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MONTAIGNE ET CESAR

J'ai mis plusieurs semaines à écrire cet article. Il avait besoin du temps de l'écriture.

En ce jour pluvieux et frais de mars,  j'ai appelé Montaigne de toutes mes forces.

Ce blogue n'a pas vocation à être une tribune de l'actualité,  il se dédie à l'écriture et à la lecture, donc à lire les mots qui s'échangent et s'écrivent. Les oeuvres cinématographiques  nourrissent l'imaginaire, et s'adressent à ceux qui les lisent.

L'écriture permet la réflexion par sa lenteur et la concentration qu'elle demande. Elle permet de retrouver le fil d'une pensée. La lecture apporte des ancrages de réflexion, et de méditation.

Je reste en dehors des bruits du monde, que je trouve trop rapides, pour moi, expéditifs, obéissant à d'autres lois que celles de la réflexion. Merci à Juliette Binoche, qui vient juste de témoigner de son sentiment vis à vis de cette parodie de cérémonie.  Comme j'avais vu le film de Roman Polanski, les bruits ont fait irruption dans ma vie avec tout leur vacarme,  et ce que j'ai entendu m'a effrayée. Je ne suis pas indifférente au monde,  à ses mutations.

La lecture et l'écriture ne sont pas un repli, mais un éveil.

Il m'a semblé nécessaire, non pas de dénoncer, mais de pointer certains manquements. 

Mon opinion importe peu, ce qui importe c'est le chemin de l'écriture vers une ébauche de pensée. Car je dois dire, que certains mots, certaines paroles m'ont effarée, par leur inconsistance, leur excès.  J'ai ressenti le besoin de prendre du temps et d'écrire.

Tout excès recouvre une absence, un manquement, une inconsistance, une insignifiance, , une faiblesse, une inanité, une grossièreté de la pensée.

C'est comme cela, je n'ai jamais pu m'associer à des mouvements de foules dont l'expression première était la haine.

Je ne suis pas juge,  de quel droit puis-je condamner ?

Je m'associe évidemment à la douleur des femmes violées, de toutes les femmes violées, mais ce n'est pas parce que nous sommes des femmes que nous devons piétiner le droit de tout homme à la présomption d'innocence, et à la prescription de faits ayant eu lieu il y a trop longtemps.

Je ne suis pas juge, de quel droit puis-je condamner ?

Je suis persuadée qu'il faudra prendre un peu de hauteur (s'envoler en somme) et de lenteur pour que mon opinion puisse être audible, ou du moins se frayer un chemin au milieu du vacarme. Je ne connais rien de mieux que les écrivains ou les philosophes pour puiser des forces dans leurs écrits.

La philosophie peut nous venir en aide, nous maintenir dans un questionnement salutaire  et surtout peut  nous aider à garder nos croyances,  nos émotions, nos vociférations primitives à bonne distance,  les unes et les autres toujours prêtes à prendre le visage des dogmes et des juges,  et de tous les gardiens d'idéologies en -isme. 

Les  jugements à-priori, au couteau,  ne sont-ils pas les seuls points d'appui pour les pensées paresseuses et démonstratives en bruits et fracas, mais sans rime ni raison ?

Je ne peux me fier à mon jugement immédiat.

J'ai perçu des cris, des rages, des mots qu'il vaut mieux laisser passer.

Que veulent dire ces cris, ces rages mondaines, ces nouveaux dévôts  qui .... puissé-je avoir la prose de Molière, seraient bien vite renvoyés en quelques mots  à leurs ignorances et leurs manquements, avec humour. Ils desservent la cause même qu'ils veulent défendre et la rendent indéfendable.

Il me semble que  ce dont nous souffrons actuellement le plus, c'est d'un manque de doute, de questionnement, d'un manque de réflexion. Dire simplement : "je ne sais pas, mais je vais réfléchir" serait rafraîchissant.

Il faut du temps ... Que le temps me soit rendu, car il faut du temps, pour créer, penser, écrire et lire.

Mais non, on parle, on fait du bruit,  ... on  frappe, on fait  mal. L'opinion se fait bavardage nauséabond car elle prend sa source dans son propre bavardage qui a tendance à s'enfler pour convaincre, mais qui en réalité tourne sur lui-même, impuissant à signifier.

On veut dire "des vérités", "sa vérité". La vérité! Voilà un mot sur lequel il faut s'interroger également si on veut garder aux mots leur force et leur justesse.

Il serait bon de relire "1984" de George Orwell, et de comprendre ce qu'est la novlangue, ce langage corrompu, rigide d'un monde totalitaire qui se sert de cette langue pour corrompre la réalité.

La paix signifie la guerre,

La vérité signifie le mensonge,

La justice signifie l'injustice

Humain signifie inhumain

L'amour signifie la haine

J'ai entendu des propros lancés à la volée, des propos inquisiteurs, attendus, plats, relayés par des médias, qui en font des gorges chaudes tout en mettant en avant leur "volonté de témoigner de la parole des femmes". Il y aurait beaucoup à dire sur cette parole des femmes. On est précisément devant une réalité corrompue par un langage officiel et bien pensant. (entendre les paroles du Ministre de la Culture).

Je peux parler de ce film, qui nous est donné à voir. Je veux regarder cette oeuvre d'art. Pour le reste ... Je dis et j'affirme que je ne sais pas.

Dors,  dors ô mon beau silence, Berce moi car j'ai froid.

Je ne peux pas juger, de quel droit  puis-je condamner,   vitupérer,  accuser ?

