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JE LIS ET JE MARCHE DANS NICE AVEC JEAN MARIE GUSTAVE LE CLEZIO

L'article que je vous propose de lire aujourd'hui, est la trace qui reste d'un atelier de lecture bilingue (français-anglais) et transversal que j'ai vécu avec des élèves de Terminale Secrétariat. Ce sont des élèves qui sont souvent rebutées par la lecture. La plupart sont en difficulté et ont un vocabulaire assez restreint.

C'est pourquoi, j'ai monté cet atelier (devant ensuite se prolonger par une expérience d'écriture), où le corps est engagé dans l'acte de lecture (le corps est si important pour les élèves de cet âge), et la voix qui est à la fois un phénomène physique très présent et aussi un merveilleux instrument de musique qui permet de jouer les mots, de les vivre pleinement, dans un mouvement, un souffle ... Bien sûr cette partie a été préparée en classe, dans un  choeur de récitants, puis en solistes ... nous y avons pris beaucoup de plaisir.

Le plaisir doit toujours être présent,  la lecture devient rythme, intonation, mesure, les phrases sont étirées, modulées ou scandées, une musique intérieure apparait.

 

Le livre choisi est : LULLABY     qui est le mot anglais pour BERCEUSE, et aussi le nom d'une très jeune fille, l'héroïne de ce jour d'avril 2010.

Avant de donner quelques extraits de Lullaby et le cheminement de lecture des élèves, voici un résumé, et des remarques sur ce livre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

On peut lire ce livre dés l'âge de neuf ans.

On peut lire ce livre dés l'âge de neuf ans.

Résumé de Lullaby
Un matin du mois d’octobre, Lullaby décide de ne plus aller en cours. Elle écrit à son père, glisse dans un sac quelques objets et, empruntant le chemin des contrebandiers, part en direction de la plage. Un petit garçon qui revient de la pêche, une jolie maison grecque, mais surtout le soleil et la mer remplissent ses journées d’ivresse et de liberté. Un jour, pourtant, il faut revenir à l’école. Qui donc voudra croire à son étrange voyage ? Une rêverie adolescente lumineuse et poétique, une héroïne en quête de liberté. Retrouvez l’immense talent d’écrivain de J.M.G. Le Clézio, auteur contemporain majeur.
De l'autre côté de la colline, la villa Kerylos apparut sur sa presqu'île.

De l'autre côté de la colline, la villa Kerylos apparut sur sa presqu'île.

PROJET : Promenades littéraires

Projet bilingue (Français/Anglais) transversal
Mme Basso : professeur de communication/secrétariat Mme Pécheur : professeur d’anglais-français

PRESENTATION DE LA CLASSE DE TMS2 :
Un souvenir de la visite du musée Masséna en mai 2010

Fanny, Marine, Elodie, Shérazade, Fatima, Katia, Anne-sophie, Rania, Sarah, Saranda, Anissa, Alhem, Naourez, Aurélie, Dalhia, Moinourou, Maëva, Jurjura, Sameh, Hajer, Bérangère, Jessica, Aurélie.

A la rentrée 2010, nous décidons des possibilités de parcours littéraires, projets répartis sur les trois trimestres :

- Nice avec Jean-marie Gustave Le Clézio,  à la fin octobre 2010 : esprit des lieux où l’auteur a vécu, écoute des mots, des voix, des vagues.
Thèmes retenus : Sensations, impressions, la fuite, la mer, la curiosité (au-delà, par-dessus ...), l'adolescence.

- Menton avec Katherine Mansfield, à laquelle je consacrerai un article ultérieurement.

 

Jour 1 : Promenade du lundi 18 octobre 2010

La marche vers la mer – partons et voyageons ... avec JM G. Le Clézio.

I - Travail préparatoire en classe : a) Sur l’auteur :

- Une courte biographie est établie par deux élèves (Fanny et Moinourou)

Nous nous attachons surtout à ce qu’il dit ou écrit car ses mots guideront et donneront ses couleurs à notre promenade. Peut-être laisseront-ils quelques traces à l’intérieur de nous-mêmes.

