas. J'aime l'anglais, j'en ai fait une partie de ma vie, et j'y ai découvert une culture immense, variée,  complexe et aux sons fluides, parfois bizarres, qui me charment comme une musique. Cette langue  m'invite à m'interroger sur ma langue maternelle, le français. Avec  l'anglais, une porte s'est ouverte sur un autre monde, une autre pensée, le monde anglophone, qui  inclut beaucoup de mots latins et français, pour des raisons historiques, diplomatiques, politiques, culturelles, et les a digérés et anglicisés, en leur appliquant presque toujours, une prononciation et une syntaxe anglaises. L'émission " Le franglais : incoercible?", vous donnera beaucoup d'informations sur les différents échanges entre les langues.  (Les normands à la cour d'Angleterre, par exemple ou sous l'occupation romaine). 

Le franglais ne nous fait-il pas oublier cette étrangeté de l'anglais, de sa prononciation parfois virtuose , du moins pour une oreille francophone ?Mais elle se mélange mal avec la langue française, qui est une langue analytique (pourquoi écrit-on "pouls" et non pas  "pou" ? il faut réfléchir à l'étymologie, l'histoire, à la trace du féminin qui persiste dans le mot, à son origine ...). 

Mais doit-on renoncer, abandonner ces particularités, ces difficultés qui  sont si précieuses ? le français reste un terrain de jeux et d'expériences infinies, une bibliothèque où l'histoire des mots joue un grand rôle, une richesse   que nous partageons et  que nous désirons garder. Les plus grands poètes ont trouvé dans cette langue de quoi satisfaire leur appétit de beautés et de tableaux sonores, et en une génération, on ne comprendrait déjà plus Victor Hugo  ou Châteaubriand ? ou Ronsard, ou même Rimbaud ou Apollinaire ? On renoncerait donc ? Nous cèderions à nos petites lâchetés ?

Quelques mots à expliquer :

Un sabir * : vient de l'espagnol saber (savoir). C'est un système linguistique  réduit à quelques règles de combinaison et à un vocabulaire déterminé (commerce notamment), né au contact du communautés différentes n'ayant pas d'autres moyens pour se comprendre. (Ce qui n'est pas le cas dans notre interrogation sur le franglais, puisque nous pouvons choisir, ou bien est-ce que nous ne le pouvons plus ?). Le sabir est péjoratif, c'est un langage difficilement compréhensible. Le problème du sabir c'est qu'il ne rend pas compte d'une pensée complexe et  nuancée...  (cette définition a été prise dans Le Petit Larousse illustré de 2006)

La novlangue * : Nom donné par Georges Orwell dans son roman 1984. C'est le langage imposé par un système politique dominant, tyrannique. Georges Orwell y dénonça l'emprise du stalinisme. Mais on peut l'étendre à tout système qui veut asseoir son pouvoir sur une manipulation de la réalité à travers le langage. Je ne cesse de méditer sur ce roman, qui a changé ma vie et ma manière de voir, complètement.

Lisez ce livre toujours d'actualité, une oeuvre de science fiction, basée sur des faits réels observés par Georges Orwell.

Ne passez pas une année de plus, sans l'avoir lu. Ce livre est magnifiquement écrit. Il côtoie  la misère de l'homme dont le langage à été réduit à des dogmes  et qui devient par conséquent un langage de mensonge. 

Depuis que je suis enfant, j'aime les langues, leur étrangeté, leurs particularités et  je m'interroge à travers mes écrits vagabonds, sur la/les langue (s) que nous utilisons au quotidien, en France, le français  que je vois se transformer au fur et à mesure des choix que les gens font d'eux-mêmes, il n'y a personne pour les y contraindre. Je m'interroge sur la manière qu'a le franglais de pénétrer au milieu d'une conversation entre  amis, dans les familles, dans la rue.  C'est alors que je me souviens d'un très beau livre de Gao Xingjiang,   Soul Mountain (la montagne de l'âme), dans lequel il montre comment l'idéologie communiste s'est répandue jusqu'aux montagnes éloignées et les forêts ancestrales du Sichuan, jusque dans son intimité avec sa femme et dans leur lit, jusqu'à rendre cette intimité impossible. C'est dans ce livre que j'ai lu une des plus belles pages d'amour jamais écrite ou l'Histoire s'invite dans les  histoires intimes et change le destin de deux personnes dans le silence de ces régions reculées.

Je reviendrai sur la novlangue ... et nous essaierons dans un atelier futur d'écrire un poème avec des mots qui sont entrés (de gré ou de force) dans notre paysage imaginaire et réel, entre amis, en famille ... et qui nous viennent en fait de ce que nous entendons, d'un certain pouvoir (économique, politique, scientifique et même artistique) qui se répand à notre insu. La littérature parfois s'y fourvoie lorsqu'elle y succombe par complaisance ou lâcheté, c'est à dire lorsqu'elle veut nous faire  croire que c'est bon pour nous et pour le français.

Un deuxième livre a changé ma vie, à l'aube de mes quinze ans,  c'est le Grand Meaulnes d'Alain Fournier. Celui-là est bien français, bien enraciné, situé en Sologne, un pays magique de forêts et de bruyères, où un personnage fantastique et bien réel pourtant , surgit dans la vie du narrateur. Lisez-le également, il convient à tous les âges, car son écriture rend compte de la singularité de ce qui est raconté, vécu, rêvé ... C'est le contraire de la novlangue, une aspiration à la liberté  se glisse dans le roman à la veille de la guerre de 14  et lui insuffle toute sa beauté éphémère et fragile avant la destruction totale. 

Ni la guerre de 14-18, ni celle de 39-45 n'ont réussi à saccager  le français.

Comment le franglais aurait-il ce pouvoir ?  Restons optimistes, veillons et bien-veillons à ce qui le constitue, à  ce qui nous garde  créatifs et vivants.  Envisageons avec plaisir  de faire circuler des mots qui nous parlent et qui ont une saveur spécifique, car la langue française comme toute chose sur cette terre peut se flétrir  ou même mourir.

 

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Atelier d'écriture :

Réagissez, donnez-moi vos impressions et envoyez-moi vos réflexions  dans les commentaires à la fin de cet article, ou sur plauranice@gmail.com. 

 

Vous pouvez m'écrire sous la forme qui vous convient : essai, poème en prose,  en vers, collages, dessins, photo, mots épars ... copies de textes, lettre. Choisissez un format, un papier ou un autre support, les couleurs ou le blanc et noir, la sanguine. Choisissez ...

Inventez la forme qui portera votre création concernant le sujet qui nous occupe aujourd'hui : Le franglais.  

Partager votre expérience, vos expériences, heureuses ou malheureuses ... du franglais.

 

 

Voici mon  exemple de réponse au franglais  :

Ma liberté, "mes papillons" que j'attrape comme ils se présentent à moi. En fait une réponse envolée, bien loin de l'horizon bloqué du franglais.

