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JE VOUDRAIS SIMPLEMENT (2) ...

Bonsoir à tous, 

Il pleut à Nice, ce soir. J'aimerais être assise à une terrasse, et regarder en l'air. J'observerais les formes que découperaient sur le ciel   un parasol vert et un immeuble de vingt étages au-dessus de ma tête.

Je vous avais laissé début avril avec ce début de phrase : "Je voudrais simplement" ... que vous pouviez compléter, ou illustrer par une métaphore, un dessin, une photo, un collage, un calligramme, un sonnet ....

Souvenez-vous, Cécile Coulon, commençait son beau poème-dialogue  par "je voudrais vous offrir des frites".

Je ne sais pas pourquoi cette phrase, que j'aurais pu entendre dans la rue, cette phrase m'a réveillée, étonnée, enchantée.  Il y avait quelque chose de connu, de familier que j'avais envie de lire et de suivre. Peut-être les mots "offrir" et "je voudrais"  qui s'ouvrent comme un parapluie sur une invitation et le mot "frites", court, sonore, et si réaliste, terre-à-terre. Et puis tout le monde aime les frites, et j'avais peut-être envie de frites lorsque j'ai lu son poème. J'ai lu la scène comme une séquence de film. C'est le début de quelque chose, ou peut-être de rien. Juste une rencontre  au bord d'un comptoir.

Cécile Coulon vous accroche dans ses "Ronces".

Je vous donne quelques titres de ses poèmes qui donnent envie de lire sa poésie :

- Les herbes sauvages

- Vivre dans les hautes lumières

- Tout va bien

- L'appartement

- Interlude

- Devant la maison

- Tes mains

Je vous donne le début de :

- Une lionne rouillée

Je suis restée là

calmement dans mon coin

je ne pensais pas

je ne croyais pas

faire autre chose qu'écrire des poèmes

et courir dans les bois ..

 

 

 

Je vous avais promis de pousser la jolie porte en bois, d'un jardin clos à La Brigue (06) et  d'écrire "un poème de l'instant", rien que pour vous, et qui se déroulerait ainsi :

Je voudrais m'asseoir tout simplement

et arrêter le cours

des gens qui courent

des gens qui regardent

de leurs regards vides

ailleurs

je ne les croise plus

Je voudrais m'asseoir

au Café Vivre

avec Chantal Thomas

Je porterais un chemisier

bouffant

fermé aux poignets

de nacre

et de dentelle noire

de Calais

Dans les premiers soirs doux

d'avril

je reconnaîtrais la fraîcheur de la nuit

et la voix de Chantal Thomas

qui parlerait du Marquis de Sade

et de Jean-Jacques Rousseau.

"J'errais, dans les vallons, je lisais,

j'étais oisif,  je travaillais au jardin,

je cueillais les fruits,  j'aidais au ménage

et le bonheur me suivait partout". (*)

Je ne sais pas si je voudrais de cette existence,

de cette errance.

Je voudrais simplement

m'asseoir au Café Vivre

Avec un chat sur les genoux

qui attendrait et attendrait encore

Qui ? 

je pourrais lire

son infinie patience

aux lignes de son corps

ses pattes de velours reposeraient

dans leur nonchalance

dans leur élégance

Je voudrais simplement

faire un herbier avec ma vie

Je voudrais simplement

m'asseoir près de vous

Nous ne dirions rien

Un livre de Chateaubriand

ouvert sur les genoux

Les Mémoires d'Outretombe

Nous lirions et nous nous enchanterions

des paysages bretons

et des  "franges d'une écume argentée" (**)

l'automne

à Combourg

"Après avoir marché à l'aventure,

agitant mes mains,

embrassant les vents

qui m'échappaient ainsi que l'ombre,

objet de mes poursuites,

je m'appuyais contre le tronc d'un hêtre". (**)

Je voudrais simplement

m'asseoir et écrire un poème

qui  parlerait de ce que je voudrais ...

 

Laurence Noé-Pécheur  (Nice, le 26 avril 2021)

Poème de l'instant

(*) Chantal Thomas   Café Vivre - Chroniques en passant

(**) Chateaubriand - Mémoires d'Outre-Tombe

Vous aller refermer la porte doucement derrière vous ? Envoyez-moi vos créations et laissez-moi vos commentaires !

J'aime m'attacher à mon clavier et mon écran pour essayer ... de vivre plus intensément. C'est le pouvoir de l'écriture et de la lecture. Cependant j'aimerais revenir à des instruments plus près de la matière ... c'est à dire que je "voudrais tout simplement"  sentir le crayon glisser sur le papier et le manger un peu au bout, vous savez ? Me salir les mains,  et écrire ainsi, penchée sur la table en bois de châtaigner, et dessiner et lire puis écrire à nouveau, et lire et dessiner et aussi marcher, marcher, marcher et sentir les aspérités du chemin sous les pieds.

 

Si nous sommes créatifs, que ce soit en cuisine, au jardin, à la maison, en amour, en amitié, ou dans un blog, alors nous ne sommes pas complètement enlevés à nous-mêmes ... et nous continuerons d'habiter ce monde ...

Bonsoir et à bientôt de retrouver vos commentaires.

 

 

 

Chantal Thomas

Chantal Thomas

Qui est Chantal Thomas ?

Chantal Thomas est née en 1945. C'est une auteure  que je suis régulièrement pour la beauté de son écriture, élégante et précise. Avec Chantal Thomas, on pénètre  dans les mystères de l'écriture, les interrogations qu'elle suscite, la curiosité qu'elle affine et aiguise.  On peut connaître, au sens de sentir, ce qu'est l'aventure d'écrire, dans son livre "souvenir de la marée basse",  livre sur sa mère Jackie,  et son plaisir de nager. C'est à la fois un livre sur la transmission  entre une mère et sa fille ,mais c'est aussi, une recherche d'écriture au plus près des sensations de l'eau comme élément de vie et de culture à Arcachon et à Nice.

Spécialiste du XVIIIème siècle, elle m'a appris que l'Histoire avec un grand "H",  ce sont aussi des histoires. En lisant "L'échange des Princesses", "Les adieux à la reine", on suit avec passion la vie des femmes du  XVIIIème siècle avec  ses étrangetés,  ses cruautés, et ses fantaisies.  

Par son écriture, Chantal Thomas nous rapproche des hommes et des femmes de ce siècle et transforme notre manière de les voir et de nous voir.

Chantal Thomas est aujourd'hui la dixième femme à occuper un siège d'académicienne. Elle occupe le siège de Jean d'Ormesson.

Les adieux à la Reine

Les adieux à la Reine

L'échange des Princesses

L'échange des Princesses

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MON ATELIER D'ECRITURE : JE VOUDRAIS SIMPLEMENT ...

La porte d'un jardin à La Brigue (Alpes Maritimes) qui déclenche le désir de l'ouvrir  ...

La porte d'un jardin à La Brigue (Alpes Maritimes) qui déclenche le désir de l'ouvrir ...

Que désirez-vous ? 

Commencez par ces mots : Je voudrais simplement ... 

Poussez la porte de ce jardin,  et entrez. Que trouvez vous derrière cette porte qui vous empêche de voir, de poser votre pied et de sentir la terre un peu humide,  les herbes folles, la chaleur de la lumière sur votre peau ? 

Avez-vous envie de pousser cette porte ? Avez-vous envie de savoir ce qui vous anime, vous remue, vous touche, vous inspire et vous aspire ?

J'ai lu ou j'ai entendu, je ne sais plus, que sans désir, il n'y a pas d'écriture. Depuis le début de ce blog je creuse ce sillon  qui traverse l'écriture de part en part.

Envoyez-moi vos émois, vos débats, vos arabesques et entre-chats, vos couleurs, vos senteurs, écrivez d'une patte de velours, ou avec vos griffes, mais écrivez ... Dans quelques jours, j'ouvrirai également la porte de ce jardin et vous emmènerai là où "je voudrais simplement .... ".

Ecoutez-vous, entendez ce que  vous dit votre voix, vous murmure, vous susurre, vous crie.

Envoyez : poèmes (prose, vers, calligrammes), histoires courtes ou longues,  découpages, collages, photos ...  

 

 

 

 

Cécile Coulon, nouvelliste et poétesse.

Cécile Coulon, nouvelliste et poétesse.

 

Je vous donne quelques vers d'une jeune poétesse, née en 1990 à Clermont-Ferrand. Elle cueille des moments de vie, des rencontres improbables,en  des lieux qui n'en sont  pas vraiment (devant l'enseigne ...),  où le quotidien et "l'histoire" concordent dans la discordance, ou le banal prend des airs de "road-movie", de roman de voyages, avec leurs odeurs tenaces (les parfums de ciment, l'odeur d'huile de friture) et les images qui s'accrochent (ses cheveux ras, gris retenaient l'eau).

C'est Cécile Coulon, elle a écrit "Les Ronces" (c'est à cause de ce titre que j'ai acheté ce livre). Les ronces ont aiguisé mon envie de goûter les mots  engendrés par ces plantes des chemins,  ébouriffées et qui font mal.

Elles griffent et égratignent les jambes ou les mains de ceux qui veulent attraper les mûres dans les chemins. Et ici les chemins serpentent peut-être en Auvergne. 

Le premier poème s'appelle :

"Je voudrais vous offrir des frites

Il fait quatre pages et demi,  je ne choisis que quelques vers :

...

Quand ils ont payé, le patron m'a lancé

"pardon pour l'attente"

alors que je venais d'arriver et ça m'a fait sourire;

"une barquette de frites avec du ketchup,

ça marche,

vous pouvez attendre à l'intérieur"

alors j'ai attendu, debout, contre le réfrigérateur,

devant les bacs de salades vides.

C'est là qu'un homme, trempé jusqu'aux os,

est arrivé.

Je me suis poussé pour le laisser passer :

Ses vêtements dégageaient un parfum de ciment

et d'alcool bon marché, ses cheveux ras, gris,

retenaient l'eau

comme la surface des champs à quatre heures

du matin.

Il a commandé. 

....

Dans mon dos, le réfrigérateur ronronnait.

Un léger sourire s'est installé, naturellement,

entre mes fossettes.

Sur le comptoir, mes frites étaient prêtes, bien

empaquetées. J'ai sorti une pièce de deux euros

et l'homme tout mouillé m'a dit :

J'aimerais vous offrir des frites,

si ça ne vous dérange pas.

J'ai soupiré et  laissé ma pièce entre lui et moi.

Puis j'ai tendu la main. Il l'a serrée.

Merci Monsieur.

...

 

A bientôt, sur les chemins de l'écriture ... Il y a un poème de Cécile Coulon qui commence ainsi :

Je voudrais simplement,

j'insiste, simplement,

une maison au bord

d'un de ces lacs en Auvergne

que je connais comme si

j'étais née à l'intérieur.

Dans cette maison .....

 

Ce poème a pour titre : La Maison

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LES SCINTILLEMENTS DU DESIR - TROIS POETES A ECOUTER

Aujourd'hui, je vous invite à "La grande Librairie" avec François Busnel, une émission que j'affectionne particulièrement (sur la 5 le mercredi soir).

François Busnel ne reçoit pas seulement les écrivains. Il les   accueille, les lit, les écoute et les laisse parler. Et c'est passionnant. Il accueille  leurs fragilités et leurs forces et nous nous laissons bercer par les mots.

La Grande Librairie du 17 Mars 2021 consacre son émission à trois poètes, et c'est un  rideau qui se déchire sur la lumière qu'ils nous offrent avec simplicité et modestie. Une merveille et des idées de lecture.

 

 

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LE FRANGLAIS : PLASTICITE, ELASTICITE OU RIGIDITE ET PAUVRETE ? ?

LE FRANGLAIS : PLASTICITE,  ELASTICITE  OU RIGIDITE ET PAUVRETE ?   ?