Ainsi, il nous dit :

« Ce n’est pas par hasard qu’il y ait cette rencontre entre le fait de lire et celui de vivre au bord de la mer ».

« Je crois profondément que les livres sont des éléments les plus dangereux d’une époque, les plus beaux aussi, les plus risqués pour celui qui les lit et celui qui les écrit. »

« Lire ou écrire, je ne vois pas la différence. C’est un tout ».
« Je me souviens, j’avais le sentiment du danger éminent représenté par le livre. »

et sur Nice :

Nice, la ville du Livre des Fuites, la ville des errances anciennes et des nouvelles. Ville des jardins quadrillés de massifs de lauriers et de haies de cyprès. J.M. Le Clézio est là, accoudé à la balustrade.

Promenade du bord de mer, errant vers le quartier de l’est, (...) longeant les villas blanches et les jardins de palmiers. Nice, toujours Nice.

« la ville immobile, étendue entre mer et montagne, sombre comme une grande flaque. »

b) Lectures préparatoires en classe :

Nous lirons la nouvelle « Lullaby » en entier et nous travaillerons des extraits choisis par nous.
Nous travaillerons l’extrait que nous avons choisi de lire à voix haute, comme un musicien travaille une partition : nous poserons notre voix, notre respiration. Nous écouterons les silences, le rythme, le souffle pour donner vie au texte qui en retour, nous fera voir, sentir, entendre le paysage autour de nous.

Puisses-tu, « Lullaby », petite berceuse du bord de cette mer Méditerranée ... nous accompagner parce que «je me suis retrouvé, par ma naissance, devant cette mer, et il fallait bien que j’en fasse quelque chose . »

c) Nous préparons une note de service pour l’organisation de la journée (Jurjura et Saranda), à partir des lectures et des renseignements que nous avons collectés sur les lieux en relation avec J.M. G. Le Clézio.

(à insérer)

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Le 18 octobre arrive. La veille, il a beaucoup plu. Mais le matin se lève, clair et lumineux.
Nous partons de la Place Garibaldi.
Première étape : chercher l’appartement où Jean Marie Le Clézio a vécu avec sa famille. Nous avons pour cela une photo de sa chambre et la vue sur le port. Nous savons que la famille Le Clézio occupe tout un étage, le troisième d’un immeuble à gauche de l’église Notre-Dame du port, plus connu sous le nom de palais du duc d’Astraudo. Trois fenêtres donnent sur le port. Nous avons également une photo du balcon en façade et des sculptures d’inspiration grecque.

Nous rencontrons un monsieur qui attend le bus pour aller chez le dentiste. Il nous indique l’endroit exact où a habité l’auteur. Il a bien connu Le Clézio et s’en souvient bien. Dans les années 70, le vieil immeuble aux fières colonnades à l’italienne, tombe en ruine. Quant au bureau de Le Clézio, il n’est pratiquement pas chauffé !

Nous nous engouffrons dans le « spacieux escalier de marbre blanc et sous les plafonds à caissons », là, nous y évoquons l’auteur, au centre de sa chambre où brille un astre étrange : une ampoule électrique.

De nombreux livres (Terra Amata, L’Extase matérielle, le Livres des Fuites) comptent tous de singulières pages sur cette ampoule qui jette des éclats fulgurants, qui s’éteint et se rallume sans fatigue. C’est étrange, cette fascination véritable et insistante pour ce conducteur d’électricité alors que le père, médecin en Afrique, en rejette l’existence et lui préfère la lampe à pétrole ou la bougie.« Ampoule électrique, ampoule électrique, sauve-moi ! Viens à mon aide ; Permets que j’entre dans ta sphère de silence, à l’intérieur de ta bulle de verre fragile. »

 

 

Nous admirons les fières colonnes de la Place Ile de Beauté, face au port  où a vécu JMG Le Clézio.

 

Deuxième étape : Lectures

Nous longeons le port et partons vers la Réserve et « les rochers blancs comme des icebergs. »

Dalhia lit Lullaby : (photo de Sarah)

« Le jour où Lullaby décida qu’elle n’irait plus à l’école, c’était encore très tôt le matin, vers le milieu du mois d’octobre. (...)