Je vous propose un  petit poème en anglais, un poème de l'instant (j'avais quelques pensées sur le mot "apprendre", "connaître"),  mots qui fleurissent parmi  mes friches, des mots vagabonds qui vont leur chemin, au fil du temps qui passe, et qui sont proches du jour qui s'enfuit sans bruit, dans la nuit).  Ce poème  est fortement inspiré de mes lectures du poète Richard Brautigan.

                                                  i'm doing great

i'm doing great, what about you ?

we all know        that

     all we have learned

      during our lives

      will be lost

this is why it is so urgent

      to learn

while we are  alive

LMN - Feb 8th 2021

A bientôt, 

Vous pouvez aussi traduire ce poème et m'envoyer votre traduction. Attention la traduction est aussi un excellent exercice de français, dans laquelle on doit si possible rendre un certain rythme et les sons qui en donnent la couleur  ...  sans perdre de vue le sens. A vous maintenant ...

 

La novlangue (1984) Le pouvoir des mots, comme instruments de manipulation de la pensée, et comme instruments du pouvoir. A lire absolument et à garder dans votre bibliothèque.

La novlangue (1984) Le pouvoir des mots, comme instruments de manipulation de la pensée, et comme instruments du pouvoir. A lire absolument et à garder dans votre bibliothèque.

Big Brother is watching you - 1984  George Orwell

Big Brother is watching you - 1984 George Orwell

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Cet article est reposté depuis Atelier d'écriture d'Evy.

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COMMENT LES GESTES S'INSCRIVENT ET S'ECRIVENT

Un matin pluvieux de novembre avec Isadora Duncan

Un matin pluvieux de novembre avec Isadora Duncan

Aujourd'hui jour d'automne. Le grenadier attire mon regard de son éclat jauni. Les bananiers luisent  comme cirés par les gouttes qui s'écrasent en  sons mats et  monotones. C'est un jour à rentrer en soi-même ...

Je m'assieds à ma table bistrot,  et reviens sur cet article que j'avais écrit en janvier 2020, sur le langage du corps, la danse. La danse écrit et trace des signes que le langage parlé n'exprime ni ne décrit. Elle joue son rôle ineffable et indicible. La littérature peut atteindre l'ineffable entre les mots, par le son ou l'articulation des mots entre eux.  Les sensations jaillies  du  silence prennent leur source dans ce qui n'est pas dit mais qui est présent. 

La danse s'installe dans le geste et l'on peut se demander ce que devient le geste en littérature. Le geste peut être codé socialement ou libre, partant du corps lui-même, de son écoute.

C'est ainsi que je reviens sur "ce chemin d'écriture", possible et ouvert à l'exploration de ce qui est ...  et qui répond à la question : "pourquoi dansez-vous ?" par "je danse tout simplement"  (Cunningham) que l'on pourrait transposer à l'écriture.

Je m'arrête là, craignant le verbiage ou  le verbeux qui ne dit rien, et vous propose un rendez-vous au théâtre de Nice, qui sera riche de réflexions et d'expériences diverses qui pourront nourrir l'imaginaire et notre "réel merveilleux", pour reprendre  Giacometti.

 

Le TNN (Théâtre de Nice) propose en décembre (le 9 décembre 2021 à 19h), une conférence dansée autour d'Isadora Duncan. 

J'y serai et nous pourrons nous donner rendez-vous avant la conférence-spectacle si vous me faites savoir que vous avez réservé pour cette soirée sur : plauranice@gmail.com.

Conseil artistique Rebecca Lasselin 

Production R.B. Jérôme Bel Coproduction La Commune - CDN d’Aubervilliers, Les Spectacles Vivants - Centre Georges Pompidou - Paris, Festival d’Automne - Paris, Tanz im August - HAU Hebbel am Ufer - Berlin, BIT Teatergarasjen - Bergen, avec l’aide du CND - Pantin [accueil en résidence], MC93 – Bobigny et La Ménagerie de Verre - Paris [Studiolab - espaces de répétitions]
R.B. Jérôme Bel 
est soutenu par la DRAC d'Île-de-France, de l'Institut Français - Ministère des Affaires Étrangères et par l'ONDA.

Avec le portrait dansé d’Isadora Duncan, Jérôme Bel poursuit sa réflexion sur la dimension politique de la danse. Confrontant le passé des archives au présent de la performance, Isadora Duncan est l’occasion de contempler une pensée à l’œuvre.

La danseuse et chorégraphe américaine Isadora Duncan, pionnière absolue de la danse moderne, incarne une liberté nouvelle. Avec ses pieds nus, ses fines tuniques “à la grecque” et ses mouvements libres, c'est-à-dire affranchis de toute technique connue, elle imposa une nouvelle idée de la danse qui repose sur l'invention, l'improvisation et l'harmonie du corps et de l'esprit.
Avec cette pièce conçue pour Élisabeth Schwartz, Jérôme Bel poursuit la série des portraits de danseurs et danseuses,  initiée en 2004, en se concentrant sur la figure d’Isadora Duncan dont elle est une spécialiste. Jérôme Bel découvre sous le personnage romanesque une chorégraphe visionnaire qui, par sa grande liberté d'expression privilégiant la spontanéité et le naturel, apporta les bases de la danse moderne, à l'origine de la danse contemporaine. Mêlant les registres discursif et sensible, moments parlés et solos dansés, le spectacle ravive le souvenir de la danse libre en associant le savoir chorégraphique à l’expérience du plateau.

Schwartz “enseigne“ le souffle propre à Isadora autant que la justesse de la chorégraphie.
Philippe Noisette, Les Inrockuptibles


Bel signe un nouveau portrait dansé. Il s’agit de mener l’enquête sur l’inventrice des danses libres. Bel la suit en questionnant l’autobiographie de Duncan et en ouvrant un dialogue avec Elisabeth Schwartz.
Ariane Bavelier, Figaroscope

 



Attitudes habillées
[Le Quatuor]


Chorégraphie Balkis Moutashar

avec Clémence Galliard, Balkis Moutashar, Sylvain Riéjou, Violette Wanty 

Dramaturgie Youness Anzane Scénographie Claudine Bertomeu Lumière Samuel Dosière Costumes Natacha Bécet, Jasmine Comte, Christian Burle, Jennifer Chambaret, Shatamou Son Géraldine Foucault, Pierre-Damien Crosson Assistante à la chorégraphie Émilie Cornillot 

Production association Kakemono Coproduction CCN de Nancy - Ballet de Lorraine [accueil studio 2020], CCN de Tours [accueil studio 2020], compagnie Système Castafiore - Grasse, avec le soutien de KLAP Maison pour la danse - Marseille, avec l’aide de la DRAC PACA, de la Région Sud PACA, du Département des Bouches-du-Rhône, de la Ville de Marseille et de l’ADAMI

Attitudes habillées [Le Quatuor] propose un voyage dans l’histoire du vêtement féminin et de son empreinte sur les corps. Des corsets, qui ont modifié organiquement le corps des femmes qui les portaient, aux coiffes démesurées ou aux chaussures à plateaux fantastiques créant l’illusion de corps immenses, le vêtement a dessiné au fil du temps des silhouettes parfois spectaculaires, influant sur les possibilités de mouvement et de déplacement de ceux qui les portaient, sur leur façon d’être au monde, engageant d’emblée le corps dans la représentation.

