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AU BOUT DE LA NUIT LA LUMIERE - CHARLES JULIET - L'HOMME QUI MARCHE

Charles Juliet : Le jour baisse

Charles Juliet : Le jour baisse

Charles Juliet vient de publier deux livres et c'est un évènement. J'espère, grâce à cet article,  vous donner l'envie de  les lire  calmement et profondément.

Car Charles Juliet se déguste, s'apprivoise et on ne le quitte plus.

 

 

 

Avec le titre de cet article, je pèse mes mots, chaque mot, afin de ne pas peser sur ce que représente l'oeuvre de Charles Juliet  immense, et que fort heureusement je n'ai pas fini de découvrir. J'ai cherché un titre qui reflète la personnalité de Charles Juliet et j'ai rêvé en lisant ses deux derniers livres que je l'accompagnais un instant sur son chemin, en effleurant chaque mot, comme des pas qui avancent sans bruit vers la lumière.

L'homme qui marche, c'est peut-être lui ou celui de Giacometti.

Je lis et je relis et je ressens toujours le même plaisir. Peut-être cela vient-il du fait que Charles Juliet amène ce qu'il dit avec prudence, cherchant une vérité qui parfois se réfugie plus volontiers dans le silence que dans les mots. Son silence est perceptible, et à ce moment là, on tourne délicatement les pages de son journal, de peur de réveiller quelque chose qui préfère rester tapi dans l'ombre.

Cela vient peut-être de la marche qui parcourt ses écrits. La marche est terrienne, elle nous enracine et accroche les pas aux mots et les mots aux pas. Elle se fait aussi silence et rêve.

Ainsi j'ai pu lire au cours des dernières années quelques uns des livres de son journal, publiés régulièrement chez P.O.L. Voici quelques uns des titres : 

- Traversée de nuit   Journal II    1965-1968

- Accueils                  Journal  IV  1982-1988

- Apaisement            Journal  VII  1997 - 2003

- Gratitude                 Journal IX    2004-2008

On perçoit le chemin à travers ces titres, beaux comme des moments dentelés. Des moments tissés fil après fil, des moments intenses. On lit, on lit et on ne s'en détache plus.

Bien sûr j'ai également lu Lambeaux  Gallimard - Folio (l'histoire de ses deux mères : l'esseulée et la vaillante, l'étouffée et la valeureuse,  ), et Au pays du long nuage blanc chez Gallimard, Folio (son voyage en résidence à Wellington en Nouvelle-Zélande).

L'année de l'éveil     Folio N° 4334 - récit de ses années passées comme enfant de troupe.

Ainsi que : L'incessant, Théâtre publié chez P.O.L.

 

Chaque moment de son journal semble important, vécu, et parfois plusieurs fois au cours des années.  Et je vis avec lui entièrement  ces (ses) rencontres, ces (ses) réflexions, toujours personnelles, singulières.  Je me trouve face à  mon propre miroir et me reconnais souvent dans ce qu'il écrit. Il ne s'occupe pas des modes, des tics de l'époque, il va sur son chemin, vers l'humain qu'il est, toujours plus près, et toujours plus près de sa vérité. Charles Juliet n'en finit pas de naître à lui-même, avec une sincérité et un style à lui, qu'il veut dépouillé de l'égo (qui embarrasse, orne le moi de  trompe-l'oeil, gonflé d'orgueil et de suffisance).

Je me demande, mais cela n'appartient qu'à moi-même, et je ne suis pas sûre que Charles Juliet adhèrerait à ce que je dis : Brisé, séparé de sa mère,  alors qu'il n'avait pas encore le langage, Charles Juliet, poète de l'absolu, tente de rejoindre ce moment ou il était entièrement dans ce qu'il ressentait, et n'avait pas les mots. Cette blessure à laquelle il revient, inlassablement est la source de son écriture, elle est inséparable de son écriture et c'est bouleversant. Mais il y a autre chose aussi, le mystère de la naissance de cette écriture, qui continue son chemin, ses méandres,  inlassablement.

j'écris aussi un journal depuis de longues années.  Je trouve beaucoup de connivences, de sensibilités proches, mais son journal lui appartient et je me sens à sa lecture comme une invitée privilégiée au bord de ses mots. La poésie est pour moi également la langue la plus proche de l'indicible, proche du langage musical ou de celui de la danse, proche du corps et de l'esprit. Je trouve en Charles Juliet, une langue que je comprends et que je savoure sans empressement. Charles Juliet a besoin de temps, il le prend, et "je me hâte lentement" à le lire. 

Si vous n'avez pas encore rencontré Charles Juliet, lisez son journal, qui est le  témoignage de sa vie d'écrivain.  L'enfant, adopté par une famille suisse aimante, qui vit dans l'Ain,   est un petit paysan  qui connait mieux les champs et les vaches que les livres, car chez lui, il n'y a aucun livre. Lire son journal du début jusqu'à maintenant, c'est aussi assister à la naissance d'un grand écrivain, qui  utilise la parole avec précaution, qui la rend précieuse donc. Il sait l'engagement que les mots portent en eux, et se veut un écrivain "de peu de mots", paradoxe qui donne le vertige et la mesure de la profondeur  de ses écrits.

 

J'ai pris avec moi  : Le jour baisse  Journal X  2009-2012 et  Pour plus de lumière, une Anthologie personnelle 1990-1992,  un recueil de poèmes qui dit (selon ses mots) sa connaissance de l'expérience intérieure dont ils sont nés.

J'avais commandé ces livres au début du deuxième confinement auprès de deux libraires que j'affectionne particulièrement et qui font vivre la librairie indépendante "Les journées suspendues" à Nice. J'ai donc eu le plaisir d'aller les chercher comme un cadeau du ciel. Quelle récompense !

 

Les mots les plus simples, les plus justes. Une entreprise rigoureuse et exigente (télérama 3695)

Les mots les plus simples, les plus justes. Une entreprise rigoureuse et exigente (télérama 3695)

RIMES RICHES  _ POESIE  

Le choix de Télérama  N° 3695

 

cela

    comment le nommer

    comment l'inscrire

    en un poème

 

cela

   qui fissure

   chaque instant

   me coupe

   du quotidien

   vide de sa substance

   ce qui m'est accordé

 

cela

   qui me porte

   me jette en affamé

    à la rencontre de la vie

    fait monter

    au-devant de mes pas

    cette lumière

    que je ne peux atteindre

 

Extrait de , L'autre chemin  in  Pour plus de lumière. Anthologie personnelle 1990-2012

Ed. Poésie/Gallimard  448p.   11,30 euros

 

 

Le meilleur hommage à Charles Juliet est ce qu'il écrit lui-même, et je vais m'adonner au difficile exercice de la sélection, forcément arbitraire ... Ne tenant aucun compte du temps, de la chronologie ou des associations d'idées qui tissent la toile serrée de son oeuvre.

Je choisis le passage de sa rencontre avec Bram Van Velde, évènement fondateur où Charles Juliet va voir apparaître les mots comme une possibilité, un terrain d'expériences, d'amitiés, de partage.

p 79  de : Le jour baisse   Jounal X  2009-2012 chez P.O.L.

En 1964, un jour d'automne, à Paris, sans but, il "hume l'air de Paris".

"Un matin. Paris dans le brouillard. Je flâne boulevard Saint-Germain, plein de ferveur et d'ennui. La ville inconnue m'angoisse. J'ai devant moi toute une journée que je ne sais à quoi employer. Je n'ai même pas un peu d'argent pour aller rêvasser dans un café. Comment tuer le temps ? Je n'ose pas entrer dans une librairie et je ne peux envisager non plus  de me risquer dans un musée.

En marchant je tire de ma poche un petit carnet et je le feuillette. Parmi les notes, se trouve l'adresse d'un peintre, un certain Bram Van Velde. Descombin, un ami sculpteur, l'a rencontré, et cet homme lui a fait une forte impression. Je me souviens même de la phrase prononcée par ce peintre et que le sculpteur m'avait citée : En peignant, je cherche le visage de ce qui n'a pas de visage. A l'époque je comprenais cette phrase sans la comprendre et j'avais maintes fois cherché à saisir ce qu'elle signifiait."

..............................................................................................

Il décide de lui rendre visite, se trouvant justement à côté de son appartement.

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A cette époque, je ne savais rien de la peinture, et bien évidemment rien de cet homme, rien de son oeuvre. Intimidé, en plein désarroi, je découvre que je n'ai rien à lui dire. Le silence se fait lourd. L'homme regarde par la fenêtre, et à plusieurs reprises, son regard m'effleure et interroge. Tout en m'efforçant de dominer mon affolement, je cherche à rassembler le courage de lui dire que je le remercie de m'avoir reçu et de vite me sauver, mais les mots que je prépare ne parviennent pas à franchir mes lèvres. Je suis effondré et furieux contre moi. De longues minutes s'écoulent.