Il y avait beaucoup de soleil et en se penchant un peu , elle put voir un morceau de ciel bleu.... Au-dessus des toits des   voitures arrêtées, la mer était bleu sombre, et il y avait un voilier blanc qui avançait difficilement. Lullaby regarda tout cela, et elle se sentit soulagée d’avoir décidé de ne plus aller à l’école.
Elle retourna vers le centre de la chambre, elle s’assit devant sa table, et sans allumer la lumière elle commença à écrire une lettre. »

.

Anne-Sophie lit à voix haute et claire : On entend les vagues qui se brisent plus bas.

(photo de Sarah)

 

« Dans les rues, le vent n’était pas le même. Il tournait sur lui-même, il passait en rafales qui claquaient les volets et soulevaient des nuages de poussières. Les gens n‘aimaient pas le vent ...
Lullaby marchait dans les rues à grandes enjambées, les yeux à moitié fermés à cause de la poussière.

Rania : (photo de Sarah) « ça faisait plusieurs jours maintenant que Lullaby allait du côté de la maison grecque. Elle aimait bien le moment où, après avoir sauté sur tous ces rochers, bien essoufflée d’avoir couru et grimpé partout, et un peu ivre de vent et de lumière, elle voyait surgir contre la paroi de la falaise la silhouette blanche, mystérieuse, qui ressemblait à un bateau amarré. Il faisait très beau ces jours-là, le ciel et la mer étaient bleus, et l’horizon était si pur qu’on voyait la crête des vagues. (...)

 

Katia :
(...) « Les rochers blancs semblaient des icebergs debout sur l’eau. Un peu penchée en avant contre le vent, Lullaby marcha un moment le long de la côte. (...) Elle aurait bien voulu revoir la belle maison grecque aux six colonnes, pour s’asseoir et se laisser emporter jusqu’au centre de la mer.(...) Alors elle s’assit sur une pierre et essaya d’imaginer la maison.»

Elodie : (photo de Sarah)

« Le soleil frappait fort sur la mer, et grâce au vent froid, Lullaby sentit que ses forces revenaient. Elle sentit aussi le dégoût, et la colère, qui remplaçaient peu à peu la crainte. Puis soudain, elle comprit que rien ne pourrait lui arriver, jamais. C’était le vent, la mer, le soleil. Elle se souvint de ce que son père lui avait dit un jour, à propos du vent, de la mer, du soleil, une longue phrase qui parlait de liberté et d’espace, quelque chose comme cela. Lullaby s’arrêta sur un rocher en forme d’étrave, au-dessus de la mer, et elle renversa sa tête en arrière pour mieux sentir la chaleur de la lumière sur son front et sur ses paupières. »

Anissa
(photo de Sarah)

Le vent tombait d’un seul coup, et elle sentait toute la lumière du soleil qui l’enveloppait doucement, qui électrisait sa peau et ses cheveux. Elle respirait plus profondément, comme quand on va nager longtemps sous l’eau. Lentement, elle faisait le tour du grillage, jusqu’à l’ouverture. Elle s’approchait de la maison, en regardant les six colonnes régulières blanche de lumière. A haute voix, elle lisait le mot magique écrit dans le plâtre du péristyle, et c’était peut-être à cause de lui qu’il y avait tant de paix et de lumière :
« Karisma...»

Le mot rayonnait à l’intérieur de son corps. (...)
Les rayons de lumière sortaient d’elle, par ses doigts, Par ses yeux, sa bouche, ses cheveux, ils rejoignaient les éclats des rochers et de la mer.

Saranda :

« Très doucement d’abord, puis à voix de plus en plus haute, Lullaby chantait l’air qu’elle n’avait pas oublié, depuis tant d’années :

Where the bee sucks, there suck I ;* In the cowslip’s bell I lie :
There I couch when the owls do cry. On the bat’s back I do fly

After summer merrily :
Merrily, merrily shall I live now,
Under the blossom that hangs on the bough.

