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L'ATELIER PORTATIF, LES CARNETS

l'élan crée la vague des mots et se brise sur les galets (Nice, été 2019)

Depuis trente ans, j'écris presque tous les jours dans des carnets. Quand j'écris, je suis portée par un certain rythme, un souffle qui me pousse vers des couleurs, des images, des sonorités, des impressions sur le vif.  Le rythme s'appuie sur  cet élan de départ, essentiel comme celui du danseur.  Il est à la fois instinctif et travaillé et le mouvement doit  se déployer avec justesse. Cette justesse, c'est  ce qui donnera le ton et la couleur de l'impression que l'on veut attraper. L'élan est la vie, et la vie dépend de cet élan, et des appuis que l'on prend quand on s'élance avec les mots.

Ces carnets silencieux dormaient dans un grand sac, au fond d'une armoire. Dans le moment et l'espace de ce blogue, je  vais  les ouvrir à nouveau, les dépoussiérer, et les parcourir . Ils forment mon journal au fil des années.  Le blogue est une entreprise différente, c'est un espace de partage alors que les  carnets sont  intimes.

Il est orienté sur le processus d'écriture, de lecture, et sur les ateliers que je propose au fur et à mesure.

La poésie par sa  liberté et son mystère, atteint cette qualité de  présence au monde, avec seulement quelques mots. Elle est devenue ma musique, et j'essaie de la cultiver avec régularité,  comme je cultive mon petit jardin enfoui quelque part dans Nice. J'y invite les mauvaises herbes, les fougères plumeuses et les bananiers élancés ainsi que les citronniers, l'oranger et  les  cumquats odorants, le sage olivier et l'arbousier sauvage. Ils cohabitent, et m'offrent un terrain de découvertes et d'interrogations perpétuelles.

Les carnets sont un outil essentiel d'écriture, ils sont mon atelier portatif où je collectionne des motifs, des objets et des sujets d'exploration. Cette prise de notes éparpillées, finit par dérouler un fil ténu d'un sujet à l'autre, un fil d'Ariane. J'aime le rythme lent des chemins de la lecture et de l'écriture. Les terres lointaines et inconnues ne m'apportent pas autant de joie que celle de  collecter avec lenteur, autour de moi des observations, dans le but peut-être de "se connaître soi-même", la plus grande aventure  jamais entreprise par l'homme, selon Montaigne. Et puis le seul être avec lequel on vivra le plus longtemps, c'est  soi-même, alors pourquoi s'éviter, se détourner, s'égarer, s'exiler,  de soi-même, n'est-ce pas passer à côté de sa vie, unique et courte ? 

Ce qui me ravit dans cette expérience de l'atelier d'écriture portatif, c' est de n'avoir besoin que d'un cahier et d'un crayon (qui marche, qui glisse, et court à son gré),  et de partir simplement, à côté de chez moi,  dans les collines ou dans la ville basse et blanche, pour y glâner des impressions, des portraits, des mots, des lieux, à la  réalité souvent très poétique.

La prochaine fois, (dans la semaine qui vient) je vous proposerai de commencer par un atelier léger comme une plume. J'espère qu'il déclenchera une écriture chez vous et peut-être un premier échange, un premier partage. Alors patience.

En attendant je vous donne quelques lignes à méditer, tirées du " trottoir au soleil" de Philippe Delerm.

"Parfois, un petit décalage de vocabulaire au charme étonnant, comme dans la lettre d'une jeune suédoise où j'ai trouvé ces mots :

"Devant mes yeux, le paysage d'automne est accompli".  

 

 

 

 

 Hasard des carnets : la journée s'écoule en découpages, en fragments, en phrases instantanées.

Hasard des carnets : la journée s'écoule en découpages, en fragments, en phrases instantanées.

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L'ESPRIT VAGABOND

Tout ce que j'ai écrit je l'ai écrit dans cette ombre paisible
Juste à côté de vous dans le silence heureux" Extrait de "A mes filles" in "Je n'ai jamais voyagé"

Emmanuel Godo

Novembre 2019 :

"J'irai dans des maisons que je ne saurai pas". (Charles Péguy : Adieux à la Meuse). Plus de trente ans que j'écris chaque jour qui se lève, dans Nice,  des carnets muets qui  contiennent des mots muets, gardiens silencieux de ma vie qui s'écoule doucement comme la Meuse.

Il sont les témoins de ma présence au monde, dans une tranquille intranquillité. Les dérives, parcours sans but précis, sont un prétexte aux vagabondages, les pieds bien à plat sur la terre, le nez en l'air, des mots en poche et la curiosité en éveil.

Des dessins pour rien, sinon pour dessiner, des notes prises au vol d'oiseaux migrateurs ou sédentaires, et la quête, toujours là, battante, en bandoulière,  sont des trésors ordinaires et quotidiens. Ils résonnent  en moi, étrangement, sourdement de toutes mes expériences lilliputiennes.

Mon blogue est un atelier d'écriture et de lecture, les deux étant inséparables, liés dans un pas- de-deux sans fin. Il est mon chemin, mon chantier, un peu fouillis, un peu ébouriffé, mal coiffé. Les désordres me vont s'ils permettent des découvertes, des rencontres et qui sait ?  quelques créations.

Il peut y avoir des lectures sans écritures, mais il ne peut y avoir d'écritures sans lecture, sans livre. Le livre est extraordinaire, il mène à des royaumes, des questions sans fin, des satisfactions profondes. Avec lui, on ne peut s'ennuyer, jamais. Mais le livre fera peut-être l'objet d'un atelier, plus tard, à lui seul. 

Je finirai cette journée par des lignes volées à Philippe Delerm dans "Le trottoir au soleil" et que j'ai lu hier avec délectation alors que j'attendais que le traitement que je dois suivre, s'achevât ... et que la pluie cessât de tomber.

"Je reçois assez souvent des témoignages de plaisirs minuscules. Ils prennent moins la forme de suggestions d'écriture que celle d'une complicité discrète. Une façon de partager le monde. De partager, pas de confondre. Au demeurant, je n'éprouve jamais l'envie d'écrire sur un sujet ainsi évoqué. Mais je n'ai plus le désir de les goûter. Pour ténu, humble qu'il puisse sembler, le plaisir minuscule est une possession personnelle dont les racines ont bien souvent à voir avec l'intensité des sensations d'enfance. Chaque individu reste une île. Un île courtoise, qui se laisse accoster, mais pas envahir."

Sur mon chemin, mon île, j'ai rencontré Philippe Delerm, je me suis trouvée en accord, en harmonie avec lui. Qu'il continue à nous ravir en nous racontant "le trottoir  au soleil". En plus de son observation aigüe des choses, il ouvre son livre sur des vers de François de Cornière :

"Je prends le plus souvent

Le trottoir au soleil.

J'y pense en traversant la rue

Pour quitter l'ombre

rejoindre de l'autre côté mon ombre

qui maintenant me suit.

Je trouve ainsi dans les auteurs que j'aime et que je rencontre,  des similitudes, des coïncidences,   qui expliquent et fondent le désir d'écrire. Je ressens le même le goût  du silence. 

 

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