"J'accuse" est un  film fort et singulier. Roman Polanski nous offre la beauté de son cinéma. Je veux le recevoir comme un cadeau, c'est le pouvoir du cinéma lorsqu'il se fait art. Jean Dujardin, Emmanuelle Seignier, Louis Garrel jouent juste.

La scène d'ouverture du film, me restera comme une des meilleures scènes de cinéma. La cruauté, comme une idée personnifiée,  y est magnifiquement filmée  par Roman Polanski. Une mise en scène qui  porte cette cruauté à des sommets, absente de paroles mais orchestrée comme une force qui écrase, qui dégrade.  Un lynchage officiel, cérémonial ... mais presque "pornographique"  au sens de Faulkner (mot rapporté par Isabelle Huppert, répondant à un journaliste sur ce qu'elle pensait des Césars, des jours après)

D'un côté le pouvoir de la force d'état qui organise la mise en scène de la dégradation de Dreyfus, et l'homme dégradé et condamné, seul face à l'injustice qui lui est faite.

Le geste de dégradation est un geste qui dégrade autant celui qui le commet que celui qui le subit. Le spectacle organisé en fait un geste pornographique.

D'aucuns y verront une parabole des accusations dont se défend Roman Polanski.

Je me souviens  de Tess avec Nastassja Kinski, et du Pianiste avec Adrien Brody, et je pense que Roman Polansky est un grand metteur en scène et ses oeuvres sont à voir et à revoir.

Sa récompense aux Césars est plus que méritée.

Pour le reste, je veux parler des accusations dont il fait l'objet, qu'en savons-nous ?

Ce dont je suis sûre, c'est que je ne peux ni  juger ni condamner.  La vérité est peut-être un mensonge.

Montaigne nous met en garde contre nos jugements.

Je voudrais aller chercher une piste de réflexion dans la (re-)lecture des Essais de Montaigne, vers lequel je me tourne souvent lorsque je me sens perdue, sans voix face à des jugements  qui semblent être sans fondements réels.

Je citerai Les Essais de Montaigne selon une lecture d'Hervé Caudron, professeur agrégé de philosophie,   et prendrai des phrases à méditer dans le chapitre du Jugement :

"Le jugement tient chez moi un siège magistral ..." Montaigne, Essais, III, 13.

Ainsi, de son lointain XVIème siècle, Montaigne nous parle et nous dit que nous (les hommes) sommes toujours prompts à juger (promptement).

Nous formulons des avis, nous exprimons des opinions qui révèlent nos convictions, notre point de vue personnel. "Le jugement est un outil à tous sujets, et se mêle partout" (I, 50).

Voulant réfléchir, au moins pour lui-même, sur les conditions d'un jugement éclairé, conscient de ses limites, Montaigne est amené à dénoncer, et cela d'un bout à l'autre des Essais, l'habituel dérèglement de notre esprit, prompt à se croire infaillible".

Il cherche à comprendre la logique d'un tel dogmatisme.

Comment nos opinions parviennent-elles à se croire indiscutables ? Comment des préjugés réussissent-ils à se développer, à s'étendre, à proliférer jusqu'à devenir des évidences pour presque tout le monde ? Comment deviennent-ils des vérités-mensonges ?

Comment l'opinion publique pèse t-elle sur les convictions de chacun ?

Ainsi nous parle Montaigne.

Témoin des pires cruautés et des injustices les plus criantes, Montaigne voit trop bien les conséquences du dogmatisme,  pour ne pas s'alarmer et écrire. (Je rappelle, qu'en France, au XVIème siècle, règnent les guerres de religions).

Il sait que l'opinion publique, se montre capable de conduire à des lynchages  : il lui suffit parfois de répandre des convictions haineuses sans fondement, vite amplifiées par la rumeur.

Bien juger est difficile et demande du temps. Comment l'opinion de la foule serait-elle assurée d'être vraie quand elle se laisse séduire par l'apparence et porter par l'émotion?

La folie partagée passe aisément pour du bon sens. Elle n'en est pas moins folie.

L'important n'est pas d'échapper au sentiment, à l'émotion , à la passion, mais de préserver sa liberté de jugement. Une forme d'aliénation commence chez celui qui n'est plus capable d'installer la moindre distance avec ce qu'il éprouve.

Et Montaigne nous dit  également :

Dans la colère, par exemple, nous nous laissons emporter par l'émotion. Plus rien ne compte que l'envie d'en découdre. Si nous souffrons, il nous faut un coupable, quelqu'un sur qui faire porter toute la responsabilité de ce qui nous arrive. Quitte à le construire de toutes pièces ... Nous n'avons pas toujours, hélas, besoin qu'un fait soit établi, avéré et "suivant cet usage, nous savons les fondements et les causes de mille choses qui ne furent jamais" (III, 11) Construire notre raisonnement sur une fiction ne nous fait pas peur. Plus précisément, nos raisonnements, qui peuvent être très ingénieux, sont commandés par le besoin de confirmer en permanence des convictions sans fondement. La folie aime croire qu'elle raisonne en  s'appuyant sur des observations indiscutables, sans voir qu'elle confond les "faits" et ses propres divagations.

La première forme de liberté intellectuelle, n'est-elle pas (selon Descartes qui reprend l'analyse de Montaigne) de savoir suspendre son jugement, faute de preuve ?

Je terminerai cette réflexion sur cette délicieuse phrase de Montaigne :

"La peste de l'homme, c'est l'opinion de savoir"(= c'est penser qu'il sait). Ainsi, croyant avoir raison, il nous semble vite inadmissible qu'on puisse s'obstiner à juger autrement que nous.