Comprenant sans doute ce qui se passe, il propose que nous allions marcher dans la rue. Une fois dehors, j'arrive à lui poser quelques questions et une conversation s'engage coupée de longs silences.

Nous allons et venons dans les allées du Jardin du Luxembourg. Puis comme la nuit tombe, il m'invite à dîner, et la rencontre qui avait failli tourner court, s'est achevée à minuit.

Ainsi est née une relation qui s'est progressivement muée en amitié."

...

Quelques paroles tirées de Rencontres avec Bram Van Velde.

- C'est par la misère que j'ai approché la vie.

- Ce qu'il faut, c'est se laisser dominer.

- L'important, c'est de n'être rien, mais n'être rien, simplement rien, c'est une expérience qui fait peur. Il faut tout lâcher.

- Plus on est perdu, plus on est poussé vers la racine.

- Celui qui n'a pas connu l'écrasement ne connaît pas la vie.

- Pour l'artiste c'est tout ou rien. Si ce n'est pas tout, ce n'est rien. 

- L'artiste est le porteur de la vie.

- Ce qui m'a frappé au long de mon existence c'est l'immense lâcheté des hommes face à la vie. Une lâcheté véritablement sans limite.

- L'artiste est celui qui doit veiller sur son être.

- Les multiples pouvoirs du faux et l'extrême faiblesse du vrai, c'est cela le tragique.

- Il est difficile de garder l'oeil sur le tout.

.....

Ainsi va Charles Juliet, page après page, accueillant les paroles qui le font avancer, qui le tiennent debout,  ensemble parmi ses lambeaux.  

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Goûtez également les poèmes de Charles Juliet dans :

Affûts - 1990 in Pour plus de lumières - Anthologie personnelle 1990-2012

Poésie/Gallimard.

un extrait de Affûts : p62

mais ce cri 

de l'attente

que fissure

le doute

accroché au flanc

de la paroi

 

c'est là que tu veilles

interroges

écris

cherches à gagner

en hauteur

dominer le vertige

élargir ta vision

 

et tu observes

scrutes notes

guettes cette lumière

qui semble monter

derrière la crête

 

puis à bout  de fatigue

revenu à tes semblables

tu voudrais parler échanger

donner ce que tu as vu

 

ils t'écartent

 

poursuivent en hâte

leur chemin

 

tu creuses

tu rampes

tu t'ouvres

un passage

 

mais tu n'es

jamais

prêt

 

jamais assez

aguerri

 

jamais digne

d'affronter

la rencontre

 

alors tu lis

enquêtes sondes

questionnes

 

et sans relâche

tu progresses

 

puis te portes

d'un bond

au plus extrême

 

et là

            doigts gourds

            mains tuméfiées

au lieu de rafler

ce dont tu espérais

te saisir

dans un trouble

infini

tu palpes

le mystère

 

La préface écrite par Jean-Pierre Siméon, en petits paragraphes thématiques, forme un portrait ciselé dans l'étoffe même dont est fait Charles Juliet. Tout parle, dit, insuffle, prend vie au plus près de la vérité complexe de la simplicité désirée de Charles Juliet. Son dépouillement.

Je vous en choisis un passage mais je voudrais vous lire cette préface toute entière ...

P19

LE MOT NU, LE MOT NU

Eliminer, effacer, cherche le "nu perdu" (l'intérêt que Char a manifesté pour Juliet ne pouvait décidément pas être de pure courtoisie), c'est, quant à l'écriture, l'artisanat quotidien du poète. Quitter les peaux mortes, cet intime travail de deuil, "dénudation qui prépare la vue de la seconde naissance", ne peut en effet se concevoir que dans un égal effort d'arracher les mots à leurs gangues, polysémie errante, épithètes dorées, bimbeloterie sonore ... Discipline du peu et du moins. La récurrence du mot "nu" dans la poésie de Juliet agit comme le rappel d'un la, elle remémore, comme une clause de conscience, la juste tonalité morale à quoi doit s'accorder la voix.

"Dans cette juste / lumière/ demeurer/ nu" : c'est-à-dire neuf, recommencé et réuni. Le nu est l'envers de l'un.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le livre qui raconte comment il fut dépossédé de sa mère

Le livre qui raconte comment il fut dépossédé de sa mère

A la Grande Librairie avec François Busnel France 5 20h50 le mercredi.

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CEUX DE 14 - MAURICE GENEVOIX - LE POETE DES POILUS, DES ANIMAUX ET DE LA LOIRE

Je voudrais rester à jamais sur le versant du soleil (Maurice Genevoix)

Les trente mille jours

Le soldat Maurice Genevoix  né en 1890 dans la Nièvre

Le soldat Maurice Genevoix né en 1890 dans la Nièvre

Soldat, poète, ami des "bêtes" et de la nature

Soldat, poète, ami des "bêtes" et de la nature

Les trente mille jours - Les bords de Loire, La Sologne

Les trente mille jours - Les bords de Loire, La Sologne

Le charme singulier de Maurice Genevoix joue ici, plus puissamment encore que dans aucun de ses livres. D’une enfance sur les bords de la Loire au secrétariat perpétuel de l’Académie française, en passant – surtout – par l’effrayante déchirure de la Grande Guerre, ces pages retracent neuf décennies de fidélité à soi-même. Qu’il évoque une marche au brame dans les forêts de Sologne, le regard des compagnons massacrés dans la boue des Éparges ou les premières terreurs d’un enfant découvrant la mort, Maurice Genevoix témoigne de la même douceur obstinée, de la même 'justesse' au sens fort qui nous font complice fraternel de sa mémoire. Il y a dans ces Trente mille jours paisiblement restitués l’illustration – et l’explication – du "mystère Genevoix".

"Les misères, les horreurs dont j'avais si souvent pantelé, la nostalgie poignante qu'elles faisaient se lever en moi, l'angoisse et aussi le regret, à chaque minute ravivés, de perdre à tout jamais tout ce que j'avais aimé, visages, ciels, lumières sur l'eau, bleu d'une forêt sur l'horizon, l'ivresse soudaine et pathétique de revoir, de reconnaître, d'aimer et d'aimer mieux encore tout cela qui m'était redonné" Les Trente Mille Jours" Maurice Genevoix.

Qui lit encore Genevoix ?   J'avais lu Raboliot à quinze ans. Mais c'est seulement en 2014 que j'ai rencontré Maurice Genevoix à la bibliothèque Raoul Mille à Nice où j'ai pris son livre "Les Trente mille jours". Je m'attendais à un style un peu raide et ce fut tout le contraire.  Il reste  un émerveillement, par la finesse de sa perception, de ses sentiments, de son humanisme. Ne pas le lire c'est se priver d'une voix singulière, particulière,  inoubliable et d'une jeunesse éternelle. Comme toute voix singulière, elle se différencie et s'imprime en nous. Ses mots sont non seulement précis et justes, mais ils font partie de la beauté du monde. Ils affinent notre vision, et ils font du bien à l'âme.

Si Maurice Genevoix écrit comme cela c'est que l'on peut revenir de l'enfer ... et peut-être en sortir.

La voix de Maurice Genevoix, j'aimerais qu'elle arrive jusqu'à vous, dans toute sa simplicité, sa vérité.

Pourquoi lisez-vous  cet article? que cherchez vous à travers le  regard de ces  jeunes soldats ? Cet écrivain poète aimait par dessus tout la douceur de la Loire, de ses animaux, de ses bois. Personne mieux que lui n'arrive à nous faire sentir les moments de bonheur qu'il connaît depuis l'enfance, et l'immense tristesse de les avoir perdus  à jamais. Une conscience profondément humaine et ciselée par des yeux qui voient et qui sentent tout ce qui lui est précieux et donc tout ce qu'il y a de précieux dans la vie. D'autant plus qu'à douze ans, il connaîtra le premier effondrement de ce monde merveilleux avec la mort de sa mère.

J'ai découvert Maurice Genevoix en 2014. Je pensais trouver un style un peu guindé, académique. Et ce fut un enchantement. Il a aussi nourri, coloré  cette  nostalgie que j'éprouve à l'égard de cette génération foudroyée et figée dans la mémoire comme une longue blessure silencieuse. 

Pour moi, la guerre de 14, ce sont toutes ces  statues de soldats dans tous les villages de France et ces listes interminables de noms de soldats morts à l'aube de leur vie. Qui s'arrête encore devant ces monuments qui rappellent le nom des pères, des frères, des fils, des maris, des amis. Parfois on peut voir le même nom de famille cité cinq, six fois. Je me suis mise à photographier avec la douceur d'une caresse, ces petits soldats arrêtés dans leur élan de pierre ou de bronze.