Attitudes habillées [Le Quatuor] se propose ainsi de mettre au jour – voire de réinventer – la mémoire que les corps contemporains portent de cette histoire : des générations de corsets et de faux-culs en métal ont-elles laissé des traces dans les corps et les imaginaires contemporains ? Que découvre-t-on des corps d’aujourd’hui en revisitant ces objets ? Le travail chorégraphique de Balkis Moutashar est empreint des multiples expériences qu’elle a traversées en tant que danseuse, passant de la danse contemporaine la plus abstraite aux revues de music-hall, de performances plasticiennes aux danses traditionnelles avec un même intérêt pour les gestes et les postures induits par ces différentes pratiques.
Attitudes habillées [Le Quatuor] démultiplie les objets comme les points de vue et provoque des rencontres concrètes, physiques, de corps, d’objets, d’époques et de mouvements. Elle est ainsi le lieu de l’appropriation et de la réinvention d’une mémoire à la fois intime et collective. Elle dessine une danse composite, comme sédimentée, qui raconte l’épaisseur de nos corps contemporains, autant que ses possibilités de réinvention permanente.

Une chorégraphie cousue de fil de soie.
Marie Godfrin , Zibeline

[ FESTIVAL DE DANSE CANNES - CÔTE D’AZUR ]
Soirée spéciale
Festival de Danse
Cannes Côte d'Azur
 

Spectacle directement accessible au public sourd ou malentendant

Isadora Duncan

Conception Jérôme Bel
Chorégraphie Isadora Duncan

Conférence dansée avec Élisabeth Schwartz, et en alternance, Sheila Atala, Jérôme Bel, Chiara Gallerani

Conseil artistique Rebecca Lasselin 

Production R.B. Jérôme Bel Coproduction La Commune - CDN d’Aubervilliers, Les Spectacles Vivants - Centre Georges Pompidou - Paris, Festival d’Automne - Paris, Tanz im August - HAU Hebbel am Ufer - Berlin, BIT Teatergarasjen - Bergen, avec l’aide du CND - Pantin [accueil en résidence], MC93 – Bobigny et La Ménagerie de Verre - Paris [Studiolab - espaces de répétitions]
R.B. Jérôme Bel 
est soutenu par la DRAC d'Île-de-France, de l'Institut Français - Ministère des Affaires Étrangères et par l'ONDA.

Avec le portrait dansé d’Isadora Duncan, Jérôme Bel poursuit sa réflexion sur la dimension politique de la danse. Confrontant le passé des archives au présent de la performance, Isadora Duncan est l’occasion de contempler une pensée à l’œuvre.

La danseuse et chorégraphe américaine Isadora Duncan, pionnière absolue de la danse moderne, incarne une liberté nouvelle. Avec ses pieds nus, ses fines tuniques “à la grecque” et ses mouvements libres, c'est-à-dire affranchis de toute technique connue, elle imposa une nouvelle idée de la danse qui repose sur l'invention, l'improvisation et l'harmonie du corps et de l'esprit.
Avec cette pièce conçue pour Élisabeth Schwartz, Jérôme Bel poursuit la série des portraits de danseu.r·se·s initiée en 2004, en se concentrant sur la figure d’Isadora Duncan dont elle est une spécialiste. Jérôme Bel découvre sous le personnage romanesque une chorégraphe visionnaire qui, par sa grande liberté d'expression privilégiant la spontanéité et le naturel, apporta les bases de la danse moderne, à l'origine de la danse contemporaine. Mêlant les registres discursif et sensible, moments parlés et solos dansés, le spectacle ravive le souvenir de la danse libre en associant le savoir chorégraphique à l’expérience du plateau.

Schwartz “enseigne“ le souffle propre à Isadora autant que la justesse de la chorégraphie.
Philippe Noisette, Les Inrockuptibles


Bel signe un nouveau portrait dansé. Il s’agit de mener l’enquête sur l’inventrice des danses libres. Bel la suit en questionnant l’autobiographie de Duncan et en ouvrant un dialogue avec Elisabeth Schwartz.
Ariane Bavelier, Figaroscope

 

Attitudes habillées
[Le Quatuor]


Chorégraphie Balkis Moutashar

avec Clémence Galliard, Balkis Moutashar, Sylvain Riéjou, Violette Wanty 

Dramaturgie Youness Anzane Scénographie Claudine Bertomeu Lumière Samuel Dosière Costumes Natacha Bécet, Jasmine Comte, Christian Burle, Jennifer Chambaret, Shatamou Son Géraldine Foucault, Pierre-Damien Crosson Assistante à la chorégraphie Émilie Cornillot 

Production association Kakemono Coproduction CCN de Nancy - Ballet de Lorraine [accueil studio 2020], CCN de Tours [accueil studio 2020], compagnie Système Castafiore - Grasse, avec le soutien de KLAP Maison pour la danse - Marseille, avec l’aide de la DRAC PACA, de la Région Sud PACA, du Département des Bouches-du-Rhône, de la Ville de Marseille et de l’ADAMI

Attitudes habillées [Le Quatuor] propose un voyage dans l’histoire du vêtement féminin et de son empreinte sur les corps. Des corsets, qui ont modifié organiquement le corps des femmes qui les portaient, aux coiffes démesurées ou aux chaussures à plateaux fantastiques créant l’illusion de corps immenses, le vêtement a dessiné au fil du temps des silhouettes parfois spectaculaires, influant sur les possibilités de mouvement et de déplacement de ceux qui les portaient, sur leur façon d’être au monde, engageant d’emblée le corps dans la représentation.

Attitudes habillées [Le Quatuor] se propose ainsi de mettre au jour – voire de réinventer – la mémoire que les corps contemporains portent de cette histoire : des générations de corsets et de faux-culs en métal ont-elles laissé des traces dans les corps et les imaginaires contemporains ? Que découvre-t-on des corps d’aujourd’hui en revisitant ces objets ? Le travail chorégraphique de Balkis Moutashar est empreint des multiples expériences qu’elle a traversées en tant que danseuse, passant de la danse contemporaine la plus abstraite aux revues de music-hall, de performances plasticiennes aux danses traditionnelles avec un même intérêt pour les gestes et les postures induits par ces différentes pratiques.
Attitudes habillées [Le Quatuor] démultiplie les objets comme les points de vue et provoque des rencontres concrètes, physiques, de corps, d’objets, d’époques et de mouvements. Elle est ainsi le lieu de l’appropriation et de la réinvention d’une mémoire à la fois intime et collective. Elle dessine une danse composite, comme sédimentée, qui raconte l’épaisseur de nos corps contemporains, autant que ses possibilités de réinvention permanente.

Une chorégraphie cousue de fil de soie.
Marie Godfrin , Zibeline

 
SALLE PIERRE BRASSEUR ISADORA DUNCAN 1H
ENTRACTE 1H
ATTITUDES HABILLÉES [LE QUATUOR] 1H
TOUT PUBLIC À PARTIR DE 11 ANS
Danse
Spectacle directement accessible au public sourd ou malentendant
 
  • DÉCEMBRE
  • JEU 9 19H
 
ABONNEZ-VOUS EN LIGNERÉSERVEZ EN LIGNE
Soirée danse
 
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La danse est le "corps de l'âme".