Voilà quelques phrases à méditer et qui seront ma réponse à cette polémique, éclairée par un esprit riche et libre du XVIème siècle, Montaigne. Je ne peux que vous encourager à lire et relire Montaigne.

Par ailleurs, relire Montaigne me relie à ma propre langue, savoureuse. Je me sens très proche de Montaigne, qui m'accueille par ses mots, ses phrases, avec générosité et rigueur. Le plaisir de lire et de raisonner, résonnent comme une musique sensuelle.

Dans la salle où a lieu la remise des Césars,  on a pu entendre une voix courageuse qui dit sans trembler et avec le sourire : "j'aime beaucoup Roman Polanski, et je suis très, très heureuse qu'il ait été récompensé. On peut ne pas être d'accord bien sûr, à condition de préserver la liberté d'opinion" Dans cette salle, où il était de bon ton d'accuser (je vous laisse continuer la phrase), la voix de Fannie Ardant était fraîche,  libre et courageuse.

Sur  les ondes, quelques jours plus tard, Isabelle Huppert évita aussi de tomber  dans le piège de l'emprise de l'opinion publique et proposa une méditation sur le mot "lynchage" qui pour William Faulkner est associé à "la pornographie".

Méfions-nous de nos jugements !  Quelle est la part des faits, et de ce que nous voulons faire dire aux faits ?

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(Je voudrais rappeler la conviction suspecte de Marguerite Duras sur la culpabilité de Christine Villemin, la mère de Grégory, le petit garçon de quatre ans retrouvé noyé et ligoté dans la Vologne.  Marguerite Duras a été aveuglée, et ignorant tout, pensait savoir).

J'ai lu les livres de Marguerite Duras et je les ai aimés, mais  je déplore sa faiblesse de jugement dans l'affaire Villemin, son attitude, son manque de discernement, de jugement. 

Elle écrit un article à scandale, « Sublime, forcément sublime », où elle décide que Christine Villemin est coupable. 30 ans plus tard, cet article controversé résonne toujours.)

C'est le pouvoir de l'art (son mystère) que de nous amener à mettre en doute nos trop grandes certitudes, qui sont souvent le fruit de notre aveuglement et de nos fantasmes. Ces fantasmes nous paraissent plus réels, car plus immédiats, plus séduisants, brûlants mais en fait,  ils sont cousus à la hâte, par les  fils de l'émotion qui doit se décharger coûte que coûte, et tout de suite.

L'Art va contre nos convictions et l'opinion publique. L'Art, comme le philosophe est peut-être au-dessus de la cité ?

L'Art n'avait pas sa place ce soir-là dans les paroles vulgaires qui ont été prononcées à la séance de remise des Césars. L'Art s'était absenté, s'était envolé vers d'autres lieux, d'autres contrées, avait migré,  estivé. Il s'était échappé. Il n'avait pas sa place, se sentait à l'étroit, l'air était irrespirable, il étouffait. Il avait perdu ses voiles de mystère et ses "semelles de vent".

Reviendrait-il ?

Dans cet article, j'ai abordé les mots suivants :

- Jugement

- opinion, réaction

- Vérité / Mensonge

- Art

- colère, émotion

- réflexion, pensée

Auteurs cités :  Georges Orwell (1984)

                           Montaigne (Les Essais)

                           Faulkner

                          Marguerite Duras (Interview)

 

Pour terminer ce long monologue, j'espère recevoir non pas des réactions mais des commentaires pensés et pesés,  qui ouvriront les esprits à d'autres réflexions.

Ce sera l'atelier  d'écriture que je propose aujourd'hui.

Je voudrais terminer mon article par les paroles d'un poète :

Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !

Paul Valéry   (1920) Le Cimetière Marin - extrait

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LES MAUX ET LES MOTS DES ADOS

sophiebraganti.wordpress.com

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Les Moulins de Sophie Branganti

Les Moulins, c'est un nom. Un lieu. Des gens.

Une cité à la périphérie de Nice. Un quartier qui semble être là depuis toujours mais qui n'a que quarante ans. Les enfants en sont fiers : c'est leur maison, leur cité sous le soleil. Pour en franchir les contours, il faut le vouloir, ou y vivre.

Dans une belle écriture, heurtée mais extrêmement fraîche, sensible, poétique et pleine d'humour tendre, Sophie Braganti donne à lire une suite de récits qui racontent la vie quotidienne de Sylvie, Mohamed, Catherine ou Élisabeth, des enfants vivants dans ces immeubles HLM où difficultés et joie de vivre sont étroitement liées.

Sophie Braganti aime son quartier et c'est avec la plume comme avec son coeur qu'elle invite à le découvrir, ce quartier qui possède ses règles, ses habitudes et ses espoirs qui construisent l'identité de cet îlot à l'orée de la Plaine de Var.

Je vous invite à lire Sophie Braganti afin de percevoir votre ville de Nice sous un aspect aussi inhabituel qu'agréable qui vous fera, peut-être penser que cette fois-ci... C'est arrivé près de chez vous.

L'auteur

Sophie Braganti, écrivain, poète et critique d'art, vit et travaille à Nice. Publiée dans des revues de poésie, d'art ainsi qu'aux éditions de l'Amourier, elle a longtemps écrit pour la revue Dada (Mango) et tient aujourd'hui une rubrique pour la revue 9 de coeur (Le Seuil).

Elle anime des ateliers d'écriture et connaît bien le milieu des enfants et des adolescents, ceux des quartiers en difficulté, ceux où se mêlent, se rencontrent et s'affrontent des jeunes, dans la complicité ou (et) l'agressivité.