Pour moi, la guerre de 14, c'est mon grand-père,  Arthur, tassé sur lui-même, assis dans son fauteuil râpé et sans couleur et son clair regard de ciel, perdu dans ses rêveries et comme posé, sur les glaïeuls et les dahlias qu'il cultivait pour fleurir les tombes.

On n'osait pas le déranger. Il ne parlait pas. Ma grand-mère, Jeanne,  ne parlait pas non plus. On soupirait ... beaucoup, on se regardait en soupirant, on se quittait en soupirant et on pleurait en soupirant. Nous ne savions rien de cette tristesse qui les habitait mais elle nous habitait aussi. Elle venait de  ... Et pourtant j'ai connu chez eux tant de joies, tant de plaisirs. Mon enfance en fut illuminée. Je me suis  régalé de généreuses tartines de confiture de groseilles du jardin, de tartes aux mirabelles, de soupes à l'oseille, de fromage blanc servi à la louche, et le vieux poirier, ce vieux poirier ... avec ses poires toutes petites et dures mais que nous dégustions comme des fruits défendus et désirables, et ... et les truites argentées, et les brochets  ... et nos petits goujons, et la Moselle et nos bains glacés, son eau claire et vivante d'algues et de galets aux yeux de mica, le canal, ses écluses et le pont-canal, les forêts de saules qui bordent la rivière et qui balancent leurs longues chevelures argentées de pleureuses. Quel bonheur ! images fugaces mais tenaces, ineffaçables qui viennent encore colorer et soutenir mes moments présents. 

Ils habitaient les Vosges, la Lorraine, dans la maison au bout de la cité Jeanne-d'Arc à Golbey, une cité ouvrière. Je le nomme Arthur le Magnifique, c'était mon grand-père.

Jamais il ne nous a parlé de la guerre. Ses mots étaient peut-être retenus dans ses larmes.

Je n'ai reçu aucun mot de mon grand-père paternel. Je n'ai reçu aucun mot de ma grand-mère. Et pourtant j'ai tout reçu, une immense vague chaude et salée, peut-être ce qu'on appelle l'amour ? On ne nous disait jamais "je t'aime",  "mon coeur" comme on l'entend aujourd'hui, mais c'était là, et nous, enfants, nous le sentions et nous nous sentions au coeur du monde.

Ils m'ont appris tant de choses. Ma grand-mère était catholique. Mais elle n'a jamais essayé de nous convertir. Quand je triturais son chapelet en pierres violines avec envie, elle me disait qu'elle m'en offrirait un. Elle priait doucement,  régulièrement et sans ostentation. C'était le souffle de sa vie. 

Pendant ce temps, j'étais élevée dans la laïcité et l'amour de l'école publique. C'était ma religion, qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à celle de ma grand-mère ou de mon grand-père. La même exigence,  la même dignité, la même source. Ma grand-mère avait épousé Arthur, Alsacien et protestant. Tout allait de soi et avait sa place légitime.

Ma grand-mère Jeanne travaillait comme sage-femme dans la campagne profonde et parfois emmenait mon père encore petit, dans les maisons où se passaient les accouchements.  Ainsi me mit-elle au monde dans sa propre maison. J'en mesure toute l'étrangeté et la beauté  aujourd'hui. Ces moments vécus entre entre ma mère, ma grand-mère et moi ont cimenté nos liens. Nous étions proches naturellement, biologiquement. 

Les mots restaient à leur place, en retrait par rapport à une réalité  forte,  enracinée, originelle.

 

Je terminerai par une phrase de Maurice Genevoix :

"Laissons venir, voulez-vous ? Et puis nous marcherons, nous irons au devant, comme ce matin. Je dis bien au devant, ce qui doit venir viendra, il y aura forcément rencontre". 

Maurice Genevoix nous laisse un héritage extraordinaire, parce qu' après avoir connu l'enfer du front  il peut encore écrire  sur "l'invincible espérance des hommes".

J'aimerais dire aux jeunes d'aujourd'hui combien je trouve cette phrase importante. Cette croyance je l'ai peut-être reçue comme une pluie bienfaisante le jour où je suis née.

 

 

Le soldat Arthur Noé

Le soldat Arthur Noé

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MON ATELIER PREFERE : LES MOTS NOIRS ET CEUX DE LUMIERE

Eugène Delacroix - Deux chevaux arabes bataillant

Eugène Delacroix - Deux chevaux arabes bataillant

Relisez l'atelier : L'ECRITURE CURSIVE, UN TRESOR DE BIENFAITS AU QUOTIDIEN (ci-dessu)
 

 

A la suite de la lecture de la peinture de Soulages, je vous propose aujourd'hui d'aller cueillir des mots noirs et des mots de lumière, de vous laisser porter par leur musique et d'écouter comment ils résonnent en   vous. Vous pourrez les assembler comme dans un collage. Laissez-vous aller à la poésie, au rythme, aux sons de ces mots et construisez (peut-être des phrases, des paragraphes ou, touchez les et admirez leur (choré)-graphie sur la page blanche. Ils peuvent devenir dessin, ou dessein (le vôtre) ou destin  (que voulez-vous faire de ces mots cueillis et accueillis, arrachés peut-être, coupés, cisaillés, ou au contraire délicatement posés, collés, mariés ou séparés. Ils sont la matière, le matériau de l'écriture.

Vous pouvez construire ou déconstruire, inventer ou vous attacher à ce que vous voyez dans l'instant, à ce que vos rêveries vous amènent à voir de la réalité, à sentir, à penser.

Vous pouvez rapprocher ou éloigner, dire clairement ou suggérer, ou ne pas dire, éviter, remplacer ... rejeter ou aimer.

jusqu'à ce que cela fasse sens pour vous. 

Mes ateliers se veulent d' une grande liberté poétique mais ils voudraient aussi jaillir d' une base solide (lectures des langages de différents artistes ou auteurs anciens ou contemporains. Aujourd'hui je vous ai proposé le  peintre Soulages, mais vous pouvez avoir d'autres références). Il est important pour moi d'être libre dans l'écriture, libre même de copier ... pourquoi pas ? vous pouvez alors détourner, transformer ces modèles, ces références, ces écrits pour vous les approprier, ou les copier à l'identique à condition de toujours donner le nom de l'auteur et de l'artiste que vous copiez.  

- Prenez une feuille blanche. (plutôt une grande feuille A3 pour vous laisser de l'espace ... pour la respiration)

- Allez chercher un dictionnaire  (Le petit Larousse illustré) et feuilletez le avec délice

- Partez d'un mot : Noir par exemple, et vagabondez autour de ce mot (ceux qui sont à côté selon l'ordre alphabétique, les synonymes, les dérivés, les mots associés par le sens, par le son - Homonyme - ou  contraires). N'oubliez pas le mot "Lumière" ...  Cherchez votre chemin, trouvez votre pas.

- Recherchez l'étymologie (l'origine linguistique et l'histoire de ce mot ...)

- Chaque étape peut déclencher l'écriture, ouvrir une piste ... 

- Il suffit de se laisser aller et de prendre plaisir à chaque étape 

- Ecoutez votre voix ... faites vous plaisir.

- Ajoutez du liant (la grammaire) comme pour construire une maison, un palais ... il faut du ciment, ou de la bouse de vache, ou de la terre et du sable ... ou rien comme pour les murs en pierres sèches. L'effet ne sera pas le même.

- En passant un moment avec les mots qui vous parlent , et vous inspirent, vous venez de vivre quelque chose ... d'important et d'intense et que vous pouvez intensifier à loisir.

Toutes les formes d'écriture sont acceptées (dessins, poèmes, photos, mélanges de techniques etc.)

 Envoyez-moi vos productions diverses dans l'espace "commentaires" en bas de l'article ou à :

plauranice@gmail.com

 

- langues admises : français, anglais, espagnol, italien, allemand ... vous avez le choix.

 

Vous pouvez vous mettre à l'oeuvre sans attendre.

Sous peu et ceci dés que je pourrai, je publierai quelques fragments sur ce thème ... 

Je vous souhaite beaucoup de plaisir  à vivre cet atelier 

 

 

 

Et voici 

Tout d'abord la recherche de mots noirs et de lumière :

Noir : 

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L' OUTRENOIR AVEC PIERRE SOULAGES

Portrait d'un jeune-homme de cent ans en 2020

Portrait d'un jeune-homme de cent ans en 2020

Noir de nos âmes,  du deuil.  Subissons-nous l'influence néfaste des astres, comme les latins l'entendaient (siderari) ?

Nice, l'insouciante, la ville rose et ocre, la ville nacrée au bord de la Méditerranée, est à nouveau plongée dans les ténèbres.

Mon chemin m'amène aujourd'hui  vers Pierre Soulages et sa vision du noir. 