Tout d'abord, écoutez cette émission de France Culture du 30 janvier 2021 

https-//www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/le-franglais-incoercible

Voici le texte de présentation de l'émission :

Réalisation : Yaël Mandelbaum

Invité : Bernard Cerquiligni, linguiste, professeur de linguistique à Paris VI, membre de l'Oulipo et conseiller scientifique du Petit Larousse;

Fameux paladin d’une résistance, René Étiemble, professeur à la Sorbonne, pourfendait déjà, dans les années soixante, ce qu’il avait intitulé avec éclat le «franglais ». Il dénonçait un « sabir atlantique » qui abîmait le français, qui aurait envahi et perverti son génie propre. Étiemble est mort à l’orée du XXIe siècle. Soixante ans après son combat, considérerait-il la bataille comme perdue ? Voilà bien une question qui mérite d’être considérée à nouveaux frais. 

On aligne sans peine, en effet, dans notre parler quotidien, une multitude de vocables et d’expressions venus tout droit d’Outre Atlantique, bruts de décoffrage, et bousculant brutalement les nôtres, d’une manière souvent absurde. Le monde des affaires comme celui de la publicité sont, complaisamment, en première ligne au service, de cette impérieuse pénétration. Tandis qu’Internet, bien sûr, joue aussi son rôle.Quelle attitude convient-il donc d’adopter, en termes civiques, à la lumière de la très longue durée ? L’indignation devant de lâches abandons touchant au cœur d’une identité, une indignation que portent si bien nos cousins du Québec, ou bien au contraire le rappel, résigné sinon allègre, que toutes les langues se sont toujours, d’âge en âge, mutuellement enrichies ? 

Nul mieux que mon invité Bernard Cerquiglini, linguiste hors de pair, n’était propre à accompagner une réflexion historique sur ce sujet qui est chez nous, de longue main, au centre de confrontations passionnées – légitimement passionnées. Il a été notamment délégué général à la langue française et aux langues de France et recteur de l’Agence universitaire de la francophonie. Et puis, il est membre de l’Oulipo, un lieu essentiel de tous les bonheurs langagiers.

ARCHIVES DIFFUSÉES

  • Dans notre générique : extrait d'une intervention de Jacques Chirac, maire de Paris, à propos de l'entreprise japonaise Sony (il cite des mots anglais en présence de Jacques Toubon), 1994.
  • Micro-trottoir télévisé sur des termes anglais, reportage de Gérard Pabiot, diffusé sur Antenne 2, le 28/04/1984.
  • Lecture d'un texte d'Henri Estienne (1578), dans l'émission "Tire ta langue" d'Antoine Perraud, sur France Culture, le 09/10/2001.
  • Chanson "Drope-moi un mail ASAP" du groupe Les Goguettes (en trio mais à quatre), sur l'air de la complainte du progrès de Boris Vian, 2020.
  • Extrait d'un entretien de René Étiemble à propos de son livre Parlez-vous franglais ?, dans l'émission "La Tribune des critiques radiophoniques", sur France Culture, le 29/02/1964.
  • ITV de Christian Rioux, correspondant à Paris du quotidien québécois Le Devoir, diffusé dans l'émission "Tout un monde" de Marie-Hélène Fraisse, sur France Culture, le 24/10/2010.  
  • Générique de fin : chanson "La langue française" de Léo Ferré (1962)

BIBLIOGRAPHIE

  • Jean Pruvost, La story de la langue française. Ce que le français doit à l'anglais et vice versa, Tallandier, 2020.
  • Henriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs, Robert Laffont, 1997
  • Henriette Walter, Honni soit qui mal y pense. L'incroyable histoire d'amour entre le français et l'anglais, Robert Laffont, 2001. 
  • Bernard Cerquiglini, Le ministre est enceinte. Ou la grande querelle de la féminisation des mots, Seuil, 2018.
  • Bernard Cerquiglini, L’invention de Nithard, Editions de Minuit, 2018.
  • Bernard Cerquiglini, La Genèse de l'orthographe française : XIIe – XVIIe siècles, H. Champion, coll. « Unichamp-essentiel » (no 15), 2004.
  • Bernard Cerquiglini, Enrichissez-vous : parlez francophone ! Trésor des expressions et mots savoureux de la francophonie, Larousse, 2016.
  • Bernard Cerquiglini, Un participe qui ne passe pas, Éditions Points, à paraître.

Mon propos sera plus personnel, et le résultat d'observations  de mes contemporains et de leur pratique de la langue française, que je présenterai sous la forme d'un questionnement  à moi-même et à nous-mêmes (francophones)

- Le franglais peut-il être le langage des fleurs et  des jardins ? de l'inattendu, de l'incongru ? de la spontanéité et de la création, de l'humour et de l'humeur, de la tristesse, du chagrin  et de la joie ? ... Est-il une langue ?  ou est-il une novlangue ? Ou bien est-il une langue fossile comme le pétrole ? 

- Le franglais, est-il le résultat de "l'impérieuse pénétration de l'anglais" ou celui "de nos lâches abandons" ?

- Qu'amènent  "show" au lieu de "spectacle", "self-control" au lieu de "libre-arbitre", "marketing" au lieu de "mercatique", "sponsoriser" au lieu de "parrainer" et tant d'autres termes que je ne peux pas tous citer ?

- Quel pouvoir amène le mot anglais à la place d'un mot français ? un vernis trompeur qui essaie de pallier à un manque de créativité ? Un désir d'appartenir à un monde nouveau ?  Un peu des deux ?

- Avec le franglais, ne pratique-t-on pas le copié-collé d'une manière intensive, industrielle ?

- Nos désirs ne sont-ils donc que des copies ?

- N'est-il pas une manière de gâcher (certains disent "spoiler" qui ressemble à "spolier" qui a un tout autre sens et qui finit par créer des confusions) ce que l'on maîtrise mal ? N'y-a-t-il pas souvent une volonté d'abîmer (précipiter dans un abîme ce qui nous cause des difficultés)? 

- Mais parfois, n'y-a-t-il pas des jeux de langage, qui se croisent, s'entrechoquent (mot savant - comparé à "to knock"ou "to bang" together), et qui trouvent à s'amuser  et à musarder dans les phrases. Je viens d'entendre une infirmière très expérimentée et assez âgée qui, sortant de la chambre d'une patiente, lui dit pour la dérider un peu : "et maintenant, un petit "smile" ! ... 

Même si j'aurais préféré que le mot "sourire" lui vienne spontanément, je dois avouer qu'à ce moment là, elle avait trouvé un moyen de faire sourire la patiente qu'elle quittait avec ce petit mot que tout le monde comprend grâce ou à cause de la pratique des réseaux sociaux. On peut dire qu'ici ce n'est pas vraiment de l'anglais, c'est le langage d'internet.

Le mot "dérider" qui est fait du préfixe "dé" et  "rider", vient évidemment de "rides". En français, enlever les rides à quelqu'un c'est le faire rire (encore une image, une métaphore) alors que l'anglais colle au plus près de la réalité : "to get a smile out of" ou "to cheer up". 

- Est-ce que le franglais rassemble   ou bien est-ce  qu'il sépare ? Et n'est-il pas  souvent  plus ridicule que savant ? (comme les balbutiements du Bourgeois Gentilhomme ?). 

Un exemple de ce ridicule, est le mot "cluster", qui revêt la réalité d'une opacité, d'une lourdeur  que l'on veut "scientifique" et donc non contestable. Peut-être le mot "foyer" est-il trop doux et familier, comme un nid ... de microbes.

- Il me semble également que l'on peut mieux vaincre "un foyer de contamination" qu'un cluster, qui me fait penser à quelque chose de dur, de guerrier, comme un outil contendant.

- Le franglais, aide-t-il ceux qui parlent et se parlent, à mieux parler et se parler? à mieux s'écouter, à mieux se comprendre, à mieux cerner ce que l'on veut dire ? 

- Ou bien n'est-il qu'une pollution de plus ? N'y-a-t-il pas un usage immodéré du franglais, et par là même un rétrécissement de la signification, des métaphores possibles, de créations et de trouvailles inouïes?

- Ne se prive-t-on pas d'un imaginaire sans limite, de métaphores, d'un langage imagé, d'un monde signifiant ? Le franglais ne nous impose -t-il pas ses limites  en voulant absolument remplacer des mots par les siens et en voulant prendre la place dans le nid et jeter les oisillons par-dessus bord ?

- Est-ce que le mélange de mots anglais à la phrase française est une "richesse" comme on le prétend parfois, alors que les intéressés eux-mêmes n'ont pas choisi ? Ils ont simplement suivi un nouveau style de vie fait de supermarchés géants, de réseaux de plus en plus prégnants, d'une vie culturelle "franglicisée", d'une nourriture industrialisée et pauvre à la place d'une cuisine douce au palais et partagée.

- Peut-on parler  de pollutions, de parasites qui viennent endommager l'anglais comme le français, les transformant en langues outils , et ce faisant nous transformant en parfaites petites "shoppeuses"  dignes de figurer dans une série télévisée ou mieux, "netflixée" ? Peut-on parler alors de nos "lâches abandons"?

- Ainsi, le franglais est-il légitime ? Ou bien fera-t-il du français un outil à fabriquer des "bourgeois gentilhommes"  en séries ? Combien de temps faudra-t-il encore pour oublier d'où viennent les mots et pour parler de "cluster" le plus naturellement du monde au lieu de "foyer de contamination" ?  combien de temps faudra-t-il encore, pour que toutes nos phrases soient ânonnées, c'est à dire parlées avec hésitation ou récitées comme si les mots nous étaient soufflés par la marchandise que nous convoitons. Parler la langue de la marchandise, est-ce  déjà accéder à la marchandise ?

- Doit-on hausser les épaules devant ces petits  "gros" mots, souvent laids (je dirais plutôt moches, cela convient mieux)  qui envahissent le  français  d'une  manière apparemment inoffensive ? Ou doit-on résister à une propagation excessive ? quelle attitude adopter ?

- Le franglais est-il à l'anglais et au français ce que "le fast-food" ou "le fooding"  (oui, je l'ai entendu !) est à la cuisine raffinée, familiale et territoriale ? En devenant "fast-food" ou "fooding", la cuisine ne devient-elle pas un simple produit commercial à acheter tout-prêt emballé  à ingurgiter le plus vite possible, pour se remplir ? Alors que la cuisine s'associe au plaisir de la dégustation,  au partage, au don, aux goûts élaborés lentement, le "fooding"  (il y a du "fou" là-dedans) s'associe à la mal-bouffe, à l'immédiateté (l'avidité - j'ai faim, j'ouvre le frigo et je mange) qui a ses plaisirs rapides (faciles, pas de vaisselle, goût sucré ou salé, vite avalés, pas cher) mais hélas  avec ses conséquences désastreuses : mauvais produit à l'origine incertaine et beaucoup trop cher payé mais aussi l'ennui et le dégoût.

- Le franglais est-il vraiment festif ? Ou est-il l'expression d'un ennui profond où les sens sont anesthésiés ? On parle sans y prêter attention. Ce manque d'attention, de soin ne conduit-il pas à la tristesse et à l'ennui ?

- Certains magazines féminins n'abusent-ils pas  jusqu'à l'obésité du franglais, pour présenter des produits de maquillage ou de mode ? Par soumission à l'anglais devenu une simple langue commerciale, n'abusent-ils pas  de ces termes franglais ? L'anglais mérite mieux.

-  Le franglais est-il la fast-food du français, avec toute l'attirance que sa facilité d'usage procure à celui qui en est coutumier?  Participe-t-il de notre ennui, quand nos sens s'ennuient ? 

Ne pourrait-on pas créer "une restauration rapide" de qualité, avec l'histoire que nous avons avec les produits et la cuisine, avec ce défi supplémentaire à relever entre rapidité et qualité ?

- le franglais n'apportera-t-il finalement que désillusions, ennui et monotonie, en plus des kilos dont il faudra se débarrasser au risque d'abîmer la légèreté et l'élégance de nos pensées et notre imaginaire ?