Projet : Rencontre avec Sophie Braganti  le mardi ..............

Classe : TMS2     (élèves de terminale en secrétariat)
Mars .....................

Séance du 8 mars .............

Lecture des livres de Sophie Braganti : Les Moulins
                                                                             Vrac
                                                                             Silvia Baci

Mise en commun en fin de séance :

Les questions et observations après une première lecture de ces livres :


Les Moulins :
Rania :
"L’auteur parle de son ennui le dimanche et l’été. Pourquoi ?
Nous sommes différentes (musulmanes/catholiques)
Nous avons des points communs : chercher un refuge en dehors de chez nous – elle parle beaucoup des caves. Les caves pour nous ne sont plus un refuge."

Moinourou :
"L’auteur parle des ruelles, des places, de la Digue des Français, de la grande Tour. C’est la réalité.
Cependant : les prénoms sont-ils réels ? Est-ce que l’auteur a donné d’autres prénoms ?
Les personnages sont-ils réels ?
Quel est le rôle de l’oubli pour l’auteur ?
Il y a des mots choquants sur les camarades de classe. Leur physique."

 

Shérazade :

"Avant et maintenant. Les Moulins de Sophie Braganti ne ressemblent pas aux Moulins d’aujourd’hui.
Les personnes autour : voisines, copines.
C’est étrange, la petite fille de huit ans qui joue en bas de chez elle. Cela ne me semble plus possible aujourd’hui".

Naourez :
"L’auteur « critique » ses camarades de classe. Cela ne se fait pas.
L’exemple d’Elisabeth me choque.
Les mots sont familiers : « pisser …. » Pourquoi mettre des mots comme cela dans un livre ?
Allusion à la couleur de la peau : Pourquoi ?"

Jurjura :
"Pourquoi des mots vulgaires ?"

Sarah :
"La couverture du livre : Je ne comprends pas le rapport avec les Moulins".

Vrac

Fatima :
"Je suis gênée par le manque de ponctuation.
Pourquoi l’auteur a-t-elle choisi d’enlever la ponctuation ?
Il n’y a ni chapitre, ni titre.
J’ai du mal à trouver un sens ….
Est-ce que ce livre est né d’un journal ?
Quel est le sens de cette accumulation ?"


Fanny :
   - "Pourquoi sa mère n’arrête t-elle pas de la comparer avec d’autres personnes ? Alors qu’elle voudrait être elle-même".
P15

Travaux d’écriture prolongeant la lecture

Chercher des questions à poser à l’auteur : (trois ou quatre)
Pour mieux connaître son travail et sa vie d’écrivain.
Les problèmes qu’elle rencontre.
Ses joies et satisfactions.

Questions sur la lecture :


   - Ecrire sur soi. Pourquoi ? Comment ?  
   - Les thèmes abordés : les lieux choisis, les personnages, la mort, les rêves, les conversations, le souvenir de l’exil, la langue parlée à la maison, les mots employés ….

ECRITURE :
A la manière de Sophie Braganti ,


Ecrire sur soi : Choisissez un thème parmi ceux proposés et à vos plumes ! (15/20 lignes)
 Racontez un souvenir
 Ecrivez sur un personnage qui a compté pour vous
 Ecrivez sur  votre quartier
 Ecrivez sur l’histoire de vos grands-parents

 

Aujourd'hui, dans cet article,  je voudrais raviver le souvenir de l'atelier de lecture en présence de Sophie Braganti, auteure de poésies, et de romans,  à Nice. J'ai gardé un souvenir très vif et chaleureux de cet atelier où Sophie Braganti convoqua son enfance aux Moulins,  quartier populaire de grands ensembles HLM, à l'entrée ouest de Nice, dont elle a fait un livre, objet de notre discussion.

Nous avons lu ce livre et préparé les questions pour la venue de Sophie Braganti.

Les adolescentes étaient intéressées par cette auteure qui leur parlait d'un quartier qu'elles connaissent bien, mais qui était déjà différent des Moulins de Sophie.  Une élève lui en voulait de parler des Moulins, ceux où elle vivait aujourd'hui,    comme si Sophie trahissait ... Une élève notamment cherchait à casser le lien entre les mots écrits et sa propre vie, et refusait de dialoguer avec Sophie.

Malgré l'intérêt de cette rencontre avec une auteure "vivante" et près de leur vécu, les adolescentes eurent beaucoup de mal à accepter cette autre réalité comme si elles étaient les seules à pouvoir en parler. Au lieu de rapprocher les deux générations, les mots, le livre, semblaient les séparer.

J'ai remarqué que cette attitude de rejet apparait souvent chez les adolescents et les adolescentes. Ce qui existait avant elles semble ne plus les concerner, pire, le "monde d'avant" semble les irriter et s'ériger comme un obstacle.

Cependant, le livre leur a permis de pouvoir parler de leur quartier, et de s'étonner de l'image qu'il leur renvoyait. Leur quartier existait donc avant elles, il était intéressant puisque Sophie, qui en était originaire,  était là avec elles, et en avait fait un livre. Ainsi, elles devenaient intéressantes  à travers lui,  et dignes de devenir des personnages de romans. Elles étaient la source de mille questions pour mieux comprendre le monde.

C'est pourquoi une autre séance sera consacrée à un atelier d'écriture où elles pourront poser leurs propres mots (et déposer leurs propres maux ...)