Dans son atelier, une nuit de janvier 1979, Soulages est confronté à un doute devant ce qu'il peint. Il patauge dans une espèce de marécage noirâtre, depuis des heures, il décide d'aller se reposer. A son retour dans l'atelier, Pierre soulages découvre ce qu'il ne pressentait pas : Sur la surface intégralement noire du tableau, la lumière joue par reflets et anime toute la matière peinte. Soulages inlassablement travaille et grave la matière pour donner naissance à des reliefs dans une suite de gestes. Il met au jour des espaces différemment captifs de lumières et laisse naître des éclats scintillants sur les arêtes de ces espaces nouveaux.

Pierre Soulages peint la lumière avec la couleur noire. Nous baignons dans l'oxymore de ces deux termes contradictoires et réconciliés. Il appelle cela l'outrenoir, c'est à dire quelque chose au-delà du noir, qui se rapproche de la lumière.

Il peint avec un noir lumineux et chatoyant. "Mon noir, c'est celui dont vient la lumière".  Ainsi la lumière vient des plus profondes ténèbres. Les ténèbres engendrent la lumière. 

 

 

Soulages   Le noir de la lumière.

Soulages Le noir de la lumière.

Soulages trouve le sens de sa peinture dans les questions que se pose Mallarmé  sur son écriture. "Sait-on ce que c'est que d'écrire ? Une ancienne et très vague, mais jalouse pratique dont gît le sens au mystère du coeur."

Par sa peinture, il élève l'homme au niveau du divin, et du sacré. L'homme qui crée devient ce souverain couronné.

Saint-Jean-de-la Croix parle avec l'intensité mystique qu'on lui connait, de ces "sons noirs que sont le mystère".

Le noir de Saint-Jean-de-la-Croix, c'est le noir absolu. C'est la nuit de l'âme sans Dieu.

Le noir de Soulages c'est celui qui amène la lumière.

"Ma peinture ne vaut que comme cela" dit-il. "Les liens que j'ai avec les êtres, ceux qui comptent vraiment passent toujours par le spirituel".  Mes engagements sont d'ordre artistique et spirituel. Soulages s'engage sur le chemin de la couleur noire.

Soulages a cherché la lumière pendant des années pour les vitraux de l'abbaye romane Sainte-Foy à Conques. "Je pense que cette lumière nous vient de très loin" nous dit-il, du noir infini de l'univers et du soleil qu'il découvre dans son enfance comme une étoile au milieu de millions d'autres, une toute petite étoile. Conques capte l'essence même de cette lumière, mais de l'intérieur le verre lui donne des qualités infinies, qui se diffusent différemment suivant les moments du jour, les saisons et suivant les nuits noires ou lunaires.

Le noir de Soulages ouvre les esprits aux mystères de la lumière, c'est à dire de la création. Il ouvre vers ce que l'on ne connaît pas, ce que l'on peut appréhender sans jamais posséder.

Les ténèbres dans lesquels nous nous perdons actuellement amènent-ils également vers la lumière ?

Le désir vient en peignant, nous dit-il. Ce que je ressens également avec l'écriture. Le désir d'écrire vient en écrivant. J'écris et je vis en même temps, et l'écriture "se faisant" me pousse à explorer ce grand mystère qu'est notre vie, à m'interroger et à voyager comme une vagabonde. Je me trouve au bord du monde comme au bord d'une merveille à observer.

Soulages n'édifie pas une théorie de sa peinture. Il n'est pas idéologue. Il montre juste un aspect de sa propre découverte, une vérité qui ne bloque pas les autres vérités. Une lumière au bout du chemin, son chemin, merveilleuse parabole d'un possible qui n'impose pas sa manière de voir, en concept.

Sa peinture est et c'est tout. 

Nous la recevons et pouvons la partager avec lui dans sa simplicité, c'est comme cela que Soulages  nous la présente.

Etre touchée par cette lumière, en arrivant à Conques à pied par les chemins de Compostelle, c'est une expérience qui transforme la vision du monde. Du moins je m'en souviens de cette manière.

 

 

Les vitraux de l'Abbaye de Sainte-Foy à Conques  (Soulages)

Les vitraux de l'Abbaye de Sainte-Foy à Conques (Soulages)

Je vous laisse en compagnie de ce peintre qui peut avoir ce pouvoir d'éclairer nos ténèbres. Je ne me fourvoierai dans aucun message lié à l'actualité.  D'aucuns y trouveront peut-être une vision du monde.

 

Dans le prochain article je vous proposerai un atelier : cueillir les mots noirs et les mots lumineux et écrire.

Car écrire fait du bien, je viens encore de l'entendre dans une émission de France Culture ce matin. 

En attendant, vous pouvez relire l'article sur l'écriture cursive, c'est à dire l'écriture à la main ... bénéfique physiquement et intellectuellement. 

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DANS LES TENEBRES - AU REVOIR MONSIEUR PATY

On ne s'habituera jamais aux ténèbres. On ne s'habituera jamais à la barbarie.

"On ne s'habituera jamais à l'innocent qu'on tue"   A Samuel Paty (Gauvin Sers, chanteur compositeur)

Message de condoléances à la famille de Samuel, mort assassiné parce qu'il exerçait son métier d'enseignant et y croyait, tout simplement. 

Repose en paix Samuel,  

 

Au revoir là-haut, Monsieur Paty

(Depuis si longtemps que nous tentons d'éclairer les ténèbres, n'entendez-vous pas nos pas dans la nuit ?)

 

Je marche

Je ne veux rien montrer. Je choisis le noir. Le noir du voile qui recouvre 

ma tristesse

Je porte les mots noirs  des ténèbres

 un cri  inaudible

les mots  silence

                   Des mots je n'en ai pas  je n'en ai plus. Ils se sont asséchés, taris, noircis

Mots muets plus vivants que tous les mots 

Ce sont des mots qui ne veulent plus parler

de peur de peindre le mal

                    et qu'on ne le voit plus

 

Des mots sans couleur

Des mots muets

et sourds

             de peur qu'ils fassent plaisir à ceux

qui ont ...

mot couvert

par l'indicible 

              à cause des mots

ceux pour rire

ceux pour éclairer

ceux pour dire ou ne rien dire

               ils n'ont rien compris

au chagrin sans mot des hommes

qui ne pleurent pas

Celui-là  les disait les prononçait  les partageait

Et ceux-là

Ceux qui ont arrêté le vent des mots vivants

des mots des vivants

               ils n'ont rien compris

 

            Les mots je ne veux plus les prononcer

De peur de mentir

De peur de travestir

De peur de froisser

              De peur qu'ils ne s'en aillent

              ailleurs autrement 

 

De peur d'éteindre la possibilité

et d'étouffer le filament

de lumière

et de voix

              qui nous reste

 

A Samuel, enseignant d'histoire-Géographie au collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine,

Assassiné le vendredi 9 octobre 2020, en sortant du collège, parce qu'il a seulement voulu instruire.

De Laurence Marie Noé,

Enseignante d'Anglais et de Lettres, mais aussi fille de professeure de Français et d'instituteur de la République Française, tous deux passionnés et engagés auprès des jeunes.  

Nice le 21 octobre 2020,

 

Dans : Poèmes noirs de l'instant des ténèbres

Au-delà des mots, la lumière

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Carte postale de Nice, le 21 octobre 2020  (14 heures)  envoyée mentalement à Samuel Paty,

 

Au revoir Monsieur Paty,

A tous les enfants que tu as aimés et instruits.

Aujourd'hui, en remontant l'avenue qui va de la place Masséna à La Libération, le trottoir brillait plus ardoise que jamais. Mon regard fut attiré tout à coup par ce noir, lisse et doux comme une peau que la brusquerie d'un coup de vent  dispersa et découpa. Et ce fut  une longue trace de lumières éparses, des étoiles tombées du ciel. C'était la pluie des feuilles ciselées des platanes. Des morceaux de vies.

Des jaunes éclatants   virevoltaient. Ils se rassemblaient en tas ou se dispersaient en courant sous les pieds des enfants qui essayaient de les attraper dans leurs petites mains, sous le regard envieux de leurs frères ou de leurs soeurs plus jeunes, attachés contre leur gré dans leur poussette. Le ciel était d'un bleu soutenu, sans ombre, sans tache. Ce spectacle m'apparut charmant et pourtant je le trouvai cruel. Comment le soleil osait-il briller et crier si fort ?  On sentait comme une douceur qui réchauffait l'âme.

La vie continuait, je remonterais l'avenue aujourd'hui, demain, après-demain et  d'autres enfants rempliraient l'air de leurs cris joyeux et éphémères pour l'éternité.

D'autres enfants naîtraient  et toujours on se souviendrait.