- Cesserons-nous de nous amuser avec l'orthographe française qui demande à chaque français une réflexion. Par exemple, pourquoi écrit-on "pouls" avec un "s" . Pourquoi ce "s" aide-t-il à comprendre la filiation qu'il garde avec "pulser, pulsation" ? Ce petit "s" ouvre une porte à la compréhension du mot. Evidemment on peut écrire également "pou", mais le sens du mot change. Cesserons-nous de comprendre pourquoi on écrit :"j'ai écrit" avec un "t" alors que l'on écrit "j'ai pris" avec un "s" ? Cette mémoire du féminin ou de l'histoire du mot n'est-elle pas essentielle à la construction de la pensée ?

- Pourquoi devrions-nous abandonner cette réflexion fondamentale pour l'ennui et la monotonie,  le langage à consommer, tout prêt,  débarrassé de ses difficultés,  plutôt que terrain de jeux et de connaissances ?  

- Et si le plaisir relevait de ce chemin parsemé d'embûches?  

- Quel plaisir, quel enseignement retire-t-on de répéter"bêtement" des mots anglais qui nous arrivent sans filtre ? Cela ne donnera pas plus l'envie de mieux connaître l'anglais, ni de connaître davantage le français, qui réclament l'un comme  l'autre,  toute notre attention, notre exigence, comme s'ils étaient des enfants mal aimés,  parce que trop difficiles ? Ils n'en sont que plus précieux et aimables.

- Si nous ne répondons pas aux besoins du français (qui est un être vivant), le franglais avec l'arrogance du ridicule dû à son rang, ne se propagera-t-il pas comme une pandémie ?  Le franglais   n' endommagera-t-il pas  les formations de mots qui ont leur propre  logique interne et leurs propres trouvailles ? Cette beauté sera-t-elle  perdue à jamais? 

- Comment le franglais pourrait-il remplacer ce que me disait un ami "parigot"   en des années révolues, et  qui voulait me dire que les virages étaient dangereux et glissants : "les virolets sont grassouillets" ? Il avait exprimé cela  en deux mots qui prenaient toute leur saveur et leur pittoresque. Irremplaçables ! et parfaitement compréhensibles alors que je ne les avais jamais entendus auparavant.

- Le franglais est-il le sabir  d'un joug,  plutôt que  celui du "cheeks to cheeks" ? (* cheeks to cheeks :  joue contre joue). Laisser "joue contre joue" permet un jeu de mot avec "joug" que "cheeks to cheeks" ne permet pas. 

- Le franglais est-il un cheval de Troie, qui présume  d'une guerre non déclarée ? Pourquoi "cluster" (pas très joli en français ) à la place de "foyer"  que tout le monde comprend, mot qui a une histoire, et appartient à l' Histoire du français. Par sa musique, son orthographe,  sa polysémie, le mot "foyer" est  une poésie en soi. Il a  une saveur particulière, un goût d'intimité et d'embrasement que "cluster" balaye d'un coup de langue sonore et pâteux sans profondeur. Il vient se coller au palais sans plus.

- Le franglais est-il apparenté au COVID ? Ne se répand-il  pas comme une pandémie dans les  rues, les  boutiques, les  restaurants, les cinémas (on ne se donne plus la peine de traduire les titres), chez certains animateurs de radios et de télévision, certains journaux, magazines, publicités ? N'est-il pas partout où nous allons, où nous consommons, où nous nous croisons ? 

- Le franglais n'est-il pas une maladie de l'hyper-consommation comme la COVID ?

- Est-ce que je peux encore me poser  la question de savoir s'il est bon d'utiliser le franglais à tout bout de champ ? Tiens ? comment dit-on "à tout bout de champ" en anglais. 

On dit : "all the time" "non stop" ... aucune allusion à aucun champ, cultivé ou en friche. Ici l'anglais ne fait appel à aucune image. Les images, les métaphores sont très nombreuses en français et ces images modèlent la pensée de ceux qui le parlent.

- Puis-je me permettre d'être nostalgique, d'avoir du chagrin ? D'avoir l'impression  de perdre quelque chose qui me constitue et  me charme  pour le plaisir de posséder un objet en "plastoc" trop lisse, trop neuf ? Serai-je le dernier des Moïcans à qui  on donnera cette verroterie et qui offrira son âme en échange ?

- Est-ce que mes questions valent encore la peine d'être posées, exposées, reposées ? "sois sage, ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille" ,  et laisse moi "sur les balcons du ciel, en robes surannées; Surgir au fond des eaux le Regret souriant;" (Baudelaire, in Recueillement). 

- "Tacere è la nostra vità" ? (Cesare Pavese)

Je terminerai par le début de mon questionnement, tel un disque qui tourne perpétuellement sur lui-même et sur son mystère.

- Le franglais peut-il être le langage des fleurs et  des jardins ? de la poésie?  de l'inattendu, de l'incongru ? de la spontanéité et de la création, de l'humour et de l'humeur, de la tristesse, du chagrin  et de la joie ? ...   

 

 

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- J'enrage souvent de voir les rues, les magasins, les restaurants, les cinémas, les lieux de convivialité, de culture,   se couvrir de mots anglais, inutiles sauf sur un point : Ne  sont-ils pas destinés à vendre mieux l'emplacement, les objets, et la marchandise. Ils sont aussi destinés à vendre de nouveaux comportements, très standardisés, de nouveaux gestes (celui d'avoir avec soi une canette de boisson, celui d'avoir toujours un portable dans la main ou à l'oreille ...) Il faudrait faire une liste de tous ces nouveaux comportements induits par la marchandise, aux antipodes de la liberté ! 

- L'intrusion du franglais n'est-il pas dû à la circulation excessive des marchandises, qui implique un langage rapide dépourvu de syntaxe ?

Cela apparemment ne fait pas mal, physiquement, et pourtant il y a beaucoup de souffrances et de chagrins derrière, comme devant la mort programmée et inéluctable du dernier des Moïcans. Le texte qui accompagne l'émission de France Culture parle de "chagrins", et c'est ce mot chagrin qui m'a décidée à l'écouter ... Peut-être des clés de compréhension me donneraient aussi des moyens de résister à ce que j'appelle une pollution (mot que j'assume, qui surgit également avec le problème de la pandémie et de la mondialisation des groupes humains devenus de simples consommateurs). 

Voici quelques exemples de franglais et leur équivalent en français (utilisé ou abandonné).

Ecouter en "podcast" c'est à dire en "baladodiffusé". 

En effet, pour commencer  "podcasting" a été traduit par "baladodiffusion" (Dictionnaire  Le Robert & Collins); pour un français, "pod" peut se rattacher à "pied" (comme dans podologue) mais "casting" ne lui évoque rien . Pour un anglais, "casting" (lancer) se rattache à "broadcast"  (émission) et est bien formé de deux mots présents en anglais.

Et maintenant le mot "cluster" :  Son équivalent français se maintient, heureusement. Certainement par un sursaut de résistance.  

"Cluster" ressemble vaguement à "clou"  "clouter" pour un français, par analogie phonique. Une amie,  qui parle plusieurs langues dont l'anglais, me demande (au début de la pandémie) si je sais ce que veut dire : "cluster" dans ce nouveau contexte. Je lui donne la traduction française , "foyer/poche/niche de  contamination",  qui est parfait de clarté , mais que certains médias  et certains journalistes  ont tenté, dés le début, de remplacer par "cluster".  Ainsi "cluster" (clouter) se transforme en un clou qu'on essaie d'enfoncer dans la tête  des francophones et des autres ! Les deux ont cours à égalité, mais on devine une sorte de fracture entre ceux qui parlent de cluster et ceux qui font l'effort (car il faut faire un effort) de parler de "foyer de contamination".

J'ajouterai que pour un anglophone, "cluster" peut-être utilisé dans de nombreux contextes. Cependant à l'origine c'est un mot qui n'a pas plus de signification que "agglomérat" ou "groupe" ou "rassemblement" . Ce mot est vague. Je lis dans le Robert & Collins les différents contextes dans lesquels ce mot peut être employé.

"cluster" :  (flowers, bloom, fruit) "grappe".  (bananas) "régime" (trees) "bouquet"  (bees) "essaim"  (persons) "petit groupe" - "rassemblement".  En soi, cluster n'a rien à voir avec pandémie, pas plus que "foyer"; 

Pour le comprendre dans le sens de "foyer de contamination" comme en français, il faudrait lui rajouter "of contamination" or "of infection", ou bien "contamination cluster" donc pourquoi remplacer l'expression française par ce mot ? Cela ne s'explique jamais par le mot lui-même mais par une volonté de "faire l'intéressant", le "bourgeois gentilhomme" !

Les français ont donc réduit le sens de cluster, vague, polysémique, pour l'appliquer  à "foyer de contamination". Ils perdent l'image et  le son pour un mot anglais qui  sonne "comme un clou"  en français. Heureusement on entend encore beaucoup "foyer de contamination" ! Merci à eux, je ne suis pas seule à défendre ce mot.

"podcast" :Alors que baladeur avait un peu marché et couru par les rues, baladodiffusion n'a pas pris racine. Pourquoi ? C'est un mystère. Peut-être simplement par  effacement devant des mots (ou des objets de masse) que l'on ne comprend pas mais qui donnent  une  satisfaction qui relève de la possession d'un objet nouveau, fabriqué ailleurs,  ou peut-être par mollesse, paresse d'esprit qui ne s'amuse plus à chercher, à former des mots en français. Le franglais  s'apparente à ce moment là à "cet abandon par lâcheté" pour la langue qui nous a nourris  et émerveillés.

"safe" : je viens de l'entendre dans une émission de variété française à la  télévision. c'est à peu près le seul mot anglais que j'ai entendu de toute la soirée (merci aux présentateurs et aux excellents chanteurs), en dehors de "streaming" appliqué à l'écoute des chansons. C'était à l'occasion des Victoires de la musique. Il  a été dit par une jeune femme de vingt-trois ans, très talentueuse, et cela me blesse davantage, car c'est un mot qui circule à la place de "sans danger" ou "en sécurité".  J'ai trouvé que c'était dommage, parce que par ailleurs, elle a beaucoup de sensibilité, et écrit de beaux textes en français. Ce "safe"  marque cette jeune artiste à la pointe du syndrome du perroquet, et banalise son discours.   Peut-être le veut-elle après tout ? Ce qui me blesse c'est que ces mots franglais sont portés et importés  (je dis bien portés comme un signe distinctif) par une population jeune et parfois créative, douée, ce qui complique encore le problème. Par ailleurs, cette jeune femme au nom de fruit,  écrit de belles chansons, un peu fredonnées, qui murmurent mystérieusement, comme des  ruisseaux. J'aime beaucoup ce qu'elle chante. 

"streaming" :  C'est apparemment la bande son numérique qui permet d'écouter des chansons et voir des films.  On dit le "streaming" . Ecouter de la musique "en streaming" ... stream en anglais est un courant (d'eau), un flot.

On aurait pu trouver un mot en français, (mais à quoi bon ?) tant pis si le "i" de streaming ne s'écrit pas "i". Les enfants auront du mal à le lire s'il vient à tomber dans un livre de lecture.  "courant/fleuve/rivière numériques auraient été imagés et riches pour notre imaginaire. Flux numérique serait  très convenable, plus court et plus efficace, plus technique.

On relève plus de "challenges" que de défis de nos jours. Pourtant ce mot de défi (que j'entends encore souvent)  a une histoire étymologique et un pouvoir d'évocation que "challenge" n'a pas. En ancien français il signifie une action : celle de défier en un combat singulier. Défier c'est se débarrasser de la foi que l'on a en l'autre  (fidèle)  c'est  remettre en cause ce lien et provoquer au combat, à la lutte. "Challenge" n'évoque rien à un francophone. Ni le son, ni l'histoire de ce mot. 