*poème de Shakespeare

Sa voix claire allait dans l’espace libre, la portait au-dessus de la mer. Elle voyait tout, au-delà des villes, des montagnes. »

 

Visite de la villa grecque Kerylos à Beaulieu

 

Hager :
« Lullaby sentait son corps s’ouvrir, très doucement, comme une porte et elle attendait de rejoindre la mer (...) Son sorps resterait loin en arrière, il serait pareil aux colonnes blanches et aux murs couverts de plâtre, immobile, silencieux. C’était l’arrivée vers le haut de la mer, tout à fait au sommet du grand mur bleu, à l’endroit où l’on va enfin voir ce qu’il y a de l’autre côté. Le regard de Lullaby était étendu, il planait sur l’air, la lumière, au-dessus de l’eau
.

Jurjura :
« Lullaby était pareille à un nuage, à un gaz, elle se mélangeait à ce qui l’entourait. Elle était pareille à l’odeur des pins chauffés par le soleil, sur les collines, pareille à l’odeur de l’herbe qui sent le miel. Elle était l’embrun des vagues où brille l’arc-en-ciel rapide. (...) Elle était le sel, le sel qui brille comme le givre sur les vieux rochers ou bien le sel de la mer, le sel lourd et âcre des ravins sous-marins. »

 

«La lumière scintillait sur leurs crêtes, comme du verre pilé »

ATELIER D’ECRITURE :

« Ecrire, nous dit Jean-Marie Gustave Le Clézio, c’est aller voir de l’autre côté de la colline ».

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Notes et remarques de lecture :

Lullaby fait corps avec les éléments naturels (les nuages, les pins, l'herbe, le miel et la lumière), elle est et devient ces éléments. Comme dans beaucoup de romans de J.M.G. Le Clézio, ses héros et héroïnes sont solaires et rayonnent longtemps à l'intérieur de nous. Je pense que les élèves, dans leur jeunesse éclatante, ont très bien compris ce qui les relie à ce personnage, sa poésie.

J'ai gardé de cette journée un souvenir radieux, où j'ai vu les jeunes élèves, baignées de lumière et ouvrant un livre, bercées par le murmure répété des vagues. C'était un peu les mots de J.M.G Le Clézio qui  adoucissaient leurs gestes et leurs traits.

J'invite les élèves à regarder la mer, son scintillement et à garder dans le creux de leurs mains, comme un trésor,  cette image que nous offre JMG Le Clézio : "La lumière scintillait sur leurs crêtes, comme du verre pilé."  

Notre chemin de lecture

Notre chemin de lecture

Une des photos de Sarah

Une des photos de Sarah

Une des photos de Sarah : Anne-Sophie

Une des photos de Sarah : Anne-Sophie

Une des photos de Sarah : La blanche villa Kérylos

Une des photos de Sarah : La blanche villa Kérylos

Une des photos de Sarah : Voir la mer de la villa Kérylos

Une des photos de Sarah : Voir la mer de la villa Kérylos

J'ai beaucoup d'autres photos prises par Sarah, qui a pris son rôle de "reporter" au sérieux, et dont les points de vue illustrent bien le sentiment que nous avons partagé. Malheureusement elles dépassent souvent 8Mo, taille maximum autorisée par la plate-forme.

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ATELIER AMI : PLUME-DE-POETE-ET-SES-DEFIS N°273

Je vous propose à nouveau de participer à l'atelier d'Evy et de relever ses défis.

Aujourd'hui elle nous propose le thème de la danse, thème ô combien désiré. 

J'ai eu envie  de le relever, car la danse traverse mon blogue de part en part, au rythme des articles. En tant que geste inscrit dans un espace,  la danse impose un langage, une écriture, une musicalité,  une tonalité, et est l'un de mes motifs favoris.

Mais bizarrement  le défi d'Evy  a décidé aujourd'hui de me jouer un tour, de glisser et de m'échapper. Le sujet me résiste, je tourne autour, j'essaie de l'attraper au vol, de courir derrière, rien ... Comment vais-je  le tenir et le relever ?

Je remarque que j'emploie déjà des mots en rapport avec la danse : un tour (tourner), glisser, échapper (échappée), vol, courir ... Serais-je sur la voie ? Laissons les mots s'installer sans les retenir.  