Laurence Marie Noé, 

Photographies de l'instant (polaroïd)

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MON ATELIER D'ECRITURE : (3) AUTOPORTRAITS D'ADOLESCENTS NICOIS

Nous voici à nouveau devant la contemplation d'écrits d'adolescentes de 1ère (STG) d'un lycée de Nice. Ces poèmes, parfois maladroits, parfois fulgurants, sont le reflet de leur personnalité mal affirmée. J'ai laissé les fautes d'orthographe et vous voudrez bien leur pardonner (lorsque cela ne gêne pas trop), notamment les terminaisons de verbes, d'adjectifs (subi/subit, sais/sait, noir/noire, tracé/tracée) ainsi que l'orthographe des homonymes (soit/soi), pour la bonne raison qu'en français, les terminaisons ne se prononcent pas, et qu'il faut sans cesse analyser ou se référer à l'histoire,  pour accorder et trouver la bonne terminaison des mots.  Bien sûr, cela fait partie de la beauté du français, mais explorer le monde merveilleux du  dictionnaire et ses mots ou  le fameux Bescherelle et son art de conjuguer n'est pas pour elles une partie de plaisir, comme cela a pu l'être pour moi et l'est encore.

Pour ces adolescentes, qui n'écrivent pratiquement jamais, lisent peu ou distraitement, je trouve qu'elles ont réussi à parler d'elles-mêmes dans un langage qui ne leur est pas forcément familier, mais qui obéit à une logique interne, du début à la fin, et je les ai découvertes avec toute leur sincérité. Elles voulaient vraiment faire un portrait qui leur ressemble et non pas comme les autres les voient dans la vie.

Je n'ai pas voulu "corriger" leurs essais, car ces fautes sont aussi les témoins de leurs failles, de leurs fragilités, leurs maladresses, de leurs révoltes, mais aussi de leur délicatesse et de leurs espoirs. Les ratures auraient modifié leur élan. Pour une fois, les fautes adhéraient à leur personnalité et je ne voulais pas me faire juge. Je voulais qu'elles trouvent passionnant de se décrire et de s'amuser avec son image ou au contraire de se prendre au sérieux,  pour une fois.

 

Ecoutons leurs voix et laissons vibrer leur personnalité à travers leur autoportrait.

 

 

 

 

Voici le poème de Souhir, 17 ans.

Souhir (16 ans)  se voit en 3D

Souhir (16 ans) se voit en 3D

Mélinda C. 17 ans  se regarde et voit son chat

Mélinda C. 17 ans se regarde et voit son chat

Eva 17 ans -  Pan ! Comment se faire entendre  dans un monde de sourds ?

Eva 17 ans - Pan ! Comment se faire entendre dans un monde de sourds ?

Est-ce que la violence que montre Eva à travers ce calligramme-révolver, ne vous rappelle pas celle de cette artiste des années 1970 ? (ci-dessous)

Nikki de Saint Phalle vise celui ou celle qui la regarde

Nikki de Saint Phalle vise celui ou celle qui la regarde

Le poisson-ange d'Aline (17 ans) qui étouffe dans son bocal.

Le poisson-ange d'Aline (17 ans) qui étouffe dans son bocal.

Minuscule et transparente Myriam ... (16 ans)

Minuscule et transparente Myriam ... (16 ans)

Jurjura se voit libre et douce comme la colombe

Jurjura se voit libre et douce comme la colombe

Continuez de m'envoyer des photos de vos autoportraits (dessins, photos, lettres, acrostiche, calligramme, sonnet, recettes ...) C'est vous qui choisissez la forme et les mots que vous voulez utiliser et qui correspond à ce que vous voulez exprimer, ou que vous n'arrivez pas à exprimer. 

Utilisez la partie "commentaires" à la fin de cet article ou envoyez-moi vos productions à :

plauranice@gmail.com

Ce sera un plaisir pour moi de les publier.

A bientôt ...

 

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MON ATELIER PREFERE : (2) L'AUTOPORTRAIT A L'ADOLESCENT

Autoportrait à compléter .... ou à gribouiller   Laurence Marie Noé

Autoportrait à compléter .... ou à gribouiller Laurence Marie Noé

Voici quelques créations de jeunes adolescents ou d'enfants.

septembre 2020 :

La première création est un dessin à la craie trouvé par hasard sur les pavés de Granile (village de la vallée de la Roya, à côté de Tende). J'ai imaginé que des mains enfantines avait  tracé cet autoportrait. La beauté qui en émane vient de son côté fortuit et éphémère, du silence et du mystère de cette libellule inachevée  à compléter selon l'imagination de son propre regard. A l'heure ou j'écris cette page, cette apparition  a probablement disparu, effacée par les pluies de fin d'été. Cette idée d'apparition et d'effacement, de rencontre fortuite font partie de la beauté. La beauté s'efface, perd en évidence au fil du temps et des saisons. 

autoportrait sur les pavés de Granile (Alpes-Maritimes)  à piétiner et à compléter

autoportrait sur les pavés de Granile (Alpes-Maritimes) à piétiner et à compléter

Un autoportrait  réalisé par Elsa E., élève de seconde.  

J'aime beaucoup comment elle se lance dans le sujet ... en creux, par un manque ... qu'elle réussit à apprivoiser.

Autoportrait écrit par Elsa E. élève de seconde

Autoportrait écrit par Elsa E. élève de seconde

Maybe you can make yourself an idea out of  this enigmatic portrait ? Who is hiding behind the questions and the words ?

Zehra B., a student of 17 years old wrote it as it came up to her mind ... and it sounds beautiful, doesn't it? 

MON ATELIER PREFERE : (2) L'AUTOPORTRAIT A L'ADOLESCENT

And now a text written by two teens. A twin self-portrait by Joyce and Jihane, 17 years old  students of 1B in France.

MON ATELIER PREFERE : (2) L'AUTOPORTRAIT A L'ADOLESCENT

J'espère que ces publications de créations d'autoportraits adolescents, vous auront inspirés.

N'hésitez pas à m'envoyer vos créations par courriel avec vos documents en pièces jointes (dossiers imprimés .pdf ou photos de vos dessins, textes etc.) Vous avez le choix de la forme que vous voulez donner à votre autoportrait.

J'attends vos messages sur plauranice@gmail.com

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ATELIER DE LECTURE ET D'ECRITURE : (1) MON AUTOPORTRAIT D'ADOLESCENT

C'est la rentrée, une rentrée bizarre après des vacances bizarres, habitée de fantasmagories.  Avant de revêtir votre costume de collégien ou de lycéen, accordez-vous un moment avec vous-mêmes et partagez le résultat de  vos investigations et de vos expériences.

Les adolescents sont poétiques. Ils le sont dans leur chair et dans leur vie, car ils sont la vie même. 

Ils se trouvent à la naissance d'eux-mêmes, ils cherchent, tâtonnent, reculent, font des bonds, marchent de travers, se questionnent, questionnent le monde, font du bruit, se révoltent ou veulent s'effacer. Il sont,  veulent être, et cela leur suffit. Cela leur prend toute leur énergie dans la recherche de leur beauté, selon des critères qui sont les leurs. Il sont au bord d'un monde qui s'ouvre peu à peu à leur curiosité. Puissent-ils la conserver toute leur vie et utiliser cette énergie pour grandir.

Ils font des millions de selfies mais souvent s'égarent dans des modèles proposés par la publicité, les films, les séries, les télé-réalités. Ils se cherchent à travers ces selfies mais ne trouvent qu'une image falsifiée, stéréotypée, mécanique d'eux-mêmes ... Cette image ne peut qu'être décevante, car elle manque de sincérité, de justesse, de créativité et ne sont que des copies de modèles qui existent. Mais les adolescents passent aussi par cette phase d'identification et d'imitation, souvent un passage obligé pour se connaître et se confronter à eux-mêmes.

Lorsqu'on  propose l' écriture ou la lecture de poèmes, comme une possibilité de connaissance de soi et du monde,  la plupart  peuvent être amenés à penser qu'ils n'y comprennent rien, et que, par conséquent décider que cela n'est pas pour eux. Mais pourquoi vouloir tout comprendre et tout expliquer. Ne peut-on parfois méditer, admirer, ressentir, douter ?  La poésie permet l'exploration du monde et ne demande aucun équipement spécial qu'il faudrait se procurer à tout prix pour pratiquer. Seul le plaisir d'explorer, de découvrir de nouvelles voix et de nouvelles voies  (quelles qu'elles soient) nous guide vers un enchantement.   

J'ai pu observer que l'écriture poétique correspondait complètement à cette période de l'existence, c'est à dire à l'enfance et à l'adolescence. A ce moment-là  les adolescents pénètrent dans cette écriture d'une manière presque naturelle, comme quelque chose qui leur appartient et qui leur offre un chemin qu'ils ne soupçonnaient pas. La poésie a ce pouvoir de faire tomber les préjugés et les stéréotypes, toutes ces certitudes qui n'en sont pas.  La poésie est cet espace de liberté auquel les adolescents aspirent pour peu qu'on leur propose avec enthousiasme et sincérité.