"en live" : ils ou elles ont chanté en "live". Il serait si facile de dire "en direct", que l'on connaît déjà et qui veut bien dire ce qu'il veut dire. Mais non, on préfère annoncer "en live" (prononcer "aï"  s'il vous plaît). Je remercie la journaliste qui a commenté cet évènement "en direct". 

coach :  Voilà un mot bien "moche" en français, et j'emploie ce mot intentionnellement, car "laid" est trop beau à côté de moche.  Le "coach",  on dit souvent "mon coach" ... Il faut avoir un coach surtout s'il vient chez vous en séances  particulières (dit-on encore leçons, cours  ?)... pour apprendre la moindre chose, aussi minuscule soit-elle, comme courir sur un tapis ou faire des pompes (on ne dit plus pompes d'ailleurs,  mais là tant pis, je  m'en passe, je n'ai pas besoin de ce mot). De même qu'on fait du "fitness" (j'en faisais avec de vieilles anglaises adorables, à Epsom dans les années soixante) et non plus de la gymnastique. Je me demande si "un coach" n'est pas mieux payé qu'un professeur ? 

- A-t-on besoin des mots anglais ? J'ose le paradoxe : "that is the question".  Parle-t-on mieux ? Se comprend-on mieux ? rions nous plus ensemble ? Cela nous permet-il de faire des blagues hilarantes ? Nos enfants s'expriment-ils mieux ?  Le problème n'est-il pas que nous  laissions la question de côté? et que nous n'aimions plus inventer, ni créer ? Avons-nous abandonné le pouvoir métaphorique des mots en les important comme si le français manquait de mots ? 

- En important ces mots qui ne s'allient pas à la phrase française,  ne sommes nous pas embarqués sur ces gigantesques cargos qui déversent  des objets dont nous n'avons que faire, vite et mal fabriqués , dont la seule vertu est d'être  bon marché  et donc jetables ? Mais cette manière de consommer est en fait très coûteuse sur le plan humain, social et biologique.

- Enfin le franglais n'est-il pas un simple "packaging" "un bel emballage"  pour mieux nous vendre ce qu'autrement nous ne regarderions même pas?

En conclusion, en reprenant ces mots franglais, j'ai l'impression désagréable d'accepter  les transports gigantesques de marchandises sur les mers et les routes terrestres, et la construction d'entrepôts immenses et hideux  à l'entrée de toutes nos villes et villages où cette marchandise s'accumule avant d'être redistribuée et jetée. 

 

 

 

 

 

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Je vous invite, comme je vous l'ai dit plus haut,  tout d'abord à écouter cette émission de France Culture CONCORDANCE DES TEMPS,

Ne vous y trompez pas. J'aime l'anglais, j'en ai fait une partie de ma vie, et j'y ai découvert une culture immense, variée,  complexe et aux sons fluides, parfois bizarres, qui me charment comme une musique. Cette langue  m'invite à m'interroger sur ma langue maternelle, le français. Avec  l'anglais, une porte s'est ouverte sur un autre monde, une autre pensée, le monde anglophone, qui  inclut beaucoup de mots latins et français, pour des raisons historiques, diplomatiques, politiques, culturelles, et les a digérés et anglicisés, en leur appliquant presque toujours, une prononciation et une syntaxe anglaises. L'émission " Le franglais : incoercible?", vous donnera beaucoup d'informations sur les différents échanges entre les langues.  (Les normands à la cour d'Angleterre, par exemple ou sous l'occupation romaine). 

Le franglais ne nous fait-il pas oublier cette étrangeté de l'anglais, de sa prononciation parfois virtuose , du moins pour une oreille francophone ?Mais elle se mélange mal avec la langue française, qui est une langue analytique (pourquoi écrit-on "pouls" et non pas  "pou" ? il faut réfléchir à l'étymologie, l'histoire, à la trace du féminin qui persiste dans le mot, à son origine ...). 

Mais doit-on renoncer, abandonner ces particularités, ces difficultés qui  sont si précieuses ? le français reste un terrain de jeux et d'expériences infinies, une bibliothèque où l'histoire des mots joue un grand rôle, une richesse   que nous partageons et  que nous désirons garder. Les plus grands poètes ont trouvé dans cette langue de quoi satisfaire leur appétit de beautés et de tableaux sonores, et en une génération, on ne comprendrait déjà plus Victor Hugo  ou Châteaubriand ? ou Ronsard, ou même Rimbaud ou Apollinaire ? On renoncerait donc ? Nous cèderions à nos petites lâchetés ?

Quelques mots à expliquer :

Un sabir * : vient de l'espagnol saber (savoir). C'est un système linguistique  réduit à quelques règles de combinaison et à un vocabulaire déterminé (commerce notamment), né au contact du communautés différentes n'ayant pas d'autres moyens pour se comprendre. (Ce qui n'est pas le cas dans notre interrogation sur le franglais, puisque nous pouvons choisir, ou bien est-ce que nous ne le pouvons plus ?). Le sabir est péjoratif, c'est un langage difficilement compréhensible. Le problème du sabir c'est qu'il ne rend pas compte d'une pensée complexe et  nuancée...  (cette définition a été prise dans Le Petit Larousse illustré de 2006)

La novlangue * : Nom donné par Georges Orwell dans son roman 1984. C'est le langage imposé par un système politique dominant, tyrannique. Georges Orwell y dénonça l'emprise du stalinisme. Mais on peut l'étendre à tout système qui veut asseoir son pouvoir sur une manipulation de la réalité à travers le langage. Je ne cesse de méditer sur ce roman, qui a changé ma vie et ma manière de voir, complètement.

Lisez ce livre toujours d'actualité, une oeuvre de science fiction, basée sur des faits réels observés par Georges Orwell.

Ne passez pas une année de plus, sans l'avoir lu. Ce livre est magnifiquement écrit. Il côtoie  la misère de l'homme dont le langage à été réduit à des dogmes  et qui devient par conséquent un langage de mensonge. 

Depuis que je suis enfant, j'aime les langues, leur étrangeté, leurs particularités et  je m'interroge à travers mes écrits vagabonds, sur la/les langue (s) que nous utilisons au quotidien, en France, le français  que je vois se transformer au fur et à mesure des choix que les gens font d'eux-mêmes, il n'y a personne pour les y contraindre. Je m'interroge sur la manière qu'a le franglais de pénétrer au milieu d'une conversation entre  amis, dans les familles, dans la rue.  C'est alors que je me souviens d'un très beau livre de Gao Xingjiang,   Soul Mountain (la montagne de l'âme), dans lequel il montre comment l'idéologie communiste s'est répandue jusqu'aux montagnes éloignées et les forêts ancestrales du Sichuan, jusque dans son intimité avec sa femme et dans leur lit, jusqu'à rendre cette intimité impossible. C'est dans ce livre que j'ai lu une des plus belles pages d'amour jamais écrite ou l'Histoire s'invite dans les  histoires intimes et change le destin de deux personnes dans le silence de ces régions reculées.

Je reviendrai sur la novlangue ... et nous essaierons dans un atelier futur d'écrire un poème avec des mots qui sont entrés (de gré ou de force) dans notre paysage imaginaire et réel, entre amis, en famille ... et qui nous viennent en fait de ce que nous entendons, d'un certain pouvoir (économique, politique, scientifique et même artistique) qui se répand à notre insu. La littérature parfois s'y fourvoie lorsqu'elle y succombe par complaisance ou lâcheté, c'est à dire lorsqu'elle veut nous faire  croire que c'est bon pour nous et pour le français.

Un deuxième livre a changé ma vie, à l'aube de mes quinze ans,  c'est le Grand Meaulnes d'Alain Fournier. Celui-là est bien français, bien enraciné, situé en Sologne, un pays magique de forêts et de bruyères, où un personnage fantastique et bien réel pourtant , surgit dans la vie du narrateur. Lisez-le également, il convient à tous les âges, car son écriture rend compte de la singularité de ce qui est raconté, vécu, rêvé ... C'est le contraire de la novlangue, une aspiration à la liberté  se glisse dans le roman à la veille de la guerre de 14  et lui insuffle toute sa beauté éphémère et fragile avant la destruction totale. 

Ni la guerre de 14-18, ni celle de 39-45 n'ont réussi à saccager  le français.

Comment le franglais aurait-il ce pouvoir ?  Restons optimistes, veillons et bien-veillons à ce qui le constitue, à  ce qui nous garde  créatifs et vivants.  Envisageons avec plaisir  de faire circuler des mots qui nous parlent et qui ont une saveur spécifique, car la langue française comme toute chose sur cette terre peut se flétrir  ou même mourir.

 

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Atelier d'écriture :

Réagissez, donnez-moi vos impressions et envoyez-moi vos réflexions  dans les commentaires à la fin de cet article, ou sur plauranice@gmail.com. 

 

Vous pouvez m'écrire sous la forme qui vous convient : essai, poème en prose,  en vers, collages, dessins, photo, mots épars ... copies de textes, lettre. Choisissez un format, un papier ou un autre support, les couleurs ou le blanc et noir, la sanguine. Choisissez ...

Inventez la forme qui portera votre création concernant le sujet qui nous occupe aujourd'hui : Le franglais.  

Partager votre expérience, vos expériences, heureuses ou malheureuses ... du franglais.

 

 

Voici mon  exemple de réponse au franglais  :

Ma liberté, "mes papillons" que j'attrape comme ils se présentent à moi. En fait une réponse envolée, bien loin de l'horizon bloqué du franglais.

Je vous propose un  petit poème en anglais, un poème de l'instant (j'avais quelques pensées sur le mot "apprendre", "connaître"),  mots qui fleurissent parmi  mes friches, des mots vagabonds qui vont leur chemin, au fil du temps qui passe, et qui sont proches du jour qui s'enfuit sans bruit, dans la nuit).  Ce poème  est fortement inspiré de mes lectures du poète Richard Brautigan.

                                                  i'm doing great

i'm doing great, what about you ?

we all know        that

     all we have learned

      during our lives

      will be lost

this is why it is so urgent

      to learn

while we are  alive

LMN - Feb 8th 2021

A bientôt, 

Vous pouvez aussi traduire ce poème et m'envoyer votre traduction. Attention la traduction est aussi un excellent exercice de français, dans laquelle on doit si possible rendre un certain rythme et les sons qui en donnent la couleur  ...  sans perdre de vue le sens. A vous maintenant ...

 

La novlangue (1984) Le pouvoir des mots, comme instruments de manipulation de la pensée, et comme instruments du pouvoir. A lire absolument et à garder dans votre bibliothèque.

La novlangue (1984) Le pouvoir des mots, comme instruments de manipulation de la pensée, et comme instruments du pouvoir. A lire absolument et à garder dans votre bibliothèque.

Big Brother is watching you - 1984  George Orwell

Big Brother is watching you - 1984 George Orwell

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MY TINY WRITING WORKSHOP : WRITE A LETTER TO RICHARD BRAUTIGAN

 

MY TINY WRITING WORKSHOP :

Write a letter to Richard Brautigan and send it (via email in digital format) to :

The brautiganlibrary.org

American Dust

www.brautigan.net/index.html

 

John F. Barber

American Dust

Email : jfbarber@eaze.net

Web : www.nouspace.net/john/

Curator : John F. Barber

The Creative Media and Digital Culture Program

Washington State University 

Vancouver

 

 

 

Letters to Richard Brautigan  2020 (collected by the Brautiganlibrary.org) 

Translated from Romanian by Iulia Stoichiț

In the first episode of the fourth season of Mornin’ Poets, we read some of Richard Brautigan’s poems and we wrote him letters. Imaginary, but not quite. Subtle, with a hint of humor, honest, spontaneous, unpretentious, nostalgic, admonitory, but also full of questions. Some of this workshop’s students mimicked perfectly Brautigan’s style, others on the contrary, disregarded altogether. This experiment’s biggest gain is that the result is not an admiration exercise, but a dialogue truly alive, which you can read it below. (Andrei Mocuţa)

Andrada Yunusoglu

Richard,
i
’ll never see japan. it’s sad if you think of it, so there’s no point in worrying. this summer i shared a strudel with rilke we didn’t drink any coffee.
my German was kind of bad
he left right after he ate
the last bite of strudel.
you can imagine how awful i felt.

anyway, Sabo.