Il est 16h40. C'est lundi

Je suis assise et mon corps est lourd

mes doigts collent au clavier.

Je me lève, prend un crayon, un cahier,

mon masque,

et je file à la plage.

 

 

DÉFIS N °273 : THÈME " DANSE " LISTE DE MOTS "

Défis n °273 : Thème " Danse " Liste de mots "
 

Evy organise chaque semaine un défi

Vous avez le choix dans la liste ci-dessous et la semaine pour le faire 

D'écriture, Poésie, Acrostiches, Citations, texte d'Auteurs, Haïku,  prose etc...

 

Vous pouvez rejoindre son blog :

 

Plume-de-poète-et-ses-defis

Les défis d'Evy              

De créa  d'image, de gif, de photo, peinture, dessin, Vidéo, musique Reportage etc...

Ayant pour règle un thème imposé

Où 10 mots

Ouvert du Dimanche au Dimanche  

Vous faites comme ça vous arrange

Même si vous dépassez la semaine

Un grand bravo aux participants 

Cette semaine le thème du 05/07/20 au 14/07/20

C'est " Danse "

--- Les 10 mots 

Lumière, Tourbillons, Remonte, Irrécupérable, œil, Pleurer, Installe, Pluie, Voyage, Instant... 

On peut conjuguer , mettre au pluriel ou singulier 

et ou féminin , masculin, ou féminin ou masculin...

 

 

Nice, balancement des vagues

Nice, balancement des vagues

Voici ma participation, 

 

 

                         Je m'installe sur les galets, clapotis des vagues

                                 Poème de l'instant et d'aujourd'hui 

 

Une pluie de lumières

Arrondit

le visage de la pleureuse

Enlacée par la vague

Dans une étreinte perpétuelle

Goûts salés,  eaux amères

Et amours  lasses.

Quelle est la raison de sa raison perdue ?

Pourquoi ces yeux noyés,

Galets inconsolables.

Chaque vague morte

Monte et remonte,

Et les vagues vont et viennent

Inlassablement, indéfiniment,

L'une après l'autre recommencée,

Berceuses mouvantes

De nos âmes vagues,

Tourbillons rapprochés de lumières

Rangs serrés qui toujours se resserrent

Emportant dans leur marche 

Irréversible,  inéluctable,

Le corps de celle qui dansait sur les nuages

Embrassée par la mer

Mais lassée des voyages

Laissée au balancement  

Telle une algue chevelue

Telle une Ophélie irrécupérable

"Flottaison blême, noyée pensive"*

Ainsi vont  les jours  s'épuisant

et plongeant  leurs yeux de soleil

Dans "le poème de la mer"*

Où l'Occident s'abîme et s'éteint.

 

Laurence Marie Noé    le 6 juillet 2020   Nice  (30°)

* Allusion au poème d'Arthur Rimbaud : Le Bateau Ivre

 

 

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L'ECRITURE CURSIVE, UN TRESOR DE BIENFAITS AU QUOTIDIEN

Photo de couverture :  "Bruit originaire" de Charlotte Pringuey-Cessac  (MAMAC de Nice - Décembre 2019)

Ecrire c'est saisir au vol des pensées-plumes et apercevoir le monde

Laurence Marie Noé

Châteauneuf-Villevieille, ruines et paysage déchiré dans les Alpes-Maritimes.

Châteauneuf-Villevieille, ruines et paysage déchiré dans les Alpes-Maritimes.

 

Le plaisir d'écrire à la main, de former les lettres, les mots écrits dessinent le fil conducteur de la pensée.   A vos crayons !  Ecrivez comme vous dessinez, pour écrire tout simplement. 

 

 
Voici pourquoi il faut réintroduire
l’écriture cursive à l’école

L’enseignement de l’écriture cursive – en lettres attachées - n’est plus à la mode dans de nombreux programmes scolaires. Les anciennes générations sont parfois choquées par l’incapacité de certains jeunes de signer un document officiel ou même de lire une note manuscrite.