Dans cet atelier, je propose d'explorer toutes les possibilités d'écriture : calligraphies, dessins, peinture, découpage, accumulations, superpositions de différentes techniques : dessin et texte, photo et dessin (avec des crayons, peintures ou avec un stylo numérique). Texte seul sous forme de poème libre, ou  petit texte en prose.

Vous pouvez écrire une lettre à vous-même ou un courriel. Si vous deviez vous écrire à vous-même, que vous diriez-vous ?  (utilisation du pronom "tu" ou "vous")

Les possibilités sont infinies et infiniment diverses et la forme choisie servira votre projet d'autoportrait. La forme est aussi un élément d'expression.

Je pense à moi,  je me regarde, qui suis-je ? Au-delà des apparences qu'est-ce que je veux montrer ou cacher, suis-je un ou multiple ?  Je peux me constituer un magasin de lectures d'images, de tableaux et de lectures de poèmes, de nouvelles et  de romans, poussé(e) par la curiosité, le souffle du vagabondage.

Vous pouvez démarrer votre création par une métaphore, basée sur un jeu bien connu des enfants : Si j'étais un animal, une fleur, un objet ...

J'ai hâte de voir et de lire vos autoportraits ... Ecrivez, rêvez, riez, pleurez ... mais soyez cette plume légère  qui vous caresse ou vous griffe. Laissez vous guider par le plaisir de vous découvrir un peu, de soulever le voile et nous montrer votre monde.

 

Vous pouvez regarder  l'autoportrait de Picasso de 15 à 90 ans (sur le site internet :

creapills.com).  

 

Autoportrait de Picasso à 15 ans et à 89 ans.

Autoportrait de Picasso à 15 ans et à 89 ans.

Autre exemple : Self-portrait (autoportrait) d'Andy Warhol.

Autre exemple : Self-portrait (autoportrait) d'Andy Warhol.

Autoportrait de Chagall, et poème Autoportrait de son ami Blaise Cendrars

Autoportrait de Chagall, et poème Autoportrait de son ami Blaise Cendrars

Vous pouvez procéder par analogies ou correspondances, c'est trouver dans l'autre des motifs qui vous révèlent.

Voici un exemple de texte sous forme d'autoportrait poétique, écrit par l'immense écrivain Blaise Cendrars, aventurier et poète, à propos de son ami, le peintre Chagall. C'est un autoportrait en abîme,qui donne le vertige, car lorsque Blaise Cendrars écrit sur Chagall, il écrit aussi sur lui-même, sur sa manière d'écrire et ce qu'il voit dans Chagall, c'est aussi   lui-même, son point-de-vue est interne, il voit dans Chagall des attitudes qu'il a déchiffrées. C'est ainsi que vous pouvez croquer votre portrait à la première personne (je) ou à la troisième personne (il, elle) ou même à la deuxième personne (tu, vous) si vous vous adressez  à vous-même.

 

Il dort
Il est éveillé
Tout à coup, il peint
Il prend une église et peint avec l’église
Il prend une vache et peint avec une vache
Avec une sardine
Avec des têtes, des mains, des couteaux…

Autoportrait de Blaise Cendrars pour Bourlinguer

Autoportrait de Blaise Cendrars pour Bourlinguer

Comment ces artistes se voient-ils ? et comment vous voyez-vous ?

 

Cet atelier, nous le garderons jusqu'en décembre. Vous avez le temps de m'envoyer vos créations sur "plauranice@gmail.com"   en joignant des dossiers PDF ou des photos de vos oeuvres dans vos courriels.

Cet atelier est aussi ouvert aux plus grands (es) sans limite d'âge, car on s'interroge toute sa vie et on passe par tant de mues !

Je publierai  vos productions dans un article au fur et à mesure de leur réception.

J'attends avec impatience. Nous pourrons ainsi montrer une sorte de kaléidoscope des adolescents en France aujourd'hui.

Je vous souhaite plein de courage, de plaisir d'apprendre, de motivation pour cette rentrée 2020

Laurence Marie Noé

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MON ATELIER PREFERE : ECRIRE SUR LES PAS DE JMG LE CLEZIO

MON ATELIER PREFERE : ECRIRE  SUR LES PAS DE JMG LE CLEZIO

Encore un pas, et nous serons
Au sommet, nous verrons la mer
Faire don de ses voiles cinglant
Vers le blanc rivage de l'enfance

François Cheng "Enfin le royaume" quatrains

Cet atelier sera ma rentrée après un mois d'interruption. Des vacances, peut-être ? Le mot vacances pourrait à lui seul, faire l'objet d'un atelier. En ce qui me concerne, j'avais besoin de me "débrancher" et de cultiver mon jardin, de mettre les mains dans la terre, les pieds dans l'eau, et diriger les yeux vers l'horizon au-delà de la colline, le plus loin possible. J'avais besoin de me laisser paisiblement aller à la lecture sans arrière-pensée, c'est à dire en oubliant le blogue dévoreur de temps et d'idées. 

Aujourd'hui, je vous propose un atelier en relation avec l'atelier de lecture autour de Jean Marie Gustave Le Clézio.

Ecrire dit-il c'est "aller voir de l'autre côté de la colline".

- Relisez l'article : "Je lis et je marche avec Jean-Marie-Gustave Le Clézio"

- Ecrivez un paragraphe, ou un poème (forme libre ou sonnet, calligramme, quatrains  ...) dans lequel vous partez pour aller voir de l'autre côté de la colline. 

- C'est une invitation au voyage, à la curiosité qui est en nous tous, à la découverte. L'important est de partir, de démarrer ou de chausser ses "semelles de vent".

- Gardez dans le creux de votre main cette image que nous offre JMG Le Clézio en regardant la mer  et  les petites vagues à la surface  : "La lumière scintillait sur leurs crêtes, comme du verre pilé."

- Ecoutez "la Mer  de Debussy",  (nombreuses versions sur Youtube), "de l'aube à midi sur la mer" Dialogue entre le vent et la mer"  ..... une merveille pour écouter la mer inlassablement.

- Emmenez-nous avec vous ... avec vos mots en bandoulière et votre âme vagabonde;

 

J'avais demandé aux élèves d'écrire également un paragraphe en relation avec ce que nous dit JMG Le Clézio sur l'acte d'écrire : "Ecrire, c'est aller voir de l'autre côté de la colline". Notre petite dérive dans les rues de Nice, dans le quartier du port est accompagnée par cette phrase comme un refrain et a pour but de déclencher le plaisir de lire à voix haute et d'écrire. 

Nous essayons de voir et de regarder "le verre pilé" ... c'est à dire la lumière qui scintille sur les vagues.

Je les invite à rendre compte de leurs impressions autour des thèmes retenus : "la fuite", "la liberté", "la sensation", "la mer". 

Je pense à "Debussy" mais aujourd'hui c'est  la mer elle-même qui portera les mots chantés  et peu importe s'ils  s'envolent et dérivent ...

Je retranscris fidèlement les paroles et les écrits de certaines élèves, de celles qui ont écrit. Bien sûr, les fautes de grammaire et d'orthographe ont été corrigées ensemble.  Il faudrait pratiquer régulièrement ce genre d'exercice pour que petit à petit toutes puissent surmonter leurs angoisses vis-à-vis de l'exercice d'écriture. Ce sont pour la plupart des élèves qui ne s'aventurent pas dans ce qu'elles ne connaissent pas. La plupart d'entre elles n'étaient jamais allées à Port Lympia ou à Beaulieu (Villa Kérylos).

 

Aurélie : 17 ans

"Tout d'abord, Lullaby est un très beau récit poétique plein de belles paroles.

L'histoire principale de ce livre, c'est la vie d'une jeune lycéenne qui habite dans une maison près de la mer. Cette jeune fille est gentille, attachante, touchante, rêveuse et très intelligente.

L'idée importante du livre, c'est l'envie de liberté qui pousse Lullaby jusqu'à la mer. Elle veut fuir la ville. Pour elle, le vent, le soleil, la mer, lui permettent de tout oublier.

C'est une histoire courte mais très riche. On suit l'auteur dans les rêveries de Lullaby. On ressent toutes ses émotions. Cette histoire comporte très peu de description physique. Tout est basé sur des sentiments ou des impressions. Nous le ressentons particulièrement dans les lettres que Lullaby écrit à son père.

J'ai beaucoup aimé ce livre pour sa simplicité : simplicité des mots choisis, simplicité de l'histoire elle-même"

Sarah (notre photographe) : 17 ans

Nous avons visité la demeure de l'écrivain, Jean-Marie Gustave le Clézio. La vue était belle su le port.