***

Iulia Stoichiţ

Hi, Richard (or maybe I should call you Dick – sorry, I know it’s an overused joke; you canthank your parents for this, probably your mom),

I’m Iulia1. You don’t know me. You wouldn’t have any reason to be aware of my existence. Truth to be told, I didn’t know too much things about you until writing you. I knew about Sylvia, Anne, Robert... Fuck! They aren’t Beat writers. It doesn’t matter. I knew about Allen, becauseit’s almost impossible to have lived under a rock for that long, Jack, Lawrence, William Burroughs, not Carlos Williams, and maybe about others too. But that’s fine. I’m guessing (and most likely correctly so) you don’t know any Romanian poets. I don’t intend on telling you about Mihai (or Michael, for you) Eminescu. I would tell you about George Bacovia, a delightfulneurotic (at least, that’s what I like to think, that he was a lovely person, neuroses and all). And Iwould mention Arghezi as well. And, obviously, about the 1980s generation of writers, that come as a combination of Beatniks and confessional poets (at least, in my personal canon).Although, now that I think of it, the 2000s generation might want to claim, if they haven’t, thatthey were more Beatniks than the 1980s generation, considering the East European context. Ithink we have more than decent poets, but don’t ask me to make up a list of preferences (I still consider myself a better prose than poetry reader, so probably that’s why I’m not indulging in the task, not because fearing someone would be bothered by my list). Ask them why they deserve your time. Even I would be curious to hear their arguments. In exchange, I can tell you why I deserve to be read by you, after I have become a really influential poetess2, obviously, but I avoid as much as I can to take myself too seriously. Nonetheless, I can say that I consider myselfquite a narcissistic poetess because even when I might pretend that I’m not signing about myself, I’m still doing it. It’s just that, at some point, I tried my best/I challenged myself to writedifferently compared to how I would have first written the same story. I wanted to see in how many ways I can tell the same story. I like experimenting. And a challenge.

1 I refuse to ’Anglicize’ my name, period. I’m no Pretty Woman (I can’t stand Julia Roberts as an actress; I have noproblem whatsoever with prostitues).
2 I don’t think ’poetess’ exists in English, whcih would be an adaptation of the French ’poètesse’, but ’female poet’ isn’t pejorative enough as an English translation.

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But not about Romanian poets or me as a poetess I wanted to write you. It would be too provincial (not that Romanians are not familiar with being provincial, even when they try as hard as possible not to be). I wanted to say that what is driving me nuts these days is the emotional and psychological pandemic that was brought by Covid-193. And that your poem Karma repair kit: Items 1-4 is an useful guide about how we always achieve step 1, some reach even step 2, butsteps 3&4 are (almost) never achieved. It’s beautiful inside the bunker when next to you Adolf Hitler and Eva Braun are dying (though, I think the order of their deaths is the other way around) because of Covid-19, after they made food supplies, they took all the necessary precautions and they were the last to get sick.

I think that some of your poems nowadays would be deemed as memes. Don’t ask me to explainwhat a meme is, you just know one when you see it. But this is how Yuval Noah Harari defines it:“This approach is sometimes called memetics. It assumes that, just as organic evolution is basedon the replication of organic information units called ‘genes’, so cultural evolution is based on the replication of cultural information units called ‘memes’. Successful cultures are those thatexcel in reproducing their memes, irrespective of the costs and benefits to their human hosts.”

I don’t know what else to tell you. Most likely you’re not interested in theory and concepts. Neither I would be, but I should be writing a PhD. Neither I would be, but I’m a Gemini and theyget easily bored if they don’t have an intellectual challenge – an intellectual junky. It sound better than an intellectual because, in Romania, calling someone an intellectual is almost like aninsult (at least, for me) or you’re making an unsavoury joke. It’s like wearing a pristine new maleshirt and you dress this shirt without removing the needles from the collar.

Be careful with alcohol; after a certain age, everybody gives up drugs and settles with alcohol. Wash your hands regularly, wear a mask (a sanitary one, not a social one).

Bye!

P. S. If I haven’t convinced you that we should be friends, zodiac says that I get along really well with Aquarius.

3 NEWS UPDATE: six months have passed into the pandemic and daily life has become quite strange. But, as I learned in linguistics, usage imposes normality, so I guess you get used with all of it. With what I didn’t get used, though, is staying home so much time. From a certain point, I just got frustrated like hell. Maybe for you wasn’t like that. Maybe it’s my failure of learning to be just me with myself that much time.

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P. S. 2. I left you some poems, with and without BoJack and Alana Payne, as part of me sayingthe same story in different ways. Alana Payne is my creation, but BoJack Horsemann wasn’tcreated by me, but by somebody else. And for me, at least, since I like the character so much andthe world it inhabits, it’s quite a challenge to use BoJack in my poems. You can apply the same rules when using the character or expand upon the universe, so to say, using a soft system of rules already existing of that universe. Besides, BoJack Horsemann was design for visual medium, so even more of a challenge for me. And no, I’m not leaving you some of my poems foryour literary validation. I would write anyway.

BoJack and Alana Payne 2

Alana Payne was imagining how BoJack was imagining a life with her

they had moved to the countryside summertime at night naked in the lake he had learned her how to swim

they had moved to the countryside growing coca plants
the Amazonian Coca variety

seemed like their agricultural
activity after some time they
started a plantation of 
Amanita muscaria

thanks to her entrepreneurial spirit
Alana speculated the demand for mushrooms coming from witches hunting their opposition

they had moved to the countryside so Alana Payne could
fuck BoJack freely
4

BoJack the Belle of the Ball

Alana Payne was waiting to be invited to the ball by BoJack
but this was beneath his dignity to abide by the rules invented by himself

according to her own rules
Alana Payne invited BoJack to the ball
it didn’t matter that BoJack alreadyhad a partner for the ball

you’re asking for an sound spanking

Alana Payne knew that she only got spanked by her daddy for her trampoline-like ass

more than 3 years the pair went
to the ball and the hospital as well
also BoJack went with his other partner

during this period Alana Payne also
had another partner to the ball as well
but BoJack was the one who beat

Alana to the ‘two-dates-to-the-prom’5 trope

4 This translation, as well as the following poems, is mine. If you confront the translations with the original (withsomeone who knows both Romanian and English), you’ll find out that I took some liberties with my translations.

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after all those years of Alana Payne
+ the other one BoJack found a(nother) Penny Carson
see, Alana, how you’re never the first?
you could still have had a chance if
Ioana Ieronim hadn’t already existed
you can look her up I don’t care

did BoJack kiss Penny? yes
did BoJack insert his hand inside Penny’s dress? yesdid Penny start to undress BoJack? yes
did Alana or the other one interrupt them? yes or no

what BoJack never perfected but Alana
was the mockery of his own rules and expectations
he’s still imagining himself
a lost boy on his way to hollywoo

where there’s a pond with a consistentsupply of mommies
he can slide his dick in and out of with many other professional talents

the outstretched virtual hand

the outstretched virtual hand whichdoesn’t tell a story won’t receive nude pics

it started like a quest you showed me yours

5 Also known as ‘who chases 2 rabbits loses also the 3rd, the 4th, the 5th and so on’.

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I played hard to get
like in all the fairytales which
my grandma would read me
at 5-6 years when in hospital
back then time was measured
in the drops from my IV
that ended up in my vein
(I had never written you about that
always about other things)
drip-drop drip-drop what if this time
Prince Charming returns to Youth Without Age and Life Without Death?
now time is dripping like a drone

that I’m learning to use
since I’m not allowing myself to contact you

you told me that
being married for the 2
nd time
is so awesome
I even got 2 souvenirs
from your domestic paradise
the cut rope and a photo of
your severed left hand wrist
before and after
one ends up in Valley of Lamentation if she tries to hold you against your will in Youth Without Age
and Life Without Death

even so I showed you more than you showed me

a map of all the moral
and bodily flaws
all those perfect fictions about you
that I have been writing since I was 17
which I never showed to anyone
because of too much bourgeois embarrassment
it’s not enough it’s not enoughitsnotenough

I wrote your wife
with what I managed to gather from the bathroom tiles
after you and Death
had used it
6

***

Dana Dilimoţ

Dear Richard,
Have you ever noticed how 
the degree of one’s perversion is higher when their shoes are cleaner and more expensive? Those with dirty shoes tend to work in groups, and the physical aggression may be fatal.
I heard that you committed suicide. I still got 10 years before that. So poetry doesn’t save us. Is this conclusion correct? Or the type of poetry matters? It didn’t seem to matter in the case ofVirginia Woolf or of Sylvia Plath.
Your writing style is contagious. Although I believe I was writing banalities (even) before I had met you. Poetry should be vitriolic, acid, nihilist, subversive, strongly social, perfomative (?). How do we get there?

6 In case you didn’t understand much from my pseudo-ars poetica (that only applies for the time being), it’s fine. It’sstill work in progress. And these are just pieces of the puzzle.

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See you soon, D.

***

Simona Voica

Dear Richard,
I have sent letters with just a few hopes attached to them before, but now is the first time when I
write with absolutely no expectation in regards to the answer. And I don’t want to talk aboutyour suicide.
You were saying that poems are telegrams; yours truly are. They appeared in my head like fully coagulated images, in which what is real and fantastic combined so naturally, without word excess. Had it been possible, I would have asked you more about how you write; using just a few
words in poetry is not easy, don’t you think?
It’s okay (and healthy) to not answer my letter. I’ll keep reading you. I’m glad I had no choice
and I met you!

So long, Simona

P.S. These lines keep coming back: “I wish that I could have/ eaten in her place and she to receive/ the nutriment.”, but I said I wouldn’t talk about it.

***

Silviu Balea

Dear Richard,

reading your poems I seem more melancholic than usual. They seem to have brought within me a state of torpor. I feel in them acute resignation, but I feel it coming from a place of want, it’s an assumed resignation, wanted. It’s not the helplessness of doing something, but the lack ofmotivation to do something, the choice of contemplating the state of things being. I sense in your poetry a playfulness specific to children, but also the wish of finding yourself and the one offeeling fulfilled. We’re all sad, Richard, that’s why irony exists.

Silviu
***

Sorin Voicu

Dear Richard,
I’ve read some of your poems and I’m a little bit vexed.
I get the impression that you’ve always searched down the river’s stream the fight with the trout, although it’s hard for me to understand exactly the reasons that carried you down the whirling river. Have you ever caught that trout or they were the small captures that you held for yourself once in a while although you knew you should release them because the fishes weren’t grown enough ?
One more thing... Is 44 Magnum the best bait that you ever tried?

Break a leg! S.V.

P.S. I’m looking at one of your photos and I cannot see your good looking nose. You were complaining about nothing the other day.

***

Diana Ilie

Dear Richard,
I needed time so I wouldn’t condemn your poems. At first, I couldn’t stand your ostentatious lightness. It’s not simple to write as if whatever you would write can be read.
I went through your moments of churlishness, solitude and sadness, I empathized with the words from 
War Horse, April 7, 1969 and Boo, Forever, even sweared a few times through gritted teeth when I was reading the misogyny, the impotence and the clichés.
Your American monotony and the exact satire match your appearance. 
I’m far away from your poetry but I’m glad to have passed by.

So long, Diana

***

Florin Spătaru

richard

I drink with poets who committed suicide preferably extremely young
when any lace is a kite end

you’ve had your head tied just like georg
the lost one among the yellow ungrafted apricots you swam in japan without making any noise you wanted to open veins everywhere

I would’ve like to drink whiskey with you never on the rocks always raw
to show me how to use

the 44 magnum together with buñuel

afterwards to look on the window to caress the rim of the glass
to wait smacking
cutting out a haiku

tout brûle ici
mais les papillons jaunes vivent encore

***

Cătălina Oance

I don’t know exactly how to start, so I’ll just get to it.
Actually, after I closed the book I was wondering what poetry might be. It’s true that I don’t have that much experience with poetry and since I’m an actress, I’m more inclined to analyze it
from the dramatist’s point of view, if I may say so. The way you combine the images you createseem to penetrate me. Somebody told me that all words are already there, in your head, and when you start writing you just have to arrange them. I have to admit that something apparently trivial or words almost unpoetical sometimes can have an unexpected expressive force. Yes, I have many of your poems in mind when I say this.
As for suicide, I don’t know what to say. Suicide is resignation, and resignation means cowardice,but I won’t dwell on this subject.

Talk to you later,Cătălina.

