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COMMENT LES MOTS VIENNENT AUX HOMMES

La danse est le "corps de l'âme".

Mon blogue se veut une réflexion sur la lecture et l'écriture. La lecture et l'écriture sont intimement liées aux autres arts dont elles peuvent se nourrir à l'infini des possibles et des variations.

Comment les mots viennent aux hommes, voilà ma méditation en forme de question, de ce jour. C'est comme cela, je me demande toujours comment les mots (peut-être associés à l'expression de nos  maux). Le français permet cette association grâce aux homonymes.  Isadora Duncan danse, danse et cherche  la justesse de ce qu'elle fait à partir de son élan vital, quelque chose qui jaillit du plus profond d'elle-même. Sans cesse elle expérimente, habite, vit la danse dans son corps et son coeur.  La danse d'Isadora prend sens et  lie ensemble  le corps,  (son berceau, son nid ou naît le sens de ce qu'elle fait) et  le geste (qui en est l'esprit, le language et les mots). J'ai gardé le mot "homme", et je l'aime comme un berceau également.  Il est économe (il rassemble hommes, femmes, enfants), il est beau, son genre est neutre, il ne signifie pas l'homme sexué, mais ce qui lie les hommes entre eux,  sans aucune connotation , à la différence d'humanité, qui elle, est chargée d'affectivité, d'amour et de souffrance.  Cet espace neutre  permet une liberté.

En français, et dans les langues latines,  le neutre n'existe pas  en tant que tel, physiquement. Il se réfugie dans le masculin parfois , et parfois dans le féminin. Il serait intéressant d'étudier  la part de féminin dans les mots signifiant un espace neutre par exemple le mot "humanité" qui regroupe, hommes, femmes, enfants et la part de masculin dans le mot "homme", lorsqu'il est neutre et qu'il couvre le genre humain.  Dans les pays latins, le monde, la réalité ont  été découpés en féminin et masculin. Dans les pays anglo-saxons et de langue allemande, le neutre existe et s'inscrit dans le langage. C'est le "it" et le "es". La réalité est découpée différemment, et sans aucun doute la grammaire nous fait entrevoir des réalités différentes, qui ont chacune leur raisons ou pas, leur manière de sentir les choses et de les exprimer.

Peut-être, les batailles  actuelles dans l'espace public sur le genre, viennent-elles de cette confusion entre le monde anglo-saxon (ah! l'Amérique avec son troisième genre) et le nôtre (avec le masculin et le féminin gravés dans toutes les choses qui nous entourent), et  d'un manque de réflexion sur notre langue et sur ce que les mots veulent dire sans prévaloir  d'un jugement négatif quelconque qui fermerait tout questionnement.

J'en appelle à tous les experts  à faire part de ce qu'ils ont observé sur  ce fait de langue, et de  le considérer comme une expérience à vivre, une expérience humaine. Bien sûr il faut garder à l'esprit qu'une réponse toute faite serait le naufrage de la question (Albert Camus). En fait c'est la question qui est ouverte et qui reste le vrai sujet et qui évitera tous les préjugés et les partis pris.

J'y reviendrai plus tard car ce n'était pas mon sujet du jour. Celui-ci s'est invité dans ma réflexion, et je l'ai laissé passer, car je pense aussi qu'il faut saisir le moment, l'opportunité d'écrire (cela fait partie de l'élan de départ, de la naissance de l'écriture, "des mouches à saisir au vol").

Mon sujet d'aujourd'hui est Isadora Duncan, danseuse hors norme, sur l'instant, dans l'âme du mouvement, prenant son élan de son existence présente, comme le mot que l'on saisit au vol (réf. voir mon article sur les pensées plumes de Louise Bourgeois, et les mouches qu'il faut attraper avant qu'elles ne s'échappent). Mais quel est son rapport avec le désir d'écrire ?

En janvier, j'ai vu deux films en rapport avec la danse, et je me suis posé beaucoup de questions,  ce que le langage dansé, signifié (aux autres, sur la scène) signifiait ... Quel sens donner aux gestes inscrits sur la grande feuille blanche de l'espace. Les gestes sont silencieux mais ils parlent, ils crient , muets, des mots qui sortent du corps et y restent enfouis. Les mots lus ou écrits sont aussi des mouvements de l'âme, muets jusqu'à ce que quelqu'un les écrive, et les entende sur une scène,  les emporte et les offre à quelqu'un d'autre. Et ainsi se forme une longue chaîne entre les hommes.

J'ai vu le  très  beau film de Damien Manivel, film-atelier, ni documentaire ni fiction, qui célèbre les pouvoirs de la danse, "Les enfants d'Isadora".

Agathe Bonitzer en est l'interprète. En 1913, Isadora Duncan perd ses enfants  et crée un solo de danse, intitulé "la Mère" , afin de les laisser partir, s'éloigner d'elle.  Un peu comme Moïse, déposé par sa mère esclave sur le Nil, vers sa liberté.  Isadora offre, donne cette liberté à ses enfants morts. La gestuelle, cherchée et cherchée encore et encore, dit l'arrachement , le vide.  Petit à petit, la gestuelle  s'allège pour porter le poids de la tristesse. Surgit alors comme une réponse à la mort inacceptable, une grâce que seule la danse peut porter, une grâce presque consolatrice. La caméra de Damien Manivel filme au plus près de la force et du mystère de la danse. Cela donne un film rare, d'une grande pureté.

Avec : Agathe Bonitzer, Manon Carpentier (jeune élève) Marika Rizi (professeur) et Elsa Wolliatson (danseuse)

 

 Cunningham dans "changeling", créé en 1957 à Brooklyn

Cunningham dans "changeling", créé en 1957 à Brooklyn

A l'intérieur des limites du corps il y a une infinité de variations possibles. Il y a beaucoup de façons de dire les mêmes choses. Ayez une sorte de conversation avec vous même.

C'est le deuxième film que j'ai vu en janvier sur la danse :"Cunningham". C'est un film-documentaire d'Alla Kovgan, réalisatrice russe, qui découvre le travail de ce grand chorégraphe américain, extrêmement précis, presque mathématique. La pièce "Variations V" filmée par le réalisateur d'avant garde Stan Vanderbeek sur une musique de John Cage, a été pour elle une révélation. La vidéo devient un instrument de travail, pourtant Merce Cunningham ne se dit pas "moderne", d'ailleurs quelle importance ? "Mes danseurs et moi formons un groupe d'individus. C'est donc ce que nous sommes, sur scène comme dans la vie, des gens qui bougent".

Ce film m'a amenée à m'interroger sur le processus d'écriture. Car on pose la question à Merce Cunningham : "Why do you dance ? Do you want to express something, or a feeling, or a story ?"

Merce Cunningham répond :" I just do it and that's all". C'est ce constat, très pur et très simple, qui a confirmé le sillon que je creuse tous les jours sur l'écriture et qui peut également être une motivation pour vous :"just do it and that's all" 

Pourquoi lisez-vous ou écrivez-vous ? Faut-il de bonnes raisons pour cela ? Certaines seraient-elles meilleures que d'autres ? Faites le et c'est tout. Les questions viendront après, en pratiquant les mots, l'écriture, la lecture. Expérimentez, goûtez, observez.

Commencez comme cela, écrivez.  Etre dans son écriture comme l'on est dans la vie.

 

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