Nous avons lu des poèmes à côté de Coco Beach.

J'ai pu ressentir le paysage, sentir l'odeur de la mer. J'ai pu entendre le bruit des vagues et j'ai pu voir le bleu du ciel. C'est une expérience que je n'aurais pas pu vivre en classe.

Anne-Sophie : 16 ans

La promenade littéraire m'a semblé très créative, culturelle et captivante. 

Le matin était si agréable, si paisible que je percevais le bruit des vagues. Les oiseaux "chantillonnaient" (*) et le jour se levait. J'ai apprécié de lire ce passage de "Lullaby" que j'avais soigneusement choisi de lire à haute voix dans ce calme si reposant. la visite de la maison de Jean-Marie Gustave Le Clézio m'est apparue si intéressante, si vivante ! Tout cela m'a paru si beau, si fantastique !

La villa grecque Kerylos, l'après-midi , était d'une beauté si "fulgurante", qu'elle m'a laissée sans voix." 

(*) Chantillonner n'existe pas mais je trouve que ce néologisme est expressif, et nous l'avons gardé.

 

Katia :  17 ans

Cette belle journée, ce ciel bleu clair, ces vagues qui frappaient les rochers, ce fut ce jour-là où nous avons pu voir de beaux paysages et découvrir la splendeur de cette ville méditerranéenne, Nice.

Nous nous laissons emporter par ces doux bruits, ces odeurs marines, ces rayons de soleil qui éclaircissent nos visages. 

Le temps ralentit peu à peu et pas à pas nous avançons dans nos désirs de découverte et dans cette envie de prolonger ces instants gourmands.

S'évader au loin pour être en accord avec la nature, est à présent accessible. On se dirige vers une somptueuse villa grecque. Nous restons toujours en bord de mer et ce que l'on peut observer momentanément, est de loin une des plus belles choses vues cet après-midi là.

 

Merci à Aurélie, Sarah, Anne-Sophie, Katia pour leur  participation active à cet atelier. 

Et merci  à celles qui ont participé aux  choeurs de lecture  : Fanny, Marine, Elodie, Shérazade, Fatima, Rania, Saranda, Anissa, Alhem, Naourez, Dalhia, Moinourou, Maëva, Jurjura, Sameh, Hajer, Bérangère, Jessica.

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JE LIS ET JE MARCHE DANS NICE AVEC JEAN MARIE GUSTAVE LE CLEZIO

L'article que je vous propose de lire aujourd'hui, est la trace qui reste d'un atelier de lecture bilingue (français-anglais) et transversal que j'ai vécu avec des élèves de Terminale Secrétariat. Ce sont des élèves qui sont souvent rebutées par la lecture. La plupart sont en difficulté et ont un vocabulaire assez restreint.

C'est pourquoi, j'ai monté cet atelier (devant ensuite se prolonger par une expérience d'écriture), où le corps est engagé dans l'acte de lecture (le corps est si important pour les élèves de cet âge), et la voix qui est à la fois un phénomène physique très présent et aussi un merveilleux instrument de musique qui permet de jouer les mots, de les vivre pleinement, dans un mouvement, un souffle ... Bien sûr cette partie a été préparée en classe, dans un  choeur de récitants, puis en solistes ... nous y avons pris beaucoup de plaisir.

Le plaisir doit toujours être présent,  la lecture devient rythme, intonation, mesure, les phrases sont étirées, modulées ou scandées, une musique intérieure apparait.

 

Le livre choisi est : LULLABY     qui est le mot anglais pour BERCEUSE, et aussi le nom d'une très jeune fille, l'héroïne de ce jour d'avril 2010.

Avant de donner quelques extraits de Lullaby et le cheminement de lecture des élèves, voici un résumé, et des remarques sur ce livre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

On peut lire ce livre dés l'âge de neuf ans.

On peut lire ce livre dés l'âge de neuf ans.

Résumé de Lullaby
Un matin du mois d’octobre, Lullaby décide de ne plus aller en cours. Elle écrit à son père, glisse dans un sac quelques objets et, empruntant le chemin des contrebandiers, part en direction de la plage. Un petit garçon qui revient de la pêche, une jolie maison grecque, mais surtout le soleil et la mer remplissent ses journées d’ivresse et de liberté. Un jour, pourtant, il faut revenir à l’école. Qui donc voudra croire à son étrange voyage ? Une rêverie adolescente lumineuse et poétique, une héroïne en quête de liberté. Retrouvez l’immense talent d’écrivain de J.M.G. Le Clézio, auteur contemporain majeur.
De l'autre côté de la colline, la villa Kerylos apparut sur sa presqu'île.

De l'autre côté de la colline, la villa Kerylos apparut sur sa presqu'île.

PROJET : Promenades littéraires

Projet bilingue (Français/Anglais) transversal
Mme Basso : professeur de communication/secrétariat Mme Pécheur : professeur d’anglais-français

PRESENTATION DE LA CLASSE DE TMS2 :
Un souvenir de la visite du musée Masséna en mai 2010

Fanny, Marine, Elodie, Shérazade, Fatima, Katia, Anne-sophie, Rania, Sarah, Saranda, Anissa, Alhem, Naourez, Aurélie, Dalhia, Moinourou, Maëva, Jurjura, Sameh, Hajer, Bérangère, Jessica, Aurélie.

A la rentrée 2010, nous décidons des possibilités de parcours littéraires, projets répartis sur les trois trimestres :

- Nice avec Jean-marie Gustave Le Clézio,  à la fin octobre 2010 : esprit des lieux où l’auteur a vécu, écoute des mots, des voix, des vagues.
Thèmes retenus : Sensations, impressions, la fuite, la mer, la curiosité (au-delà, par-dessus ...), l'adolescence.

- Menton avec Katherine Mansfield, à laquelle je consacrerai un article ultérieurement.

 

Jour 1 : Promenade du lundi 18 octobre 2010

La marche vers la mer – partons et voyageons ... avec JM G. Le Clézio.

I - Travail préparatoire en classe : a) Sur l’auteur :

- Une courte biographie est établie par deux élèves (Fanny et Moinourou)

Nous nous attachons surtout à ce qu’il dit ou écrit car ses mots guideront et donneront ses couleurs à notre promenade. Peut-être laisseront-ils quelques traces à l’intérieur de nous-mêmes.

Ainsi, il nous dit :

« Ce n’est pas par hasard qu’il y ait cette rencontre entre le fait de lire et celui de vivre au bord de la mer ».

« Je crois profondément que les livres sont des éléments les plus dangereux d’une époque, les plus beaux aussi, les plus risqués pour celui qui les lit et celui qui les écrit. »

« Lire ou écrire, je ne vois pas la différence. C’est un tout ».
« Je me souviens, j’avais le sentiment du danger éminent représenté par le livre. »

et sur Nice :

Nice, la ville du Livre des Fuites, la ville des errances anciennes et des nouvelles. Ville des jardins quadrillés de massifs de lauriers et de haies de cyprès. J.M. Le Clézio est là, accoudé à la balustrade.

Promenade du bord de mer, errant vers le quartier de l’est, (...) longeant les villas blanches et les jardins de palmiers. Nice, toujours Nice.

« la ville immobile, étendue entre mer et montagne, sombre comme une grande flaque. »

b) Lectures préparatoires en classe :

Nous lirons la nouvelle « Lullaby » en entier et nous travaillerons des extraits choisis par nous.
Nous travaillerons l’extrait que nous avons choisi de lire à voix haute, comme un musicien travaille une partition : nous poserons notre voix, notre respiration. Nous écouterons les silences, le rythme, le souffle pour donner vie au texte qui en retour, nous fera voir, sentir, entendre le paysage autour de nous.

Puisses-tu, « Lullaby », petite berceuse du bord de cette mer Méditerranée ... nous accompagner parce que «je me suis retrouvé, par ma naissance, devant cette mer, et il fallait bien que j’en fasse quelque chose . »

c) Nous préparons une note de service pour l’organisation de la journée (Jurjura et Saranda), à partir des lectures et des renseignements que nous avons collectés sur les lieux en relation avec J.M. G. Le Clézio.

(à insérer)

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Le 18 octobre arrive. La veille, il a beaucoup plu. Mais le matin se lève, clair et lumineux.
Nous partons de la Place Garibaldi.
Première étape : chercher l’appartement où Jean Marie Le Clézio a vécu avec sa famille. Nous avons pour cela une photo de sa chambre et la vue sur le port. Nous savons que la famille Le Clézio occupe tout un étage, le troisième d’un immeuble à gauche de l’église Notre-Dame du port, plus connu sous le nom de palais du duc d’Astraudo. Trois fenêtres donnent sur le port. Nous avons également une photo du balcon en façade et des sculptures d’inspiration grecque.