 

Merci à Sophie Braganti, pour sa venue parmi nous, pour son ouverture d'esprit, sa gentillesse et sa disponibilité. Je suis sûre que ces adolescentes, souvent en guerre avec elles-mêmes, se souviendront longtemps d'avoir eu la chance de la rencontrer.

 

 

 

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COMMENT LES MOTS VIENNENT AUX HOMMES

La danse est le "corps de l'âme".

Mon blogue se veut une réflexion sur la lecture et l'écriture. La lecture et l'écriture sont intimement liées aux autres arts dont elles peuvent se nourrir à l'infini des possibles et des variations.

Comment les mots viennent aux hommes, voilà ma méditation en forme de question, de ce jour. C'est comme cela, je me demande toujours comment les mots (peut-être associés à l'expression de nos  maux). Le français permet cette association grâce aux homonymes.  Isadora Duncan danse, danse et cherche  la justesse de ce qu'elle fait à partir de son élan vital, quelque chose qui jaillit du plus profond d'elle-même. Sans cesse elle expérimente, habite, vit la danse dans son corps et son coeur.  La danse d'Isadora prend sens et  lie ensemble  le corps,  (son berceau, son nid ou naît le sens de ce qu'elle fait) et  le geste (qui en est l'esprit, le language et les mots). J'ai gardé le mot "homme", et je l'aime comme un berceau également.  Il est économe (il rassemble hommes, femmes, enfants), il est beau, son genre est neutre, il ne signifie pas l'homme sexué, mais ce qui lie les hommes entre eux,  sans aucune connotation , à la différence d'humanité, qui elle, est chargée d'affectivité, d'amour et de souffrance.  Cet espace neutre  permet une liberté.

En français, et dans les langues latines,  le neutre n'existe pas  en tant que tel, physiquement. Il se réfugie dans le masculin parfois , et parfois dans le féminin. Il serait intéressant d'étudier  la part de féminin dans les mots signifiant un espace neutre par exemple le mot "humanité" qui regroupe, hommes, femmes, enfants et la part de masculin dans le mot "homme", lorsqu'il est neutre et qu'il couvre le genre humain.  Dans les pays latins, le monde, la réalité ont  été découpés en féminin et masculin. Dans les pays anglo-saxons et de langue allemande, le neutre existe et s'inscrit dans le langage. C'est le "it" et le "es". La réalité est découpée différemment, et sans aucun doute la grammaire nous fait entrevoir des réalités différentes, qui ont chacune leur raisons ou pas, leur manière de sentir les choses et de les exprimer.

Peut-être, les batailles  actuelles dans l'espace public sur le genre, viennent-elles de cette confusion entre le monde anglo-saxon (ah! l'Amérique avec son troisième genre) et le nôtre (avec le masculin et le féminin gravés dans toutes les choses qui nous entourent), et  d'un manque de réflexion sur notre langue et sur ce que les mots veulent dire sans prévaloir  d'un jugement négatif quelconque qui fermerait tout questionnement.

J'en appelle à tous les experts  à faire part de ce qu'ils ont observé sur  ce fait de langue, et de  le considérer comme une expérience à vivre, une expérience humaine. Bien sûr il faut garder à l'esprit qu'une réponse toute faite serait le naufrage de la question (Albert Camus). En fait c'est la question qui est ouverte et qui reste le vrai sujet et qui évitera tous les préjugés et les partis pris.

J'y reviendrai plus tard car ce n'était pas mon sujet du jour. Celui-ci s'est invité dans ma réflexion, et je l'ai laissé passer, car je pense aussi qu'il faut saisir le moment, l'opportunité d'écrire (cela fait partie de l'élan de départ, de la naissance de l'écriture, "des mouches à saisir au vol").

Mon sujet d'aujourd'hui est Isadora Duncan, danseuse hors norme, sur l'instant, dans l'âme du mouvement, prenant son élan de son existence présente, comme le mot que l'on saisit au vol (réf. voir mon article sur les pensées plumes de Louise Bourgeois, et les mouches qu'il faut attraper avant qu'elles ne s'échappent). Mais quel est son rapport avec le désir d'écrire ?

En janvier, j'ai vu deux films en rapport avec la danse, et je me suis posé beaucoup de questions,  ce que le langage dansé, signifié (aux autres, sur la scène) signifiait ... Quel sens donner aux gestes inscrits sur la grande feuille blanche de l'espace. Les gestes sont silencieux mais ils parlent, ils crient , muets, des mots qui sortent du corps et y restent enfouis. Les mots lus ou écrits sont aussi des mouvements de l'âme, muets jusqu'à ce que quelqu'un les écrive, et les entende sur une scène,  les emporte et les offre à quelqu'un d'autre. Et ainsi se forme une longue chaîne entre les hommes.

J'ai vu le  très  beau film de Damien Manivel, film-atelier, ni documentaire ni fiction, qui célèbre les pouvoirs de la danse, "Les enfants d'Isadora".

Agathe Bonitzer en est l'interprète. En 1913, Isadora Duncan perd ses enfants  et crée un solo de danse, intitulé "la Mère" , afin de les laisser partir, s'éloigner d'elle.  Un peu comme Moïse, déposé par sa mère esclave sur le Nil, vers sa liberté.  Isadora offre, donne cette liberté à ses enfants morts. La gestuelle, cherchée et cherchée encore et encore, dit l'arrachement , le vide.  Petit à petit, la gestuelle  s'allège pour porter le poids de la tristesse. Surgit alors comme une réponse à la mort inacceptable, une grâce que seule la danse peut porter, une grâce presque consolatrice. La caméra de Damien Manivel filme au plus près de la force et du mystère de la danse. Cela donne un film rare, d'une grande pureté.