Rappel de mon article sur la danse de novembre 2020 : comment les mots viennent aux hommes, chemin de méditation sur les mots, le geste, après avoir vu un film dansé sur Isadora Duncan.

La caméra de Damien Manivel filme au plus près de la force et du mystère de la danse. "la mère" donne un film rare, d'une grande pureté.

Avec : Agathe Bonitzer, Manon Carpentier (jeune élève) Marika Rizi (professeur) et Elsa Wolliatson (danseuse)

 

Mon blogue se veut une réflexion sur la lecture et l'écriture. La lecture et l'écriture sont intimement liées aux autres arts dont elles peuvent se nourrir à l'infini des possibles et des variations.

Comment les mots viennent aux hommes, tel est le  chemin de  méditation en forme de question, de ce jour. C'est comme cela, je me demande toujours comment les mots (peut-être associés à l'expression de nos  maux). Le français permet cette association grâce aux homonymes.  Isadora Duncan danse, danse et cherche  la justesse de ce qu'elle fait à partir de son élan vital, quelque chose qui jaillit du plus profond d'elle-même. Sans cesse elle expérimente, habite, vit la danse dans son corps et son coeur.  La danse d'Isadora prend sens et  lie ensemble  le corps,  (son berceau, son nid ou naît le sens de ce qu'elle fait) et  le geste (qui en est l'esprit, le language et les mots). J'ai gardé le mot "homme", et je l'aime comme un berceau également.  Il est économe (il rassemble hommes, femmes, enfants), il est beau, son genre est neutre, il ne signifie pas l'homme sexué, mais ce qui lie les hommes entre eux,  sans aucune connotation , à la différence d'humanité, qui elle, est chargée d'affectivité, d'amour et de souffrance.  Cet espace neutre  permet une liberté.

En français, et dans les langues latines,  le neutre n'existe pas  en tant que tel, physiquement. Il se réfugie dans le masculin parfois , et parfois dans le féminin. Il serait intéressant d'étudier  la part de féminin dans les mots signifiant un espace neutre par exemple le mot "humanité" qui regroupe, hommes, femmes, enfants et la part de masculin dans le mot "homme", lorsqu'il est neutre et qu'il couvre le genre humain.  Dans les pays latins, le monde, la réalité ont  été découpés en féminin et masculin. Dans les pays anglo-saxons et de langue allemande, le neutre existe et s'inscrit dans le langage. C'est le "it" et le "es". La réalité est découpée différemment, et sans aucun doute la grammaire nous fait entrevoir des réalités différentes, qui ont chacune leur raisons ou pas, leur manière de sentir les choses et de les exprimer.

Peut-être, les batailles  actuelles dans l'espace public sur le genre, viennent-elles de cette confusion entre le monde anglo-saxon (ah! l'Amérique avec son troisième genre) et le nôtre (avec le masculin et le féminin gravés dans toutes les choses qui nous entourent), et  d'un manque de réflexion sur notre langue et sur ce que les mots veulent dire sans prévaloir  d'un jugement négatif quelconque qui fermerait tout questionnement.

J'en appelle à tous les experts  à faire part de ce qu'ils ont observé sur  ce fait de langue, et de  le considérer comme une expérience à vivre, une expérience humaine. Bien sûr il faut garder à l'esprit qu'une réponse toute faite serait le naufrage de la question (Albert Camus). En fait c'est la question qui est ouverte et qui reste le vrai sujet et qui évitera tous les préjugés et les partis pris.

J'y reviendrai plus tard car ce n'était pas mon sujet du jour. Celui-ci s'est invité dans ma réflexion, et je l'ai laissé passer, car je pense aussi qu'il faut saisir le moment, l'opportunité d'écrire (cela fait partie de l'élan de départ, de la naissance de l'écriture, "des mouches à saisir au vol").

Mon sujet d'aujourd'hui est Isadora Duncan, danseuse hors norme, sur l'instant, dans l'âme du mouvement, prenant son élan de son existence présente, comme le mot que l'on saisit au vol (réf. voir mon article sur les pensées plumes de Louise Bourgeois, et les mouches qu'il faut attraper avant qu'elles ne s'échappent). Mais quel est son rapport avec le désir d'écrire ?

En janvier, j'ai vu deux films en rapport avec la danse, et je me suis posé beaucoup de questions,  ce que le langage dansé, signifié (aux autres, sur la scène) signifiait ... Quel sens donner aux gestes inscrits sur la grande feuille blanche de l'espace. Les gestes sont silencieux mais ils parlent, ils crient , muets, des mots qui sortent du corps et y restent enfouis. Les mots lus ou écrits sont aussi des mouvements de l'âme, muets jusqu'à ce que quelqu'un les écrive, et les entende sur une scène,  les emporte et les offre à quelqu'un d'autre. Et ainsi se forme une longue chaîne entre les hommes.

J'ai vu le  très  beau film de Damien Manivel, film-atelier, ni documentaire ni fiction, qui célèbre les pouvoirs de la danse, "Les enfants d'Isadora".

Agathe Bonitzer en est l'interprète. En 1913, Isadora Duncan perd ses enfants  et crée un solo de danse, intitulé "la Mère" , afin de les laisser partir, s'éloigner d'elle.  Un peu comme Moïse, déposé par sa mère esclave sur le Nil, vers sa liberté.  Isadora offre, donne cette liberté à ses enfants morts. La gestuelle, cherchée et cherchée encore et encore, dit l'arrachement , le vide.  Petit à petit, la gestuelle  s'allège pour porter le poids de la tristesse. Surgit alors comme une réponse à la mort inacceptable, une grâce que seule la danse peut porter, une grâce presque consolatrice. La caméra de Damien Manivel filme au plus près de la force et du mystère de la danse. Cela donne un film rare, d'une grande pureté.

Avec : Agathe Bonitzer, Manon Carpentier (jeune élève) Marika Rizi (professeur) et Elsa Wolliatson (danseuse)

 

 Cunningham dans "changeling", créé en 1957 à Brooklyn

Cunningham dans "changeling", créé en 1957 à Brooklyn

A l'intérieur des limites du corps il y a une infinité de variations possibles. Il y a beaucoup de façons de dire les mêmes choses. Ayez une sorte de conversation avec vous même.

C'est le deuxième film que j'ai vu en janvier sur la danse :"Cunningham". C'est un film-documentaire d'Alla Kovgan, réalisatrice russe, qui découvre le travail de ce grand chorégraphe américain, extrêmement précis, presque mathématique. La pièce "Variations V" filmée par le réalisateur d'avant garde Stan Vanderbeek sur une musique de John Cage, a été pour elle une révélation. La vidéo devient un instrument de travail, pourtant Merce Cunningham ne se dit pas "moderne", d'ailleurs quelle importance ? "Mes danseurs et moi formons un groupe d'individus. C'est donc ce que nous sommes, sur scène comme dans la vie, des gens qui bougent".