***

Ruxandra Gîdei

dear Richard,

I’m taking a walk on banks of Criş river
and it’s as if you were there.

with your cloche you draw
the attention of old fishermen and you jot down diligently almost all you can fiind out

about fish.

I wonder how you make everything seem like a game.

but I can’t speak with the dead andlike everything you wrote for Marcia (with hair so blonde)
this letter to you will drown

in this river ***
Maria Cîrstian

dear Richard,
i 
hope you’re fine. i’m fine. once again i don’t have a job, you know how it is. since i’m stayingat home, i decided to postpone washing the dishes and ask you how do you make ends meet writing. when i don’t have money, im on pins and needles. i think about this so much that i can’tdo anything else, it eats all my energy and makes writing seem like nonsense. every few months i ponder on my need to have money with my need to write and there’s nothing romantic about it. it

seems you had this problem  how did you solve it? or, en fin, you had other problems as well. i still owe money to the money to the money i owe, like a song that sings it.
money. work. leisure. is the volume that i that i lend most often. i can lend it to you if you want,you might like it, i don’t know, maybe i can send it telephatically. i don’t think you can still findit in bookstores, but here you can barely find poetry anyway  only if you crouch to the bottom shelf and search like that among the slim volumes, only then you can come across titles that appeared some months ago. the persons that read contemporary poetry are the closest to thebookstores’ grounds, don’t you think? was it this way then as well, back in your country?

***

Andrei Zbîrnea

a nice werewolf

try not to deny the evidences

O beautiful was the werewolf in his evil forest. We took him to the carnival and he started crying when he saw the Ferris wheel.(Richard Brautigan  A Boat)

the sunrise halts timidly in the
lost and then found objects box

it’s not the case to traumatize a teenage girl
who can’t find the keys of her parents’
flat tik tok doesn’t mean the key around the neck generation it’s more of an expose for everything
handbook for conspiracy theories we could talk about for instance 2016 and pizza gate but I would rather not break the character that was assigned to you

don’t cry werewolf we have enough timeto build a proxy for truth or our own home delivery network where commissions have their own route

my favourite chorus
your favourite chorus
there is a country for the socks from the washing machine

finally the city folded on your pulse
nobody sleeps anymore
everybody checks every two minutes
its phone never during shower always before always after

the werewolf looks at the carnival this is his world

***

Andrei Mocuța

Dear Richard Brautigan,

I finally understood
why you pass all your time either in the library
either fishing

In both places you’re only allowed to talk
under your breath

 

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MY WRITING WORKSHOP IN ENGLISH (3) BEAT YOUR POEM WITH RICHARD B. (bilingue)

Poem for l.w. (*)

 

Could I,

would I

give you

a sky.

 

Filled

with

everything

you like.

 

...and

the clouds

would be

all

the dreams

you've

wanted

to come true.

 

And

you would

float

on them.

 

(l.w.  for  Lawrence Ferlinghetti, the famous poet of the beat generation and the counterculture in San Francisco)

 

 

a game called eternity

The simplicity

of life

and the complexity

of death

play a game

called eternity

against

the complexity

of life

and the simplicity

of death

 

portrait of a man

 

What would

you do

if the rain

fell up ?

 

Me ?

 

Yeah.

 

Get used

to living

on a cloud,

I guess.

against conformity and averageism

 

I hate,

 

because

they are evil

as habitual hunger

in a child's stomach,

 

people

who try

to change man

the hunter for truth

into

a castrated cow

grazing

in the peace

of mental death.

Somebody Comes to This Place

 

it is an old story.

Somebody comes to this place

and gros up in the shadows of buildings

and stars and other somebodies.

 

Somebody learn to love :

to know intimately the houses

of the spirit and the flash.

 

Somebody learn to hate and kill

and stream and curse like hell.

 

Somebody learn to be affadi and lonely

and sad, and to know the secret

of darkness.

 

Somebody learns to like the rain,

and things which are soft and green,

and hot food and cold water,

and the blanket of sleep,

and the music of the land and the sky.

 

Somebody learn so many things.

 

It is an old story.

 

Somebody comes to this place ...

and lives ...

and then goes away forever.

 

The Haunted Heart

 

Life's greatest tragedy

is the haunted heart. In which

a huge love presides. A love

that cannot be resolved,

that cannot find the meaning of a kiss,

the peace of an embrace.

 

Always there is a man who loves a woman

that does not love him.

 

The shutters of 'the haunted heart bang, the floors

     creak,

and the sound of crying comes from a dark room.

creation of a poem

 

A delicate bird

hit against

night's cruel beauty

and promptly laid

and enchanted egg.

family portrait 2

 

Three skinny

crumbs

of bread

whose eyes

are crystallised

tears.

 

Beat your poem :  

 

Just change one syllabe or letter in order to find another word, and follow your music, imagination and rythm.   Beat your poem now !

 

As an example, I beat one as it came, from the poem   family portrait 2 :

Family portrait 1   by   Laurence Marie Noé        (a brautigan dream)

Two crispy

limbs

of Creoles

 

whose cheers

are chrisalised

wings.

 

Got it ? It's as easy as a piece of cake,  isn't it ? and you can write thousands of them.

Send your poems in commentaries (at the end of my article), leaving your blog link  in  commentaries, or send it to plauranice.gmail.com.

 I will give your poem a special place

and a  page in my blog ...

 

 

 

Vous pouvez faire le même atelier en français : choisissez un des poèmes proposés et changez une ou plusieurs lettres dans les mots, de façon à fabriquer d'autres mots qui se rapprochent par le son de ceux de Brautigan.

Gardez le nombre de mots et le rythme, peut-être la musique. Mon principe malgré tout est de rester libre.

Alors à vos plumes et envoyez vos poèmes ou créations à  plauranice@gmail.com ou dans l'espace "commentaires" à la fin de l'article. Vous pouvez y entrer l'adresse URL de votre blog si vous en avez un.

A bientôt  !

 

 

 

Richard Brautigan put an end to his life  in 1984 in Bolinas,  Washington State. He was the "Last of the Beats".

His poetry was a laboratory of experiences.

He wanted to give the clouds the shape of  desires. He practiced collages, associations of words and ideas. The incongruous as well as the strangeness breaks and blurs  our perception of something we have known or  experienced before. 

 

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MY WRITING WORKSHOP IN ENGLISH (2) - JUST A WHISPER

I have not written for a long time and I am sorry about that. I was active though. I listened to a lot of radio podcasts and particularly one about the use of anglicisms in French, and I have a lot to say about that and will give my opinion in a next to come article. This topic deserves  time and space entirely dedicated to it. 

As I think this blog is involved in  questions related to writing and language, thus it cannot dodge or evade from the questions and problems the anglicisms carry with their intrusions into  French language. 

But that will be the subject of another exciting article which I hope you will react to. I will write it in February, I promise.

But let's come back to our mysterious American poet :

This is the answer to the riddle of our workshop (1)

Richard Brautigan

He is the one I selected for you. His poetry seems to be very simple, nearly commonplace, but if  you read it through  (as he was only 20 and even less) page after page, poem after poem, you feel you are deliciously captive of its  humour and melancholy, a flavour of the sixties. Your certitudes are cracked like a salvation or a wreckage.

 

 

 

Why unknown poets stay unknown ?  Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus ?

Why unknown poets stay unknown ? Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus ?

I proposed a short poem, called Lonny. You could either write a new one, in French or English  or translate it as long as you convey a feeling at one moment  with a sound of your choice.

Translation is a real good exercise to enter a poet's soul, rythm and music and helps you to convey a mysterious attraction, something sensual and living (like a breath).

Hereunder is my translation and explanations of the  choices I made to translate :

Lonny is not difficult to understand  but in your translation you must be faithful to the poem, and keep the sound "s" which blows through the whole poem. It infuses a kind of breathing.

 

 

Lonny

 

Lonny is

two years old.

 

Yesterday

she and I

whispered

together.

 

We whispered

very softly,

and acted as if

we understood 

each other

perfectly.

 

Can you hear the sound of the  "s" like a soft song ? 

 

 

Lonny a

deux ans

 

Hier

elle et moi

chuchotions

ensemble

 

Je ne savais pas

ce qu'elle chuchotait,

et elle

ne savait pas

ce que je chuchotais.

 

Nous chuchotâmes

doucement,

et fîmes comme si

nous savions très bien

nous comprendre.

----------------------------------------------------------------------------------------

"whispered " could be translated by : elle et moi avons chuchoté (traduction de Thierry Beauchamp et de Romain Rabier) 2003/2016   ou  chuchotâmes  ou chuchotions.  I preferred the last one which describes a moment, a duration of the sound  "ch"  as if you could feel the touch of  a confidence in your ear.

Je ne savais pas

ce qu'elle chuchotait,

et elle

ne savait pas

ce que je chuchotais.

 

------------------------------------------------------

We whispered

very softly,

and acted as if

we  understood 

each other

perfectly.

 

For  "we whispered", I rather chose   "nous chuchotâmes" in French (past simple/passé simple)  because it conveys the idea of an action they lived together out of any particular moment (we don't know exactly how long it lasted, we only know it was yesterday) and the "âmes" at the end  stretches out the time of the whisper and sounds like a long note of music. I could have chosen "nous chuchotions" traduction choisie par R. Rabier et T. Beauchamp, but the word sounds shorter and rings (or sings) less.

"acted as if" :  nous fîmes comme si    (the same reasons as above) îmes sounds like a high-pitched and long note of music.  the "si" whistles.

This poem highlights  the act of whispering and not  what they say to each other. It conveys  intimacy, softness, physical reality, and a vivid consciousness of a privileged moment of harmony.

 

 

 

 

 

MY WRITING WORKSHOP IN ENGLISH (2) - JUST A WHISPER

Today, as a new workshop, I propose another poem. 

Send a translation or a writing (or a drawing, or a photo) that conveys  a special moment in your life, full of  feelings and enjoy this very special moment that you created with your translation or writing, or drawing or any other mean of expression you feel at ease with.

Try it ! and make it your own !

 

Send it in the commentaries at the end of this workshop  or at plauranice@gmail.com. 

 

if i should die before you do

When

you wake up

from death,

you will find yourself

in my arms,

and

I will be

kissing you,

and

I

will be crying.

 

Richard Brautigan in "Why unknown poets stay unknown"

Note there are no capital letters. Note this poem is like a ballet, a round (une ronde) that inescapably (inéluctablement) sweeps you along with it ....

 

 

 

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MY WRITING WORKSHOP IN ENGLISH (1) JUST A WHISPER

"I want my writing to be like the swinging of banana leaves cutting up the blue sky above my head"     (L.M. Noé)   in Poems of the Instant  2020

 

???????????????????

???????????????????

Let's play at riddles first :

 

- Do you know who this man is ? It's a photo by Baron Wolman/conic images for the magazine , Esquire in 1968.

It was also released in Telerama  3521, dated  July 5th 2017.

Send your answer in "commentaires"  below the article. 

Thank you for your interest.

 

The writer, in front of his ranch in Montana with his daughter in 1980

The writer, in front of his ranch in Montana with his daughter in 1980

You now have at least two tips to find out who he is.

But let's discover and explore one of his writing.  This wonderful writer called his poems, paper flowers with love and death.  

I'll give you the name of the collection book where you can find this poem and so many others, all of them disconcerting and questioning poetry and literature. 

 

Lonny

Lonny is

two years old.

 

Yesterday

she and I

whispered

together.

 

I didn't know

what she was

whispering about,

and she didn't 

know what I was

whispering about.

 

We whispered

very softly,

and acted as if

we understood 

each other

perfectly.

 

Can you hear the sound of the  "s" like a soft song ?

Have you guessed now the name of this poet ? 

 

 

My daily writing workshop :

Write a very simple poem just like this one. 

1) Choose a moment of the day when you met someone (a child, a loved one, a neighbour, somebody in the street, or an animal) and choose a consonant (m, p, t, s ... ) reflecting  the idea, the atmosphere of this meeting. Was it a soft moment ? a disturbing moment ?  a violent one ?

Collect a few words with the same consonance  and build your idea with simplicity.