Avec : Agathe Bonitzer, Manon Carpentier (jeune élève) Marika Rizi (professeur) et Elsa Wolliatson (danseuse)

 

 Cunningham dans "changeling", créé en 1957 à Brooklyn

Cunningham dans "changeling", créé en 1957 à Brooklyn

A l'intérieur des limites du corps il y a une infinité de variations possibles. Il y a beaucoup de façons de dire les mêmes choses. Ayez une sorte de conversation avec vous même.

C'est le deuxième film que j'ai vu en janvier sur la danse :"Cunningham". C'est un film-documentaire d'Alla Kovgan, réalisatrice russe, qui découvre le travail de ce grand chorégraphe américain, extrêmement précis, presque mathématique. La pièce "Variations V" filmée par le réalisateur d'avant garde Stan Vanderbeek sur une musique de John Cage, a été pour elle une révélation. La vidéo devient un instrument de travail, pourtant Merce Cunningham ne se dit pas "moderne", d'ailleurs quelle importance ? "Mes danseurs et moi formons un groupe d'individus. C'est donc ce que nous sommes, sur scène comme dans la vie, des gens qui bougent".

Ce film m'a amenée à m'interroger sur le processus d'écriture. Car on pose la question à Merce Cunningham : "Why do you dance ? Do you want to express something, or a feeling, or a story ?"

Merce Cunningham répond :" I just do it and that's all". C'est ce constat, très pur et très simple, qui a confirmé le sillon que je creuse tous les jours sur l'écriture et qui peut également être une motivation pour vous :"just do it and that's all" 

Pourquoi lisez-vous ou écrivez-vous ? Faut-il de bonnes raisons pour cela ? Certaines seraient-elles meilleures que d'autres ? Faites le et c'est tout. Les questions viendront après, en pratiquant les mots, l'écriture, la lecture. Expérimentez, goûtez, observez.

Commencez comme cela, écrivez.  Etre dans son écriture comme l'on est dans la vie.

 

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UN REVEILLON AVEC LOUISE BOURGEOIS - New Year's eve

"I've been to hell and back" Louise Bourgeois 1996

"I've been to hell and back" Louise Bourgeois 1996

"I've been to hell and back and let me tell you it was wonderful" 1996.

Louise Bourgeois a brodé ces mots sur plusieurs mouchoirs carrés de couleur pastel (rose, bleu), de 29.5 cm x 29.5 cm.

Le texte et le médium utilisés renvoient à sa vie personnelle. Ses parents restauraient des tapisseries. On voit bien ici que ces mouchoirs brodés répondent à une image cliché des femmes, qui font des travaux de broderie à la maison. Cependant cette image est altérée par le message "I've been ..." (Je suis allée en enfer et j'en suis revenue, et laissez moi vous dire, c'était merveilleux).

En nous laissant ces mots brodés, Louise Bourgeois interroge le rôle de la femme, et le sien en particulier, qui s'inscrit à la fois dans une continuité (ses parents restaurateurs de tapisserie) et dans une rupture (le message).

 

En ce jour du 31 décembre, je me suis mise à écrire, avec une certaine délectation. Mes amis et amies n'étaient pas encore rentrés, et comme c'est un peu une date sensible où l'on se retourne sur l'année écoulée, et où l'on regarde devant soi, j'ai voulu la célébrer en écrivant dans mon blogue, qui est un exercice d'écriture complet, du moins je le considère comme tel, où des lecteurs me rejoignent. Un peu de nostalgie a réussi malgré tout à s'inviter. Je l'ai accueillie  telle une compagne un peu embarrassante, mais je n'ai pas cherché à la repousser comme une intruse, je savais que ce serait peine perdue. J'ai ainsi reçu les mots qui se sont présentés avec elle, sans invitation, sur le vif, comme je les aime, toujours étonnants lorsque j'arrive à les rassembler tous dans un atelier-plume, léger, volatile,  et doux au toucher. Bref, j'étais seule, cela arrive.

Je suis allée voir Louise Bourgeois, du côté d'internet,  pour en connaître un peu plus sur cette artiste d'origine française et mondialement connue. C'est en retrouvant une carte postale montrant ses petites broderies,  que j'ai décidé de chercher et de lui faire une visite virtuelle.

Le photographe, Jean-François Jaussaud a fait un livre sur elle : Femme-Maison, aux éditions Albin-Michel, avec une préface de Marie-Laure Bernadac et Xavier Girard. Dans ce livre, il témoigne de son amitié, et mêle des photos  de sa maison de Chelsea, et de son atelier à Brooklyn, de ses sculptures, de ses notes et de ses "pensées-plumes".

A nouveau, je me trouve en relation étroite avec cette artiste. Atelier-plume, pensées-plumes ... concordances, coîncidences, correspondances ... Cela m'entraîne plus loin. Quelles sont ces pensées-plumes qui semblent être les siennes et peut-être les miennes ?

Elle dit : " Il n'y a que deux choses qui comptent dans notre vie amoureuse : la table de la salle à manger où nos parents nous ont fait souffrir. Et le lit où on s'allonge avec son mari. C'est là que les enfants sont nés et c'est là que l'on va mourir. En réalité ces deux objets font la même taille, ils ne forment qu'un seul et même objet".

J'écris :

Etude rectangulaire de la vie, simplifiée à l'extrême, dépouillée.

Je continue mes recherches et écoute sur Youtube, une conversation en anglais avec Jerry Gorovoy.