Ce film m'a amenée à m'interroger sur le processus d'écriture. Car on pose la question à Merce Cunningham : "Why do you dance ? Do you want to express something, or a feeling, or a story ?"

Merce Cunningham répond :" I just do it and that's all". C'est ce constat, très pur et très simple, qui a confirmé le sillon que je creuse tous les jours sur l'écriture et qui peut également être une motivation pour vous :"just do it and that's all" 

Pourquoi lisez-vous ou écrivez-vous ? Faut-il de bonnes raisons pour cela ? Certaines seraient-elles meilleures que d'autres ? Faites le et c'est tout. Les questions viendront après, en pratiquant les mots, l'écriture, la lecture. Expérimentez, goûtez, observez.

Commencez comme cela, écrivez.  Etre dans son écriture comme l'on est dans la vie.

 

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LES ILLUSIONS PERDUES

Je pense à ceux qui doivent trouver en eux quelque chose après le désenchantement - Balzac

Balzac (lettres)

Lucien Chardon ou Lucien de Rubempré ? Le nom est un signe parmi d'autres signes et Lucien change son nom pour prendre celui de sa mère.

Benjamin Voisin dans le rôle de Lucien (Les illusions perdues - Xavier Giannoli)

Benjamin Voisin dans le rôle de Lucien (Les illusions perdues - Xavier Giannoli)

Nous sommes aujourd'hui lundi 25 octobre 2021. Il fait très beau et chaud.

Voilà bien longtemps que je ne suis pas venue vous parler de l'écriture et que je ne vous ai pas proposé d'atelier ? plus d'un mois ....

J'ai quitté le monde virtuel pour le "Réel Merveilleux" et j'ai adopté le papier, le crayon et les couleurs. Le dessin, ses formes et ses scintillements, la danse et son ancrage dans le sol, ses appuis et ses tracés éphémères dans le ciel  m'ont fourni des terrains de recherches et de découvertes, de tâtonnements et de jaillissements.

Aujourd'hui, je vous propose quatre  ateliers d'écriture autour des illusions et notamment des "illusions perdues" . Envoyez-moi vos créations selon vos choix.

 

Les "Illusions perdues", c'est bien sûr le roman de Balzac et maintenant le film de Xavier Giannoli actuellement en salle. Un film formidable, tumultueux, où la cruauté d'un nouveau monde (avec ses nouveaux codes), entièrement tourné vers la rentabilité,  emporte les êtres humains dans une anomie (*) loin de leurs valeurs  et de leur foi sur lesquelles ils ont fondé tous leurs espoirs pour s'élever dans l'échelle sociale à la conquête du Graal, désir éternel d'un ailleurs où ils pourraient s'épanouir, grandir et être reconnus. Petit à petit, ils se  dépouillent de ce qui les gêne, fagotés dans les habits neufs d'un nouvel ordre social où pointent les  valeurs destructices  d'un capitalisme naissant. 

 

 

Ainsi Lucien, jeune poète provincial "monte" à Paris où il va se brûler les ailes et perdra à ce jeu de l'amour et du profit. La ville fabuleuse montrera ses dessous moins fabuleux, sorte de ville des pas perdus, un miroir aux alouettes, une scène où chacun joue dans le registre des faux-semblants et des trahisons.

 

 

Il me semble qu'un autre thème tisse "ces illusions perdues", c'est l'urgence, le temps compté, la vitesse. Ce sont ces qualités qui prédominent et qui excluent la pensée, les sentiments qui ont besoin d'un temps plus long, sans souci de profit.  Tout se vend, tout s'achète, la poésie comme la presse, la politique comme les sentiments, la trahison comme la fidélité. Les hommes et les âmes s'y abîment. Mais Lucien survivra à ses "illusions perdues" et reviendra en partie à ce qu'il est vraiment. Il sera peut-être sauvé puisqu'il a aimé et très certainement aimera.

 

(*) anomie : du grec "anomia", disparition de la loi. Etat de désorganisation, de restructuration  d'un groupe, d'une société dû à la disparition totale ou partielle des normes et des valeurs communes à ses membres.

 

Merci aux écrivains  qui nous amènent à voir, à réveiller notre lucidité et à nous montrer les comédies humaines, qui sont toujours d' actualité et d'un modernisme brûlant au-delà des époques et des civilisations différentes. Ainsi, l'anomie n'est-elle pas un trait de caractère de notre époque  et de notre société très précisément ? Pourtant les grecs la connaissait déjà, puisqu'ils avaient le mot "anomia", qui présupposait qu'ils vivaient des bouleversements à l'intérieur de leur société ? 

Je vous laisse la liberté d'y réfléchir par vous-même.

 

 

PROPOSITION DE QUATRE  ATELIERS D'ECRITURE SUR : LES ILLUSIONS PERDUES

 

1)  En vous appuyant sur l'exemple donné (le film ou le livre) ou le résumé, vous êtes persuadé (e-ées) que vous connaîtrez une vie meilleure que celle de vos parents ou de vos semblables. Vous avez des espoirs ...  de votre siècle ...

- Peut-être le Paris de l'époque de Balzac, objet de désir en soi,  s'est-il déplacé  de nos jours vers une autre destination ? Maintenant on ne monte plus à Paris (on quitte Paris avec son ordinateur sous le bras et on s'enfuit à la campagne), mais l'homme rêve toujours qu'il pourra transformer son destin en un autre lieu, sorte d'aimant et d'attirances pour  la majorité des personnes d'une société donnée.

- Sous la forme que vous souhaitez, parlez (dessinez, faites une vidéo, écrivez) de vos espoirs d'enfants, d'adolescents, d'adultes tant que vous avez des espoirs et des désirs.

- Si vous avez vécu des désillusions ... par rapport aux espoirs que vous aviez nourris en cachette, pourquoi ne pas prendre la plume et nous en parler.

 

 

2) Alternative : Ecrivez un dialogue inspiré de phrases de Balzac.

Piquez, méditez,  des passages du livre de Balzac (mots ou phrases) et réactualisez-le (les) en gardant ce ton cynique et railleur de celui qui ne croit en plus rien d'autre que le profit. Quand on court après le profit et le profit seul (ou la claque/les applaudissements pour vendre et rien d'autre- de nos jours "les likes" en font partie, on ne cherche plus à développer une pensée, une vérité, une élégance, la beauté) 

Exemple : Continuez cette leçon de cynisme ...  entre un journaliste installé sur la place de Paris et  Lucien (jeune homme qui veut se faire un nom ...) 

"Tu pensais donc ce que tu as écrit ?" ... "Mon petit, en littérature, chaque idée a son envers et son endroit"

... " Vous tenez donc à ce que vous écrivez  ? lui dit Vernou d'un ton railleur. Mais nous sommes des marchands de phrases, et nous vivons de notre commerce."