Certaines provinces canadiennes observent un déclin de l’enseignement et de l’apprentissage de l’écriture cursive. En Ontario, par exemple, cet enseignement n’est plus obligatoire, quoique les enseignants soient libres de l’inclure.

Cela reflète une tendance lourde, qui consiste à privilégier la communication plutôt que de se concentrer sur l’enseignement et l’évaluation de l’écriture à la main en tant que telle.

De la maternelle à la neuvième année scolaire, le curriculum en Alberta stipule que les étudiants y apprennent à « écouter, parler, lire et écrire ». Il envisage également des résultats qui requièrent l’écriture, comme la capacité d’établir des liens entre des idées. Mais le curriculum n’impose pas d’évaluation des capacités d’écriture. Bien que la nouvelle ébauche du curriculum albertain de 2018 fasse mention de l’écriture cursive, elle n'est pas identifiée comme une compétence.

Au Québec, la majorité des élèves de l’école primaire apprennent actuellement l’écriture script en 1re année et l’écriture cursive en 2e année.

Au-delà de la nostalgie pour l’âge pré-numérique, il y a de bonnes raisons de réintroduire l’écriture cursive à l’école. Ayant mené, avec d’autres experts, des études sur la corrélation entre écriture et littératie, j’ai découvert que le fait de développer sa maîtrise de l’écriture manuscrite, de façon à ce qu’elle devienne automatique, joue un rôle important dans la littératie. L’écriture, c’est également un élégant témoignage de l’aptitude humaine pour la littérature écrite, et un symbole inspirant de la force unique de la parole.

Est-ce trop difficile?

Dans notre monde de culture numérique, certains pourraient croire que l’apprentissage de l’écriture est sans intérêt et gaspille un temps d’apprentissage précieux. Mais frapper la touche « d » sur un clavier ne relève pas du même processus mental que de la coucher sur papier. Taper sur un clavier peut attendre.

Pour certains, l’écriture cursive semble être démodée et faire partie d’un certain nombre de polices d’écriture désuètes et trop dures à maîtriser, avec ses pleins et déliés difficiles pour les muscles des petites mains ainsi que pour la mémoire visuelle.

Mais écrire n’est difficile que si ce n’est pas automatique, et par conséquent inscrit dans la mémoire à long terme. Les recherches en cours en neuroscience soulignent l’importance du développement de compétences automatiques, ce que les psychologues en éducation appellent le la charge cognitive.

Ce que nous avons appris du domaine des sports et des arts du spectacle souligne l’importance d’acquérir des connexions neuronales qui permettent la fluidité du mouvement. C’est la même chose avec la lecture et l’écriture : ce qui nous permet de libérer notre créativité ou d’interpréter les éléments d’une histoire est lié à notre capacité d’écrire de manière automatique.

Le manque de maîtrise

C’est à partir de la 4ème année du primaire que les exigences cognitives s’accélèrent brusquement : les élèves doivent « livrer » vite et mieux. Or, ceux qui sont capables d’écrire couramment ont une plus grande capacité de mémoire qui leur permet de planifier, d’organiser, de réviser et de récupérer un vocabulaire sophistiqué.

Mes collègues et moi avons réalisé une étude auprès de 250 élèves de quatrième année dans une école en Alberta. Nous avons constaté que seulement près de la moitié avaient atteint le niveau requis d'apprentissage en écriture.

Leur capacité d’écriture était insuffisante pour communiquer la complexité du vocabulaire et des idées à laquelle on s’attend d’élèves de quatrième année. La plupart des élèves disposaient d’un vocabulaire à l’oral qu’ils étaient incapables de transférer sur une page. Leur inaptitude à atteindre le niveau d’expression requis à ce stade de leur scolarité est associé à un phénomène que les chercheurs nomment le « marasme de quatrième année », une baisse des résultats dont les élèves risquent de ne pas se remettre.

Améliorer les résultats de littératie

Les écoles peuvent faire mieux, en commençant tôt. Il ne s’agit pas seulement d’enseigner l’écriture cursive, mais aussi de mettre plus d’accent sur toutes les écritures imprimées, l’épellation et le développement de la dextérité. Cette approche est essentielle pour établir les bases de la littératie entre la maternelle et la troisième année.