Jerry Gorovoy était l'assistant de Louise Bourgeois pendant plus de trente ans. Il a une connaissance profonde de son travail  et a joué un rôle clé dans le développement et la création artistiques de Louise Bourgeois, comme elle l'a si souvent souligné elle-même. C'est grâce à lui que beaucoup de ses oeuvres purent  naître et exister. Le thème central de cette vidéo est la réflexion sur la signification des oeuvres de Louise en tant qu'artiste et son rôle phare pour une génération d'artiste. Vous pouvez trouver cette vidéo très facilement sur Youtube.

Les réflexions sur l'art, les choix possibles, guident souvent mon petit atelier "dans un trou de verdure à Nice"  et l'écoute de Louise "m'ouvre à" ou confirme des choix que j'ai déjà faits.

Louise dit : "I'm not what I say, I'm what I do" ("Je ne suis pas ce que je dis, je suis ce que je fais" - voir vidéo Youtube : A prisoner of my memories (prisonnière de mes souvenirs).

Elle dit aussi : "I transform hate into love" (je transforme la haine en amour") "trying, failing and doing it again" (m'essayant, échouant et le faisant à nouveau).

Louise lost her mother when she was 21 and had to burry her son. (Louise perdit sa mère à 21 ans et enterra l'un de ses fils).

Cela donna lieu à un livre écrit avec Tracey Emin "Do not abondon me" (ne m'abandonne pas), où l'on peut admirer   les nombreuses aquarelles qu'elles se mit à peindre.

Louise Bourgeois est surtout connue pour ses sculptures gigantesques d'araignées, elles-mêmes enfermées dans des grillages de fer qui laissent voir l'intérieur et leur ventre  rempli d'oeufs.  Métaphore inquiétante de la mère, à la fois protectrice et dangereuse. Vous aimerez les araignées de Louise Bourgeois et sûrement, vous les regarderez autrement chez vous, avec amour.

La connaître autrement,  par ses paroles, ses mots, éclaire son oeuvre et nourrit mon petit atelier portatif, (mon atelier-plume) portant des oeufs prêts à éclore. Va-et-vient d'images, de mots, de pensées lourdes ou plumes. Il n'y a peut-être pas de pensées-plumes sans pensées-lourdes.

C'est alors que je me rendis compte de l'état d'abandon de mon lit, déserté et défait, dans sa rectangularité.

Je vois mon lit défait

chaud de la nuit

Pâle et plein de rides

Un chat y sommeille

Il se met en coussin

Les vibrisses en alerte

A tous les silences

Qui traversent

buissons épineux

Le jour qui pointe son nez humide

Tout replié

Tout ramassé

Tout en lui-même

Tout en écoute

En attente de rien

Il respire pourtant

Tout en-dedans

Tout en-dehors

Un petit coussin,

Tout échevelé,

Qui monte et qui descend.

Le 31 décembre 2019 ,  Nice  (poème de l'instant - une expérience de traduction - Sur la rive d'une année nouvelle)

I will continue in English and give a translation of  this poem of that very moment, in its platitude and triviality. However it is special and unique, and the color of it is quite nostalgic. It came like this ... and I didn't do anything to restrain it.

 

I can see my bed now

all messed up still

warm of the pale night

and deeply wrinkled

A cat is looking for a place to sleep

Like a pillow he is

all coiled up

His shrublike moustache

on alert

is listening to silences

Which pass through the daylight

 Shows its muggy nose

All withdrawn into himself

and all stocky

All within

All listening

And waiting for nothing

breathes though

All within

and all out of himself

A little hairy pillow

He was,

dishevelled,

that goes up and down.

Laurence Marie Noé (a poem of the instant - an experience of translation). On the shore of a new year.

English and other foreign languages, which I continue to study, send me back to my own mother tongue, and add a special color to it, the color of strangeness, (étranger/étrangeté),  novelty, and freshness. English for example makes strange something very common, very ordinary and normally flat, but as  the music of English sounds differently,  French suddenly appears  new and echoing differently too. It's a good experience to translate and  try another language in a poetic way of writing. This is the reason why I started this workshop. To experience something new and very tasty  and in the end, very exciting. When you come back to French, you can hear it as if you were speaking a new language and as if it were the first day you can speak it. It opens new frontier of writing because it a new and everlasting experience. Try it if you can, and for the moment just keep it as an opportunity or a possibility which can be lived and felt.  Translating (it's like an incredible journey, you can fly through meanings, and signs, and words and grammar altogether), it makes you shift to something else you do not know yet.

Le mot "translation"  existe en français également et signifie "transfert" - donc voyage en quelque sorte. Ce mot est littéraire  et porte en lui l'action de déplacer quelque chose ou quelqu'un. Il s'agit  donc bien ici (dans l'écriture et la traduction dans une autre langue) de la possibilité d'une expérience d'étrangeté, et  d'ailleurs, pareille au voyage, celui qui vous fait traverser les signes et significations, les mots et la grammaire comme un paysage. L'atelier d'écriture peut mener où l'on veut et prendre des formes infinies, qu'une vie ne suffira pas à épuiser.

C'est aussi cette réalité que je voudrais partager et essayer de vivre pas à pas, expérimenter, chercher, essayer, se tromper et recommencer ... sans se restreindre. Tout est possible, comme dans l'art contemporain.

"JUST LET THEM BE"

This article is bilingual, I'll continue in English as I picked up the impulse from Louise's voice and words and from what she said about her creation,  and about the thoughts that she bore while creating such as her feather-thoughts (ses pensées-plumes). These "pensées-plumes" drew me to know more about her, and to know what she meant with that material, in her creative hours.