" Quand vous voudrez faire une grande et belle oeuvre, un livre enfin, vous pourrez y jeter vos pensées, votre âme, vous y attacher, le défendre ;"

"Mais des articles lus aujourd'hui, oubliés demain, ça ne vaut à mes yeux que ce qu'on les paye".

"Si vous mettez de pareilles importances à de telles stupidités, vous ferez donc le signe de la Croix et vous invoquerez l'Esprit Saint pour écrire un prospectus".

 

3 - Autre alternative :Ecrire une critique ou parlez de votre sentiment :

Vous pouvez envoyer votre commentaire et votre propre  sentiment à propos du  film de Xavier Giannoli "les Illusions perdues".

 

4 - Autre possibilité : Décrire ou s'inspirer de l'affiche du film. 

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Télérama

AbonnéCritique par Hélène Marzolf
De la fresque balzacienne, le cinéaste garde avant tout le côté sombre. Et propose une captivante plongée aux origines de nos sociétés capitalistes modernes.

Ce bon vieux Balzac a décidément la cote. Après Marc Dugain ( Eugénie Grandet, en salles), c’est au tour de Xavier Giannoli de s’en emparer pour raconter l’ascension et la chute du célèbre Lucien de Rubempré, petit poète d’Angou­lême venu chercher la gloire à Paris, et bientôt confronté au désenchantement. Dépoussiérer ce classique de la littérature du xixe siècle, l’une des œuvres phares de La Comédie humaine , a-t-il un sens aujourd’hui ? Trois fois oui. Car ces Illusions perdues évitent la rigidité du « film en costumes », à coups de choix radicaux. À la trappe, les personnages exemplaires comme l’ami de Lucien, David Séchard, ou les membres du Cénacle, cercle d’artistes vertueux et ascétiques du microcosme parisien. Éliminés, les passages édifiants, ou positifs, de cet apprentissage de la vie à la dure… Le réalisateur supprime des pans entiers de l’histoire (les livres 1 et 3), et opte pour le côté sombre de l’œuvre.

Après une brève introduction provinciale — la partie la moins convaincante —, Xavier Giannoli met en scène, avec une évidente jubilation, la corruption exercée par la capitale sur l’idéalisme naïf de Lucien. Propulsé dans le quartier des « grisettes », ces femmes qui vendent leur corps, le jeune homme découvre le monde crapoteux d’une presse prompte, elle, à vendre son âme, et devient, à son tour, « marchand de phrases et trafiquant de mots », jusqu’à y perdre, non seulement son intégrité, mais aussi son avenir.

D’un classicisme élégant, la réalisation tranche avec la démesure, l’outrance délibérées du propos. Une voix off nous guide dans les méandres d’un petit théâtre cruel et cynique, où les réputations et les critiques s’achètent, où le plus grand éditeur parisien est un ex-épicier analphabète qui ne publie « que des gens déjà célèbres », où, au spectacle, la claque, plus sûrement qu’une arme, peut littéralement tuer… Dans son dernier rôle, Jean-François Stévenin (disparu en juillet dernier) incarne, à lui seul, l’essence de cette dépravation mafieuse : marionnettiste de l’ombre, son personnage, Singali, traîne de théâtre en théâtre sa cohorte de figurants impitoyables, ces siffleurs professionnels qui se vendent au plus offrant et qui, à coups d’applaudissements ou de huées, font et défont les destins…

La saga ne manque ni de souffle romanesque ni d’ambition historique : tout autant que le parcours de Lucien (le formidable Benjamin Voisin, révélé par Été 85, de François Ozon), Xavier Giannoli évoque, dans un ample mouvement, les fondements du capitalisme moderne sous la Restauration, époque où la culture devient un bien marchand, où la politique s’allie au monde des affaires, où la presse, désormais guidée par le profit et les pressions de l’actionnariat, commence à fabriquer l’opinion. France Dimanche ou CNews n’ont décidément rien inventé : le cinéaste tend — de manière un peu didactique mais passionnante — un miroir à notre époque, en remontant aux origines des fake news, de la société de communication, du buzz et de la polémique, bref, d’un système impitoyable, alimenté par… des moulins à vent. « Ce qu’on écrit n’a aucune importance, résume le journaliste Étienne Lousteau (Vincent Lacoste, tout en désinvolture matoise). C’est oublié le jour même, et tout ça finit par emballer le poisson. »

Ce roman d’initiation acerbe, aux multiples niveaux de lecture, pourrait transpirer l’aigreur. Au contraire, Xavier Giannoli, à la façon d’un caricaturiste inspiré, lui insuffle une vitalité réjouissante, à travers des tableaux vifs et entraînants. Conçu pour le grand public mais exigeant, le film doit beaucoup à son impressionnante troupe d’acteurs, de Cécile de France, sensible et ambiguë en madame de Bargeton, à Xavier Dolan — écrivain à succès faussement fat, qui gagne en épaisseur peu à peu — ou Jeanne Balibar, mondaine persifleuse et manipulatrice, digne d’une marquise de Merteuil. Quant à la jeune Salomé Dewaels, interprète de l’amante de Lucien, l’actrice Coralie, seul cœur pur dans cette arène de pantins détestables, elle crève l’écran.

| France (2h29) | Scénario : X. Giannoli et Jacques Fieschi, d’après Honoré de Balzac. Avec Benjamin Voisin, Salomé Dewaels, Cécile de France, Xavier Dolan, Vincent Lacoste, Jeanne Balibar, Jean-François Stévenin.

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LES ILLUSIONS PERDUES

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PEILLON - ALPES-MARITIMES - LES NOMS DISPARUS

Dessin de Giacometti, exposition au Grimaldi Forum de Monaco, Août 2021

Dessin de Giacometti, exposition au Grimaldi Forum de Monaco, Août 2021

Le merveilleux carnet de Giacometti

Le merveilleux carnet de Giacometti

Marcher et écrire. Voilà le chemin que je vous invite à prendre une fois par mois. Marcher, rêver, méditer, inspirer et s'inspirer au rythme lent des pas qui s'égrainent et prennent leur sens dans les pas eux-mêmes, posés l'un après l'autre,  avec tout son corps et toute son âme.

Mon atelier d'écriture et de lecture, loin de prendre un virage, continue de creuser le sillon de ce qui fait le vivant. 

Ecrire, est une exploration parfois une découverte du "Réel merveilleux", pour reprendre les mots de Giacometti.

"Giacometti pose un regard admiratif sur les choses les plus intimes de son environnement quotidien, toujours prêt à s'émerveiller de ces menus riens auxquels on n'accorde généralement aucune attention. La poussière qui flotte dans l'espace jonché de plâtre dans son atelier, mais aussi les feuilles des arbres, le pli d'une serviette, le fil d'une araignée provoquent son admiration. Ses quelques natures mortes reflètent sa sensibilité à son environnement immédiat ... Les représentions des objets de l'atelier rappellent son attention vive aux formes qui l'entourent".

J'explore le regard de Giacometti, comme j'explore mon environnement immédiat, avec sa modestie et sa richesse. Toutes ces réalités se superposent, s'entrecroisent, s'entrelacent, dansent ensemble et m'emportent sur les chemins sans fin du Réel Merveilleux.