Nous rencontrons un monsieur qui attend le bus pour aller chez le dentiste. Il nous indique l’endroit exact où a habité l’auteur. Il a bien connu Le Clézio et s’en souvient bien. Dans les années 70, le vieil immeuble aux fières colonnades à l’italienne, tombe en ruine. Quant au bureau de Le Clézio, il n’est pratiquement pas chauffé !

Nous nous engouffrons dans le « spacieux escalier de marbre blanc et sous les plafonds à caissons », là, nous y évoquons l’auteur, au centre de sa chambre où brille un astre étrange : une ampoule électrique.

De nombreux livres (Terra Amata, L’Extase matérielle, le Livres des Fuites) comptent tous de singulières pages sur cette ampoule qui jette des éclats fulgurants, qui s’éteint et se rallume sans fatigue. C’est étrange, cette fascination véritable et insistante pour ce conducteur d’électricité alors que le père, médecin en Afrique, en rejette l’existence et lui préfère la lampe à pétrole ou la bougie.« Ampoule électrique, ampoule électrique, sauve-moi ! Viens à mon aide ; Permets que j’entre dans ta sphère de silence, à l’intérieur de ta bulle de verre fragile. »

 

 

Nous admirons les fières colonnes de la Place Ile de Beauté, face au port  où a vécu JMG Le Clézio.

 

Deuxième étape : Lectures

Nous longeons le port et partons vers la Réserve et « les rochers blancs comme des icebergs. »

Dalhia lit Lullaby : (photo de Sarah)

« Le jour où Lullaby décida qu’elle n’irait plus à l’école, c’était encore très tôt le matin, vers le milieu du mois d’octobre. (...)

Il y avait beaucoup de soleil et en se penchant un peu , elle put voir un morceau de ciel bleu.... Au-dessus des toits des   voitures arrêtées, la mer était bleu sombre, et il y avait un voilier blanc qui avançait difficilement. Lullaby regarda tout cela, et elle se sentit soulagée d’avoir décidé de ne plus aller à l’école.
Elle retourna vers le centre de la chambre, elle s’assit devant sa table, et sans allumer la lumière elle commença à écrire une lettre. »

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Anne-Sophie lit à voix haute et claire : On entend les vagues qui se brisent plus bas.

(photo de Sarah)

 

« Dans les rues, le vent n’était pas le même. Il tournait sur lui-même, il passait en rafales qui claquaient les volets et soulevaient des nuages de poussières. Les gens n‘aimaient pas le vent ...
Lullaby marchait dans les rues à grandes enjambées, les yeux à moitié fermés à cause de la poussière.

Rania : (photo de Sarah) « ça faisait plusieurs jours maintenant que Lullaby allait du côté de la maison grecque. Elle aimait bien le moment où, après avoir sauté sur tous ces rochers, bien essoufflée d’avoir couru et grimpé partout, et un peu ivre de vent et de lumière, elle voyait surgir contre la paroi de la falaise la silhouette blanche, mystérieuse, qui ressemblait à un bateau amarré. Il faisait très beau ces jours-là, le ciel et la mer étaient bleus, et l’horizon était si pur qu’on voyait la crête des vagues. (...)

 

Katia :
(...) « Les rochers blancs semblaient des icebergs debout sur l’eau. Un peu penchée en avant contre le vent, Lullaby marcha un moment le long de la côte. (...) Elle aurait bien voulu revoir la belle maison grecque aux six colonnes, pour s’asseoir et se laisser emporter jusqu’au centre de la mer.(...) Alors elle s’assit sur une pierre et essaya d’imaginer la maison.»

Elodie : (photo de Sarah)

« Le soleil frappait fort sur la mer, et grâce au vent froid, Lullaby sentit que ses forces revenaient. Elle sentit aussi le dégoût, et la colère, qui remplaçaient peu à peu la crainte. Puis soudain, elle comprit que rien ne pourrait lui arriver, jamais. C’était le vent, la mer, le soleil. Elle se souvint de ce que son père lui avait dit un jour, à propos du vent, de la mer, du soleil, une longue phrase qui parlait de liberté et d’espace, quelque chose comme cela. Lullaby s’arrêta sur un rocher en forme d’étrave, au-dessus de la mer, et elle renversa sa tête en arrière pour mieux sentir la chaleur de la lumière sur son front et sur ses paupières. »

Anissa
(photo de Sarah)

Le vent tombait d’un seul coup, et elle sentait toute la lumière du soleil qui l’enveloppait doucement, qui électrisait sa peau et ses cheveux. Elle respirait plus profondément, comme quand on va nager longtemps sous l’eau. Lentement, elle faisait le tour du grillage, jusqu’à l’ouverture. Elle s’approchait de la maison, en regardant les six colonnes régulières blanche de lumière. A haute voix, elle lisait le mot magique écrit dans le plâtre du péristyle, et c’était peut-être à cause de lui qu’il y avait tant de paix et de lumière :
« Karisma...»

Le mot rayonnait à l’intérieur de son corps. (...)
Les rayons de lumière sortaient d’elle, par ses doigts, Par ses yeux, sa bouche, ses cheveux, ils rejoignaient les éclats des rochers et de la mer.

Saranda :

« Très doucement d’abord, puis à voix de plus en plus haute, Lullaby chantait l’air qu’elle n’avait pas oublié, depuis tant d’années :

Where the bee sucks, there suck I ;* In the cowslip’s bell I lie :
There I couch when the owls do cry. On the bat’s back I do fly

After summer merrily :
Merrily, merrily shall I live now,
Under the blossom that hangs on the bough.

*poème de Shakespeare

Sa voix claire allait dans l’espace libre, la portait au-dessus de la mer. Elle voyait tout, au-delà des villes, des montagnes. »

 

Visite de la villa grecque Kerylos à Beaulieu

 

Hager :
« Lullaby sentait son corps s’ouvrir, très doucement, comme une porte et elle attendait de rejoindre la mer (...) Son sorps resterait loin en arrière, il serait pareil aux colonnes blanches et aux murs couverts de plâtre, immobile, silencieux. C’était l’arrivée vers le haut de la mer, tout à fait au sommet du grand mur bleu, à l’endroit où l’on va enfin voir ce qu’il y a de l’autre côté. Le regard de Lullaby était étendu, il planait sur l’air, la lumière, au-dessus de l’eau
.

Jurjura :
« Lullaby était pareille à un nuage, à un gaz, elle se mélangeait à ce qui l’entourait. Elle était pareille à l’odeur des pins chauffés par le soleil, sur les collines, pareille à l’odeur de l’herbe qui sent le miel. Elle était l’embrun des vagues où brille l’arc-en-ciel rapide. (...) Elle était le sel, le sel qui brille comme le givre sur les vieux rochers ou bien le sel de la mer, le sel lourd et âcre des ravins sous-marins. »

 

«La lumière scintillait sur leurs crêtes, comme du verre pilé »

ATELIER D’ECRITURE :

« Ecrire, nous dit Jean-Marie Gustave Le Clézio, c’est aller voir de l’autre côté de la colline ».

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Notes et remarques de lecture :

Lullaby fait corps avec les éléments naturels (les nuages, les pins, l'herbe, le miel et la lumière), elle est et devient ces éléments. Comme dans beaucoup de romans de J.M.G. Le Clézio, ses héros et héroïnes sont solaires et rayonnent longtemps à l'intérieur de nous. Je pense que les élèves, dans leur jeunesse éclatante, ont très bien compris ce qui les relie à ce personnage, sa poésie.

J'ai gardé de cette journée un souvenir radieux, où j'ai vu les jeunes élèves, baignées de lumière et ouvrant un livre, bercées par le murmure répété des vagues. C'était un peu les mots de J.M.G Le Clézio qui  adoucissaient leurs gestes et leurs traits.

J'invite les élèves à regarder la mer, son scintillement et à garder dans le creux de leurs mains, comme un trésor,  cette image que nous offre JMG Le Clézio : "La lumière scintillait sur leurs crêtes, comme du verre pilé."  

Notre chemin de lecture

Notre chemin de lecture

Une des photos de Sarah

Une des photos de Sarah

Une des photos de Sarah : Anne-Sophie

Une des photos de Sarah : Anne-Sophie

Une des photos de Sarah : La blanche villa Kérylos

Une des photos de Sarah : La blanche villa Kérylos

Une des photos de Sarah : Voir la mer de la villa Kérylos

Une des photos de Sarah : Voir la mer de la villa Kérylos

J'ai beaucoup d'autres photos prises par Sarah, qui a pris son rôle de "reporter" au sérieux, et dont les points de vue illustrent bien le sentiment que nous avons partagé. Malheureusement elles dépassent souvent 8Mo, taille maximum autorisée par la plate-forme.

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