Si l’on souhaite atteindre de meilleurs résultats académiques en quatrième année, il faut, sur la base de ces compétences acquises plus tôt, enseigner aux jeunes élèves à attacher leurs lettres de façon à obtenir une écriture lisible et fluide.

Steven Graham, un expert de l’éducation spécialisée, de la littératie et de l’écriture à l’université de l’État de l’Arizona, suggère de commencer par enseigner l’écriture manuscrite traditionnelle pour ensuite passer à ce qu’il appelle l’écriture mixte principalement manuscrite, où l’élève apprend à écrire avec un trait continu.

De même, l’experte en alphabétisation précoce Sibylle Hurschler Lichtsteiner donne l’exemple d’une transition entre lettres manuscrites et lettres attachées. C’est une évolution naturelle, avec un soutien académique, du style initial d’écriture des enfants de 2ème et 3ème année du primaire. Une fois que les jeunes enfants ont intériorisé mentalement ces formes de lettres, ils peuvent, avec un peu de pratique, généraliser et reconnaître divers types d’écriture cursive.

Le pouvoir du crayon

Il existe des témoignages sur le pouvoir de l’écriture cursive. Le film Il faut sauver le soldat Ryan a rendu célèbre l’histoire de la lettre à Mme Bixby écrite à la mère de garçons tués durant la Guerre de Sécession. Bien que les historiens ne s’entendent pas à savoir qui est l’auteur de cette missive, le président américain Abraham Lincoln ou l’un des membres de son entourage, l’intérêt soutenu qu’elle a suscité au fil des ans témoigne de l’importance de l’écrit manuscrit, qui permet d’exprimer sa personnalité et son attention tout en frappant l’imaginaire.

De nos jours, c’est la plus jeune lauréate jamais récompensée par le prix Nobel, Malala Yousafzai, qui nous le rappelle :

Si la reconnaissance mondiale de Yousafzai est d’abord le fruit de son blogue, c’est dans son livre Le crayon magique de Malala qu’elle établit une connexion entre l’élégance et la qualité de l’écriture d’un enfant et sa puissance d’agir.

L’écriture de Yousafzai est désormais symbolique de son plaidoyer. Elle démontre la force de l’apprentissage de l’écrit, sa relation profonde à l’identité humaine, et son pouvoir de rappeler au monde la puissance d’agir pour le bien. Bien avant elle, c’est la jeune Anne Frank qui en a fait de même dans son journal.

Nous handicapons nos enfants en faisant abstraction du savoir de ceux qui nous ont précédés. Ceux qui apprennent à épeler et à écrire de manière lisible et fluide seront mieux outillés pour s’exprimer avec confiance et surmonter les petits irritants, comme la perte de courant d’un objet numérique.

Il est grand temps de remettre l’écriture cursive au curriculum à travers le Canada.

* * * * *

Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduite avec permission.

L'ECRITURE CURSIVE, UN TRESOR DE BIENFAITS AU QUOTIDIEN
 
Il faut écrire, mais dessiner aussi
Dans une récente lettre aux lecteurs parue dans Le Soleil, M. Yvan Giguère fait l’apologie des grandes vertus libératrices de l’âme par l’écriture, nous permettant de nous découvrir et de cerner les grandes valeurs de la vie : la dignité humaine, le respect, la solidarité, l’harmonie, l’équilibre partout.

Il y a également le langage visuel et son immense potentiel à explorer. La couleur et ses nuances et ses contrastes et ses textures traduisant les grandes et les petites lumières émanant de la vie observée par l’artiste sachant la lire avec vive observation et profonde intuition pour en dégager une vision personnelle. C’est par le geste spontané, libre, authentique que l’artiste nous parle, nous surprend, nous interroge et nous invite à explorer le mystère de la création prenant racine dans cet élan spontané et naïf de l’enfance et toute son amplitude d’innocence.

Il faut aussi dessiner ou réhabiliter ce plaisir de jouer avec la ligne et la couleur pour retrouver notre premier contact avec la vie...

Douglas Beauchamp, Québec

 

 

 

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