 

 

 

 

Prenez le train des Merveilles à la gare centrale de Nice et descendez à la gare de Graves-de-Peille

Prenez le train des Merveilles à la gare centrale de Nice et descendez à la gare de Graves-de-Peille

Peillon (mai 2021)

Peillon (mai 2021)

Le chemin vers la Lourquière, qui a été écrit pierre par pierre dans le paysage.

Le chemin vers la Lourquière, qui a été écrit pierre par pierre dans le paysage.

Peillon  à quelques kilomètres de Nice

Peillon à quelques kilomètres de Nice

Sur le chemin de la Lourquière

Sur le chemin de la Lourquière

J'ai poussé la porte du petit cimetière de Peillon et j'ai lu les noms sur les tombes à voix haute et en moi-même. Je les ai écrits aussi sur mon carnet pour qu'ils vivent une autre vie dans la mémoire des hommes, et secouent  les oreilles poussiéreuses qui ne les entendent plus. 

Les noms s'ouvraient comme des fleurs de mai sur un monde  depuis longtemps endormi, suranné, enterré,  fâné, une sorte de  jardin interdit et mystérieux. Tous étaient là pourtant, corps et âmes,  bien présents et m'apparaissaient plus vivants que moi-même, à cet instant. Depuis qu'on a voulu prouver qu'être d'ici ne vaut rien, et que la nostalgie qu'on éprouve est suspecte, j'ai senti que tout cela valait quelque chose.

 

A Marie-Jeanne, à Jeanne, Hélène, Emile et Marie, à Arthur, Léone et Guy

Poème de l'instant  Mai 2021 - Peillon (Alpes-maritimes)

Baptistine, 1852

Célestine

Jacquemine    1892

Constantin, Constance

Alpinien  1903

Honoré    1895

Louise, Léonce  1878

Secondin

Augustin   1857

Antoinette

Victorien

Constant, Annette

Blanche

Valentine

Marie-Antoinette de Villardi de Montlaur,

Baronne François de Bretizel

Croix de guerre 39-45

Thélise    1888

Delphin

Je songe à l'instant

A ces noms 

qui brillent de leurs lueurs dorées

Et à  ces dates qui m'appellent

vers ce  présent  là. 

Je pose une main sur le granit 

encore chaud.

 

En mémoire d'un sentiment, né à ce moment là, en ce temps là, mêlé à l'histoire des hommes et des femmes de ce pays en 2021.

ATELIER D'ECRITURE : Marchez, lisez, notez  et à vous d'écrire, de dessiner, de jeter quelques mots et de m'envoyer vos créations en commentaires  .......

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LES BEAUX ETES DE CLARISSE : UN LIVRE ENTRE REVE ET REALITE

La Rivière à l'envers de Jean-Claude Mourlevat

La Rivière à l'envers de Jean-Claude Mourlevat

La 4ème de couverture

La 4ème de couverture

Je vous propose aujourd'hui des moments de lecture avec un enfant entre huit et treize ans :

 

Prenez une petite fille (*)

Avec laquelle vous pouvez rêver

Parler 

Dire des bêtises ou des choses très sérieuses.

Elle peut s'appeler Clarisse, ou Annabelle ou ce que vous voulez.

Proposez lui alors de s'asseoir et d'aller chercher un livre

Sans images

Celui que vous venez de lui offrir

"La Rivière à l'envers"  Tomek  Livre I

de Jean-Claude Mourlevat.

Nous le lirons ensemble n'est-ce-pas ?

Alors le moment est venu,

Entre chien et loup,

A voix haute

Une page après l'autre

Une page chacune

Douceur partagée,

Entre deux à quatre chapitres

au fil des jours ou à la tombée de la nuit,

 En pyjamas, déjà ou encore

et coincées dans les oreillers moelleux

C'était un rite des Beaux Etés

Vite, vite ! Que nous buvions par petites gorgées

Cette histoire 

Que nous disions ou hésitions sur les liaisons

et les temps d'un passé

pas si simple,

Nous chantions presque

Cette odyssée

Chacune à notre tour

Comme lorsque nous dansions

Une ronde, 

Elle aima particulièrement le village des Parfumeurs

La rencontre avec Marie dans la Forêt de l'Oubli

Et l'Ile inexistante dont on ne pouvait sortir 

Sans avoir répondu à l'énigme.

Nous avions cheminé avec Cadichon l'âne

Et  déjouâmes  les Ours aveugles au flair démesuré,

Après une semaine

Nous avions tout lu

Jour après jour,

Soir après soir

Et nous étions ravies

Du chemin parcouru

Des difficultés vaincues.

Nous avions rejeté les images toutes faites

qui s'imposaient par les écrans,

D'autres images s'étaient formées

En nous

Que nous pouvions faire renaître chaque jour,

Chaque soir, la tête sur l'oreiller

Magie des sons, de la musique des mots

Qui s'articulent, immatériels, 

S'embrassent, se lient indéfiniment

Et Infiniment

Dans notre imaginaire.

Nous devions donc nous quitter

Et mettre une fin au Bel Eté.

Heureusement il y a une suite, c'est Hannah  tome II 

de la Rivière à l'Envers.

A bientôt chers petits amis.

 

(*) Ou un petit garçon 

 

Laurence Marie Noé - Poème d'un instant de la journée du 4 août 2021

 

Envoyez-moi vos commentaires sur ce livre. Comment l'avez-vous lu, à quelle occasion ? Seul(e) ou à deux, ou en famille, ou avec des amis(es) ? 

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MON ATELIER DU 14 JUILLET 2021 : NICE

Aujourd'hui nous sommes le 14 juillet 2021.  Nice.

J'ai voulu seulement dessiner un sentiment et oublier les mots.

 

Laurence Marie Noé : Une vie (I)

Laurence Marie Noé : Une vie (I)

Laurence Marie Noé  : Une vie (II)

Laurence Marie Noé : Une vie (II)

Une vie (III)

Une vie (III)

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MON ATELIER D'ECRITURE : LA PROMESSE DE PROMETHEE

Prométhée, une promesse de civilisation.

Prométhée, une promesse de civilisation.

A l'heure de ce moment d'écriture, nous sommes dimanche 4  juillet 2021 :

                                La promesse de Prométhée,

 

Temps gris

Huit heures

Quelles perspectives ?

Un article sur le blog

Un atelier d'écriture

Y penser et s'y mettre 

Une radio quelque part grésille

Dans sa friture d'informations

et de divertissements 

Un moment, un moment

La télévision d'à côté crache déjà

Des cris, des pleurs, des violences

Qui me harassent

Vomissures d'un chat trop gourmand

Sur la terre

Le frigo ronronne et pousse un soupir

Des chants d'oiseaux, enfin,

Je voudrais m'y oublier

Mais je pense aux courses,

Au ménage, aux rangements, aux armoires

Aux araignées et à la déco.

Sans la lecture,

Mon esprit est de plomb

Lourd et immobile

Je stagne, je croupis,

Je végète,

Je m'encroûte

Je m'enlise et 

plonge en moi-même.