 

2) You can also try a translation of the poem in French,  making this ordinary moment with Lonny a very special moment.

 

3) Send your creation (a photo of the moment, a drawing, a poem in prose or free verses (in English, French),  in "commentaires " at the end of the article or to my mail box : plauranice@gmail.com. Explore the possibilities and make it your own writing. Live this moment.

Looking forward to hearing from all of you.

Writing makes your life more poetic, and magnifies any ordinary moment ... Try it !

 

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MY TINY WRITING WORKSHOPS IN ENGLISH

The strokes and lines are words, the shiverings in the branches are  grammar. The olive tree in the Castel-des-Deux Rois garden in Nice.

The strokes and lines are words, the shiverings in the branches are grammar. The olive tree in the Castel-des-Deux Rois garden in Nice.

What does  writing mean ?

What is it like ?

How should I start writing ?

What should I write, about what ?

These questions  are often asked by those who would like to write but don't know how to start.

People often want to tell a story or  tell memories when they were young, because everything seems to 

spring from that coloured time of  life.

I take another path, and surf on another wave.

My writing is taking place in the moment when I write. I mean, it's physical. My whole body is engaged and all my senses stay awake : I can hear, I can listen, I can touch, I can see, I can smell, I can taste. Very often I immerge myself into  a book and I read it aloud, to taste its flavour, its style, its colour. 

In the books I like and read, the grammar is also  vivid, it shows how words articulate, play with one another  and participate  in the life of the text, in its colour, sound, landscape. Grammar is not dead and plays a great role in a painting, ballet, a sonata or a text. 

How is a text woven ?  You have thousands of possibilities to weave a text and all your life to explore them. 

At the beginning, my goal is only to obtain a trace of writing.

 

Do you remember my article about Louise Bourgeois, how this artist allowed me to understand better her choices in creation. It was  the night of the New Year's eve 2020. 

I  started my article  in French, and English imposed itself after  I listened to  Louise Bourgeois' videos to understand better her progress. Her voice,  her timbre and what she said was like music.

 

RAPPEL :

Titre  et lien de l'article : 

UN REVEILLON AVEC LOUISE BOURGEOIS : new year's eve

http://liretecrireavecplaisir.com/

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Je suis allée voir Louise Bourgeois, du côté d'internet,  pour en connaître un peu plus sur cette artiste d'origine française et mondialement connue. C'est en retrouvant une carte postale montrant ses petites broderies,  que j'ai décidé de chercher et de lui faire une visite virtuelle.

Le photographe, Jean-François Jaussaud a fait un livre sur elle : Femme-Maison, aux éditions Albin-Michel, avec une préface de Marie-Laure Bernadac et Xavier Girard. Dans ce livre, il témoigne de son amitié, et mêle des photos  de sa maison de Chelsea, et de son atelier à Brooklyn, de ses sculptures, de ses notes et de ses "pensées-plumes".

A nouveau, je me trouve en relation étroite avec cette artiste. Atelier-plume, pensées-plumes ... concordances, coïncidences, correspondances ... Cela m'entraîne plus loin. Quelles sont ces pensées-plumes qui semblent être les siennes et peut-être les miennes ?

Elle dit : " Il n'y a que deux choses qui comptent dans notre vie amoureuse : la table de la salle à manger où nos parents nous ont fait souffrir. Et le lit où on s'allonge avec son mari. C'est là que les enfants sont nés et c'est là que l'on va mourir. En réalité ces deux objets font la même taille, ils ne forment qu'un seul et même objet".

J'écris :

Etude rectangulaire de la vie, simplifiée à l'extrême, dépouillée.

Je continue mes recherches et écoute sur Youtube, une conversation en anglais avec Jerry Gorovoy.

Jerry Gorovoy était l'assistant de Louise Bourgeois pendant plus de trente ans. Il a une connaissance profonde de son travail  et a joué un rôle clé dans le développement et la création artistiques de Louise Bourgeois, comme elle l'a si souvent souligné elle-même. C'est grâce à lui que beaucoup de ses oeuvres purent  naître et exister. Le thème central de cette vidéo est la réflexion sur la signification des oeuvres de Louise en tant qu'artiste et son rôle phare pour une génération d'artiste. Vous pouvez trouver cette vidéo très facilement sur Youtube.

Les réflexions sur l'art, les choix possibles, guident souvent mon petit atelier "dans un trou de verdure à Nice"  et l'écoute de Louise "m'ouvre à" ou confirme des choix que j'ai déjà faits.

Louise dit : "I'm not what I say, I'm what I do" ("Je ne suis pas ce que je dis, je suis ce que je fais" - voir vidéo Youtube : A prisoner of my memories (prisonnière de mes souvenirs).

Elle dit aussi : "I transform hate into love" (je transforme la haine en amour") "trying, failing and doing it again" (m'essayant, échouant et le faisant à nouveau).

Louise lost her mother when she was 21 and had to burry her son. (Louise perdit sa mère à 21 ans et enterra l'un de ses fils).

Cela donna lieu à un livre écrit avec Tracey Emin "Do not abondon me" (ne m'abandonne pas), où l'on peut admirer   les nombreuses aquarelles qu'elles se mit à peindre.

Louise Bourgeois est surtout connue pour ses sculptures gigantesques d'araignées, elles-mêmes enfermées dans des grillages de fer qui laissent voir l'intérieur et leur ventre  rempli d'oeufs.  Métaphore inquiétante de la mère, à la fois protectrice et dangereuse. Vous aimerez les araignées de Louise Bourgeois et sûrement, vous les regarderez autrement chez vous, avec amour.

La connaître autrement,  par ses paroles, ses mots, éclaire son oeuvre et nourrit mon petit atelier portatif, (mon atelier-plume) portant des oeufs prêts à éclore. Va-et-vient d'images, de mots, de pensées lourdes ou plumes. Il n'y a peut-être pas de pensées-plumes sans pensées-lourdes.

C'est alors que je me rendis compte de l'état d'abandon de mon lit, déserté et défait, dans sa rectangularité.

Je vois mon lit défait

chaud de la nuit

Pâle et plein de rides

Un chat y sommeille

Il se met en coussin

Les vibrisses en alerte

A tous les silences

Qui traversent

buissons épineux

Le jour qui pointe son nez humide

Tout replié

Tout ramassé

Tout en lui-même

Tout en écoute

En attente de rien

Il respire pourtant

Tout en-dedans

Tout en-dehors

Un petit coussin,

Tout échevelé,

Qui monte et qui descend.

Le 31 décembre 2019 ,  Nice  (poème de l'instant - une expérience de traduction - Sur la rive d'une année nouvelle)

I will continue in English and give a translation of  this poem of that very moment, in its platitude and triviality. However it is special and unique, and the color of it is quite nostalgic. It came like this ... and I didn't do anything to restrain it.

 

I can see my bed now

all messed up still

warm of the pale night

and deeply wrinkled

A cat is looking for a place to sleep

Like a pillow he is

all coiled up

His shrublike moustache

on alert

is listening to silences

Which pass through the daylight

 Shows its muggy nose

All withdrawn into himself

and all stocky

All within

All listening

And waiting for nothing

breathes though

All within

and all out of himself

A little hairy pillow

He was,

dishevelled,

that goes up and down.

Laurence Marie Noé (a poem of the instant - an experience of translation). On the shore of a new year.

December 31st 2020

 

English and other foreign languages, which I continue to study, send me back to my own mother tongue, and add a special colour to it, the colour of strangeness, (étranger/étrangeté),  novelty, and freshness. English for example makes strange something very common, very ordinary and normally flat, but as  the music of English sounds differently,  French suddenly appears  new and echoing differently too. It's a good experience to translate and  try another language in a poetic way of writing. This is the reason why I started this workshop. To experience something new and very tasty  and in the end, very exciting. When you come back to French, you can hear it as if you were speaking a new language and as if it were the first day you can speak it. It opens new frontier of writing because it a new and everlasting experience. Try it if you can, and for the moment just keep it as an opportunity or a possibility which can be lived and felt.  Translating (it's like an incredible journey, you can fly through meanings, and signs, and words and grammar altogether), it makes you shift to something else you do not know yet.

Le mot "translation"  existe en français également et signifie "transfert" - donc voyage en quelque sorte. Ce mot est littéraire  et porte en lui l'action de déplacer quelque chose ou quelqu'un. Il s'agit  donc bien ici (dans l'écriture et la traduction dans une autre langue) de la possibilité d'une expérience d'étrangeté, et  d'ailleurs, pareille au voyage, celui qui vous fait traverser les signes et significations, les mots et la grammaire comme un paysage. L'atelier d'écriture peut mener où l'on veut et prendre des formes infinies, qu'une vie ne suffira pas à épuiser.

C'est aussi cette réalité que je voudrais partager et essayer de vivre pas à pas, expérimenter, chercher, essayer, se tromper et recommencer ... sans se restreindre. Tout est possible, comme dans l'art contemporain.

"JUST LET THEM BE"

This article is bilingual, I'll continue in English as I picked up the impulse from Louise's voice and words and from what she said about her creation,  and about the thoughts that she bore while creating such as her feather-thoughts (ses pensées-plumes). These "pensées-plumes" drew me to know more about her, and to know what she meant with that material, in her creative hours.

 

She says her ideas and thoughts are like flies and butterflies, you have to catch them. And then Louise, what do you do with them ? I just let them  be and create at the same time with what they are".

I think these words are very important in the act of writing and we should keep them in mind as a truth inside of us.

Traduction : Comme je voulais savoir ce que Louise entendait à propos de ses "pensées-plumes", elle dit que ses idées et ses pensées étaient comme des mouches et des papillons, qu'il faut les attraper au vol. Et alors, Louise, qu'en faites-vous de ces pensées-plumes ?  Je les laisse être ce qu'elles sont et je crée en même temps.

Nous pouvons apprendre beaucoup de ces artistes, qui en même temps qu'ils créent réfléchissent à leur création. C'est ce que nous ferons pas-à-pas au cours des ateliers, du moins c'est ainsi que je les voudrais.

Ecrivez dans vos carnets "vos pensées-plumes", laissez les voler et écrivez en même temps comme elles se présentent. C'est l'esprit de cet atelier, volatile !

 

 Louise Bourgeois  A piece of Embroidery

Louise Bourgeois A piece of Embroidery

This page was dedicated to the spirit which infuses my writing, made of lots of patches, lots of bits and pieces  put together according to their own logic,  but month after month some kind of obstinacy beats out the rythm in a regular time. The blog follows a pattern, motives which are recurrent and often reminded as leitmotive.

Writing is an experience that makes life more intense. I feel more and more alive, present in my body and my mind and would like to share these moments with each of you. 

I hope you will find lots of opportunities to write with a pen, a pencil, a needle, a brush even a knife, as long as you take it for granted that writing is a living experience, and nothing else. Do it now and share on my blog through commentaries or mail your experience through your own blog or to my mail address : plauranice@gmail.com

I will give you a subject I have in mind in my next Tiny Writing Workshop.

Remember : Writing is not a project, it's a state of mind and it's a moment in your life you undertake to do it. 

Laurence Marie Noé      January 7th 2021

 

 

 

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AU BOUT DE LA NUIT LA LUMIERE - CHARLES JULIET - L'HOMME QUI MARCHE

Charles Juliet : Le jour baisse

Charles Juliet : Le jour baisse

Charles Juliet vient de publier deux livres et c'est un évènement. J'espère, grâce à cet article,  vous donner l'envie de  les lire  calmement et profondément.

Car Charles Juliet se déguste, s'apprivoise et on ne le quitte plus.

 

 

 

Avec le titre de cet article, je pèse mes mots, chaque mot, afin de ne pas peser sur ce que représente l'oeuvre de Charles Juliet  immense, et que fort heureusement je n'ai pas fini de découvrir. J'ai cherché un titre qui reflète la personnalité de Charles Juliet et j'ai rêvé en lisant ses deux derniers livres que je l'accompagnais un instant sur son chemin, en effleurant chaque mot, comme des pas qui avancent sans bruit vers la lumière.