Il faut chasser ce moi

Qui me harcèle

Et m'empêche de voir

Je me suis levée

Pesante pierre des jours interminables

Grisâtres

Qui amenuisent les forces

Et déjà je sens comme une inclinaison

Vers l'hiver et le froid.

J'ai pris un livre au hasard

Au hasard des pages et des mots

"L'été" et "Les Amandiers"

"Savez-vous, disait Napoléon à Fontanes *,

Ce que j'admire le plus au monde ?

C'est l'impuissance de la force

A fonder quelque chose".

"Les conquérants, on le voit,

Sont parfois mélancoliques."

Le jour s'est encore assombri

J'entends quelque crépitement

Sur le store qui s'offre aux premiers rayons

de l'été

Qui s'esquive.

Musique du monde

Changeante

Promesse de Prométhée,

Ce héros "qui aima assez les hommes

Pour leur donner en même temps

Le feu et la liberté,

La technique et les Arts.

L'humanité aujourd'hui,

N'a besoin et ne se soucie que de techniques".

Ainsi parla Fontanes *.

 

Laurence Marie Noé  (poème de l'instant)  (04/07/2021)

* Fontanes  (Louis de)  Niort 1757 - Paris 1821 - Homme politique et écrivain français. Il fut grand maître de l'Université sous l'Empire.

 

Ce extrait de l'été (les amandiers), a été écrit par l'un de nos plus grands écrivains en 1940. 

J'ai aimé le lire ce matin là, et il aurait pu être écrit en 2021, n'est-ce-pas ? Ce texte m'a nourrie, parlé, et a chassé les pensées de plomb qui m'envahissaient et m'engluaient. Tel est le pouvoir de la lecture. Elle vous emmène ailleurs et après un grand tour vous ramène à votre réflexion en semant des petits cailloux.

J'entends maintenant les hélicoptères qui transportent les riches touristes de Nice à Ramatuelle, des dizaines de fois par jour, recouvrant la beauté du paysage du bruit assourdissant  des moteurs, voile plein d'arrogance qui fait taire le vol des oiseaux.

"Prométhée, lui, est ce héros qui aima assez les hommes pour leur donner en même temps ... "

ATELIER D'ECRITURE : Avez-vous trouvé l'auteur de ce passage de  L'été , ce chemin de lecture et d'écriture que je vous propose aujourd'hui ?

- Quel écho ces mots : Eté, amandiers, promesse, feu, liberté, techniques et arts, trouvent-ils en vous ?

Je révèlerai le nom de cet auteur dans quelque temps à moins que vous ne le trouviez rapidement ? Il reçut le prix Nobel dans les années cinquante et reste une source inépuisable de réflexions toujours d'actualité.

Voici encore un merveilleux passage de cet auteur dans l'Eté, la mer au plus près

 

"Certaines nuits dont la douceur se prolonge, oui, cela aide à mourir de savoir qu'elles reviendront après nous sur la terre et la mer. Grande mer, toujours labourée, toujours vierge, ma religion avec la nuit ! Elle nous lave et nous rassasie dans ses sillons stériles, elle nous libère et nous tient debout. A chaque vague, une promesse, toujours la même. Que dit la vague ? Si je devais mourir, entouré de montagnes froides, ignoré du monde, renié par les miens, à bout de forces enfin, la mer, au dernier moment emplirait ma cellule, viendrait me soutenir au-dessus de moi-même et m'aider à mourir sans haine."

 

Vous avez trouvé ? Envoyez la réponse dans les commentaires et à vos plumes avec toujours plus de plaisir à écrire, écrire et lire, et créer, à vivre !

 

Aujourd'hui, c'est le 14 juillet 2021, je vous donne la réponse à ma question du 4 juillet : C'est Albert Camus qui a écrit  l'été, les Amandiers. Les Noces suivi de l'été, sont ses premiers essais et ont été écrits en 1936 et 1937. Ils seront édités à un petit nombre d'exemplaires à Alger, en 1938.

 

 

 

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MON ATELIER D'ECRITURE : LAISSEZ ENTRER LA GITANE

Je vous écris de cet instant là ...

Je vous écris de cet instant là ...

Au fil des mois, je m'interroge toujours sur l'acte d'écrire. Ce qui m'ancre dans l'écriture elle-même.

Ecrire n'est pas un acte de séduction. J'écris lorsque je sens que je suis dans une vérité de ce que j'entreprends, lorsque je suis prête à  "laisser entrer la gitane" (évocation de La Grande Vie de Christian Bobin p.61 de la collection folio-Gallimard), c'est à dire lorsque je suis prête à accueillir l'épaisseur de la vagabonde qui sommeille en moi. 

La vagabonde ne cherche pas à convaincre, elle marche et regarde où elle pose les pieds. Ainsi, je ne cherche que "ce qui passe dans l'air entre les feuilles de sureau. La poésie avance pieds nus, on ne l'entend pas, une phrase claque sur la page, on se retourne : elle vient d'entrer, la gitane".  (Christian Bobin)

Mes pas croisent un chat maigre, noir et puant. Il devient chemin de lecture et d'écriture. Il me permet de le saluer  car il a pu entrer par les mots dans mon histoire. 

Ainsi je me demande si écrire n'est pas un état d' esprit qui donne du sens à l'instant même où vous vous  couchez à côté des mots comme à côté d'un mari dont la présence silencieuse nourrit "le souffle de l'air entre les feuilles de sureau".

Je m'amuse aussi, à tordre les mots entre eux, à les élargir, les connecter, les renverser, les faire jaillir. La source est là, dans la vie, dans le mouvement du danseur qui ouvre ses bras comme des ailes et qui crie en silence : "je suis un oiseau".

 

La Grande Vie de Christian Bobin : quecherchezvous.com

La Grande Vie de Christian Bobin : quecherchezvous.com

Voici des phrases de Christian Bobin glanées dans La Grande Vie, qui vont vous aider pour un départ d'écriture.

- Tout d'abord choisissez l'endroit d'écriture (dans votre chambre, au bord d'un précipice, en haut d'un volcan, au coin de la rue etc.) et le moment d'écriture.

Le moment est très important car comme à l'oiseau qui déploie ses ailes ou turlutte, ou siffle, il faut consacrer du temps "entier" à l'écriture. Quand je dis entier, j'entends qu'il ne soit en aucun cas troublé par une dispersion de vous-même. C'est cette connection à vous-même qui va vous guider.

Ainsi, Christian Bobin écrit dans le chapitre l'Empereur du Japon (in La Grande Vie

"Cher petit merle, j'aurais voulu t'écrire à l'instant de ton apparition mais je ne suis maître de rien : le téléphone a sonné puis j'ai dû sortir faire les courses. Personne n'est tout à fait libre de son temps..."

Je vous laisse continuer cette lettre, qui soulève un rideau sur notre existence et ses limites ... "sur les choses qu'on dit et les choses qu'on fait, ou que l'on dit qu'on fait et qu'en fait on ne fait pas ..." 

A vous de laisser entrer la gitane et de vous laisser vagabonder .... 

 

 

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