L'homme qui marche, c'est peut-être lui ou celui de Giacometti.

Je lis et je relis et je ressens toujours le même plaisir. Peut-être cela vient-il du fait que Charles Juliet amène ce qu'il dit avec prudence, cherchant une vérité qui parfois se réfugie plus volontiers dans le silence que dans les mots. Son silence est perceptible, et à ce moment là, on tourne délicatement les pages de son journal, de peur de réveiller quelque chose qui préfère rester tapi dans l'ombre.

Cela vient peut-être de la marche qui parcourt ses écrits. La marche est terrienne, elle nous enracine et accroche les pas aux mots et les mots aux pas. Elle se fait aussi silence et rêve.

Ainsi j'ai pu lire au cours des dernières années quelques uns des livres de son journal, publiés régulièrement chez P.O.L. Voici quelques uns des titres : 

- Traversée de nuit   Journal II    1965-1968

- Accueils                  Journal  IV  1982-1988

- Apaisement            Journal  VII  1997 - 2003

- Gratitude                 Journal IX    2004-2008

On perçoit le chemin à travers ces titres, beaux comme des moments dentelés. Des moments tissés fil après fil, des moments intenses. On lit, on lit et on ne s'en détache plus.

Bien sûr j'ai également lu Lambeaux  Gallimard - Folio (l'histoire de ses deux mères : l'esseulée et la vaillante, l'étouffée et la valeureuse,  ), et Au pays du long nuage blanc chez Gallimard, Folio (son voyage en résidence à Wellington en Nouvelle-Zélande).

L'année de l'éveil     Folio N° 4334 - récit de ses années passées comme enfant de troupe.

Ainsi que : L'incessant, Théâtre publié chez P.O.L.

 

Chaque moment de son journal semble important, vécu, et parfois plusieurs fois au cours des années.  Et je vis avec lui entièrement  ces (ses) rencontres, ces (ses) réflexions, toujours personnelles, singulières.  Je me trouve face à  mon propre miroir et me reconnais souvent dans ce qu'il écrit. Il ne s'occupe pas des modes, des tics de l'époque, il va sur son chemin, vers l'humain qu'il est, toujours plus près, et toujours plus près de sa vérité. Charles Juliet n'en finit pas de naître à lui-même, avec une sincérité et un style à lui, qu'il veut dépouillé de l'égo (qui embarrasse, orne le moi de  trompe-l'oeil, gonflé d'orgueil et de suffisance).

Je me demande, mais cela n'appartient qu'à moi-même, et je ne suis pas sûre que Charles Juliet adhèrerait à ce que je dis : Brisé, séparé de sa mère,  alors qu'il n'avait pas encore le langage, Charles Juliet, poète de l'absolu, tente de rejoindre ce moment ou il était entièrement dans ce qu'il ressentait, et n'avait pas les mots. Cette blessure à laquelle il revient, inlassablement est la source de son écriture, elle est inséparable de son écriture et c'est bouleversant. Mais il y a autre chose aussi, le mystère de la naissance de cette écriture, qui continue son chemin, ses méandres,  inlassablement.

j'écris aussi un journal depuis de longues années.  Je trouve beaucoup de connivences, de sensibilités proches, mais son journal lui appartient et je me sens à sa lecture comme une invitée privilégiée au bord de ses mots. La poésie est pour moi également la langue la plus proche de l'indicible, proche du langage musical ou de celui de la danse, proche du corps et de l'esprit. Je trouve en Charles Juliet, une langue que je comprends et que je savoure sans empressement. Charles Juliet a besoin de temps, il le prend, et "je me hâte lentement" à le lire. 

Si vous n'avez pas encore rencontré Charles Juliet, lisez son journal, qui est le  témoignage de sa vie d'écrivain.  L'enfant, adopté par une famille suisse aimante, qui vit dans l'Ain,   est un petit paysan  qui connait mieux les champs et les vaches que les livres, car chez lui, il n'y a aucun livre. Lire son journal du début jusqu'à maintenant, c'est aussi assister à la naissance d'un grand écrivain, qui  utilise la parole avec précaution, qui la rend précieuse donc. Il sait l'engagement que les mots portent en eux, et se veut un écrivain "de peu de mots", paradoxe qui donne le vertige et la mesure de la profondeur  de ses écrits.

 

J'ai pris avec moi  : Le jour baisse  Journal X  2009-2012 et  Pour plus de lumière, une Anthologie personnelle 1990-1992,  un recueil de poèmes qui dit (selon ses mots) sa connaissance de l'expérience intérieure dont ils sont nés.

J'avais commandé ces livres au début du deuxième confinement auprès de deux libraires que j'affectionne particulièrement et qui font vivre la librairie indépendante "Les journées suspendues" à Nice. J'ai donc eu le plaisir d'aller les chercher comme un cadeau du ciel. Quelle récompense !

 

Les mots les plus simples, les plus justes. Une entreprise rigoureuse et exigente (télérama 3695)

Les mots les plus simples, les plus justes. Une entreprise rigoureuse et exigente (télérama 3695)

RIMES RICHES  _ POESIE  

Le choix de Télérama  N° 3695

 

cela

    comment le nommer

    comment l'inscrire

    en un poème

 

cela

   qui fissure

   chaque instant

   me coupe

   du quotidien

   vide de sa substance

   ce qui m'est accordé

 

cela

   qui me porte

   me jette en affamé

    à la rencontre de la vie

    fait monter

    au-devant de mes pas

    cette lumière

    que je ne peux atteindre

 

Extrait de , L'autre chemin  in  Pour plus de lumière. Anthologie personnelle 1990-2012

Ed. Poésie/Gallimard  448p.   11,30 euros

 

 

Le meilleur hommage à Charles Juliet est ce qu'il écrit lui-même, et je vais m'adonner au difficile exercice de la sélection, forcément arbitraire ... Ne tenant aucun compte du temps, de la chronologie ou des associations d'idées qui tissent la toile serrée de son oeuvre.

Je choisis le passage de sa rencontre avec Bram Van Velde, évènement fondateur où Charles Juliet va voir apparaître les mots comme une possibilité, un terrain d'expériences, d'amitiés, de partage.

p 79  de : Le jour baisse   Jounal X  2009-2012 chez P.O.L.

En 1964, un jour d'automne, à Paris, sans but, il "hume l'air de Paris".

"Un matin. Paris dans le brouillard. Je flâne boulevard Saint-Germain, plein de ferveur et d'ennui. La ville inconnue m'angoisse. J'ai devant moi toute une journée que je ne sais à quoi employer. Je n'ai même pas un peu d'argent pour aller rêvasser dans un café. Comment tuer le temps ? Je n'ose pas entrer dans une librairie et je ne peux envisager non plus  de me risquer dans un musée.

En marchant je tire de ma poche un petit carnet et je le feuillette. Parmi les notes, se trouve l'adresse d'un peintre, un certain Bram Van Velde. Descombin, un ami sculpteur, l'a rencontré, et cet homme lui a fait une forte impression. Je me souviens même de la phrase prononcée par ce peintre et que le sculpteur m'avait citée : En peignant, je cherche le visage de ce qui n'a pas de visage. A l'époque je comprenais cette phrase sans la comprendre et j'avais maintes fois cherché à saisir ce qu'elle signifiait."

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Il décide de lui rendre visite, se trouvant justement à côté de son appartement.

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A cette époque, je ne savais rien de la peinture, et bien évidemment rien de cet homme, rien de son oeuvre. Intimidé, en plein désarroi, je découvre que je n'ai rien à lui dire. Le silence se fait lourd. L'homme regarde par la fenêtre, et à plusieurs reprises, son regard m'effleure et interroge. Tout en m'efforçant de dominer mon affolement, je cherche à rassembler le courage de lui dire que je le remercie de m'avoir reçu et de vite me sauver, mais les mots que je prépare ne parviennent pas à franchir mes lèvres. Je suis effondré et furieux contre moi. De longues minutes s'écoulent.

Comprenant sans doute ce qui se passe, il propose que nous allions marcher dans la rue. Une fois dehors, j'arrive à lui poser quelques questions et une conversation s'engage coupée de longs silences.

Nous allons et venons dans les allées du Jardin du Luxembourg. Puis comme la nuit tombe, il m'invite à dîner, et la rencontre qui avait failli tourner court, s'est achevée à minuit.

Ainsi est née une relation qui s'est progressivement muée en amitié."

...

Quelques paroles tirées de Rencontres avec Bram Van Velde.

- C'est par la misère que j'ai approché la vie.

- Ce qu'il faut, c'est se laisser dominer.

- L'important, c'est de n'être rien, mais n'être rien, simplement rien, c'est une expérience qui fait peur. Il faut tout lâcher.

- Plus on est perdu, plus on est poussé vers la racine.

- Celui qui n'a pas connu l'écrasement ne connaît pas la vie.

- Pour l'artiste c'est tout ou rien. Si ce n'est pas tout, ce n'est rien. 

- L'artiste est le porteur de la vie.

- Ce qui m'a frappé au long de mon existence c'est l'immense lâcheté des hommes face à la vie. Une lâcheté véritablement sans limite.

- L'artiste est celui qui doit veiller sur son être.

- Les multiples pouvoirs du faux et l'extrême faiblesse du vrai, c'est cela le tragique.

- Il est difficile de garder l'oeil sur le tout.

.....

Ainsi va Charles Juliet, page après page, accueillant les paroles qui le font avancer, qui le tiennent debout,  ensemble parmi ses lambeaux.  

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Goûtez également les poèmes de Charles Juliet dans :

Affûts - 1990 in Pour plus de lumières - Anthologie personnelle 1990-2012

Poésie/Gallimard.

un extrait de Affûts : p62

mais ce cri 

de l'attente

que fissure

le doute

accroché au flanc

de la paroi

 

c'est là que tu veilles

interroges

écris

cherches à gagner

en hauteur

dominer le vertige

élargir ta vision

 

et tu observes

scrutes notes

guettes cette lumière

qui semble monter

derrière la crête

 

puis à bout  de fatigue

revenu à tes semblables

tu voudrais parler échanger

donner ce que tu as vu

 

ils t'écartent

 

poursuivent en hâte

leur chemin

 

tu creuses

tu rampes

tu t'ouvres

un passage

 

mais tu n'es

jamais

prêt

 

jamais assez

aguerri

 

jamais digne

d'affronter

la rencontre

 

alors tu lis

enquêtes sondes

questionnes

 

et sans relâche

tu progresses

 

puis te portes

d'un bond

au plus extrême

 

et là

            doigts gourds

            mains tuméfiées

au lieu de rafler

ce dont tu espérais

te saisir

dans un trouble

infini

tu palpes

le mystère

 

La préface écrite par Jean-Pierre Siméon, en petits paragraphes thématiques, forme un portrait ciselé dans l'étoffe même dont est fait Charles Juliet. Tout parle, dit, insuffle, prend vie au plus près de la vérité complexe de la simplicité désirée de Charles Juliet. Son dépouillement.

Je vous en choisis un passage mais je voudrais vous lire cette préface toute entière ...

P19

LE MOT NU, LE MOT NU

Eliminer, effacer, cherche le "nu perdu" (l'intérêt que Char a manifesté pour Juliet ne pouvait décidément pas être de pure courtoisie), c'est, quant à l'écriture, l'artisanat quotidien du poète. Quitter les peaux mortes, cet intime travail de deuil, "dénudation qui prépare la vue de la seconde naissance", ne peut en effet se concevoir que dans un égal effort d'arracher les mots à leurs gangues, polysémie errante, épithètes dorées, bimbeloterie sonore ... Discipline du peu et du moins. La récurrence du mot "nu" dans la poésie de Juliet agit comme le rappel d'un la, elle remémore, comme une clause de conscience, la juste tonalité morale à quoi doit s'accorder la voix.

"Dans cette juste / lumière/ demeurer/ nu" : c'est-à-dire neuf, recommencé et réuni. Le nu est l'envers de l'un.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le livre qui raconte comment il fut dépossédé de sa mère

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A la Grande Librairie avec François Busnel France 5 20h50 le mercredi.

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