She says her ideas and thoughts are like flies and butterflies, you have to catch them. And then Louise, what do you do with them ? I just let them  be and create at the same time with what they are".

I think these words are very important in the act of writing and we should keep them in mind as a truth inside of us.

Traduction : Comme je voulais savoir ce que Louise entendait à propos de ses "pensées-plumes", elle dit que ses idées et ses pensées étaient comme des mouches et des papillons, qu'il faut les attraper au vol. Et alors, Louise, qu'en faites-vous de ces pensées-plumes ?  Je les laisse être ce qu'elles sont et je crée en même temps.

Nous pouvons apprendre beaucoup de ces artistes, qui en même temps qu'ils créent réfléchissent à leur création. C'est ce que nous ferons pas-à-pas au cours des ateliers, du moins c'est ainsi que je les voudrais.

Ecrivez dans vos carnets "vos pensées-plumes", laissez les voler et écrivez en même temps comme elles se présentent. C'est l'esprit de cet atelier, volatile !

 

 

"maman" de Louise Bourgeois - 1997

"maman" de Louise Bourgeois - 1997

Vidéos :

Interview with Jerry Gorovoy (in English)  vidéo

Boom Bang - Louise Bourgeois entretiens

Louise Bourgeois une vie - youtube

Louise Bourgeois - l'araignée la maîtresse et la mandarine

 
 
 
 

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LES SOURCES ET LES PUITS

le jardin de Hanbury à la Mortola sur la frontière italienne - automne 2017

le jardin de Hanbury à la Mortola sur la frontière italienne - automne 2017

Dans cet article, j'ajouterai au fur et à mesure, les références de mes lectures de livres,  d'articles, et d'écoutes d'émissions de radio. Je vous ferai part  des spectacles et des films, parfois des vidéos qui sont des sources d'inspiration et de savoirs qui déclenchent parfois le désir d'écrire.

Je mentionnerai également les lieux de promenade vagabondes en pays niçois, dans le Var et en Ligurie qui m'ont touchée, changée, emportée avec eux et ont habité et parfois  traversé mes écrits.

 

- Jean-Marie Gustave Le Clézio : Né le 13 avril 1940, à Nice. Auteur de romans, essais, livres de jeunesse, dont "Mondo et autres histoires", "Désert", "le chercheur d'or", "l'Africain", "Ritournelle de la faim",  "Alma". Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 2008, en tant qu’« écrivain de nouveaux départs, de l’aventure poétique et de l'extase sensuelle, explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ». Son œuvre est traduite en 36 langues.

- Luis Sepulveda : escritor Chileno

Luis Sepúlveda Calfucura est un écrivain chilien né le 4 octobre 1949 à Ovalle (Chili) et mort le 16 avril 2020 à Oviedo (Espagne).

Son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d'amour, traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, lui a apporté une renommée internationale. Son œuvre, fortement marquée par l'engagement politique et écologiste ainsi que par la répression des dictatures des années 1970, mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers1. 

- Sophie Braganti :

https://www.livre-provencealpescotedazur.fr/annuaire/sophie-braganti-MTC_043_6949074883

Sophie Braganti est une écrivaine, poétesse et critique d'art française, née le  à Nice

Livres jeunesse

  • L’univers de J.Bosch, Matisse, Van Gogh, Cézanne, Modigliani, Douanier Rousseau, Magritte, Michel-Ange, Flammarion, coll. « Grattage-coloriage », 
  • Minette et le lézard(ill. E.Mazet et A.Chéchille), éd. Grandir, 
  • Le chaton et la mouche(ill. E.Mazet et A.Chéchille), éd. Grandir, 
  • Moi, mon métier(ill. Albert Lemant), Mango, coll. « Album Dada », 
  • La première fois(ill. Carole Chaix), Mango, coll. « Album Dada », 
  • Dalin dalan(ill. Grazia Restelli), Grandir, coll. « Papiers coupés », 

- Marguerite Duras

- George Sand :

- Alain Fournier :

- Roman Polanski - "J'accuse"   (film 2020) - réalisateur

 

- Eloge des vagabondes :  gillesclement.com

France Inter :  L'heure des rêveurs. Le rêve d'un jardinier, Gilles Clément, émission du 28 mars 2014 France-Inter

https://www.senscritique.com/livre/Eloge des vagabondes.

Domaine du Rayol - le jardin des Méditerranées

www.domainedurayol.org

Le jardin Botanique de la ville de Nice - Un voyage au coeur du climat méditerranéen

Le jardin botanique Hanbury à la Mortola sur la frontière italienne

www.giardinihandbury.com

- François Cheng (de l'Académie française)  Enfin le royaume  chez Gallimard

Forme brève, mais moins abrupte que le haïku, le quatrain sait donner du rythme à la pensée, à l'émotion, à la suprise, il sait initier un questionnement, amorcer une méditation, esquisser un chant. A la suite des poètes chinois des origines, mais aussi d'Omar Khayyam et d'Emily Dickinson, François Cheng atteste ici du pouvoir singulier de ce mode d'expression resserré, pourtant si peu enclos, si ouvert aux résonances, aux errances fertiles, voire à une manière salutaire d'envoûtement simple.

- Emmanuel Godo  dans "Je n'ai jamais voyagé "  Gallimard 2018

Né en 1965 à Chaumont-en-Vexin,  poète, écrivain et essayiste français. Agrégé de Lettres et Docteur ès-Lettres, il est professeur de littérature en classe préparatoire au lycée Henri IV de Paris.

- Yasushi Inoué - La vague, nouvelle dans Pluie d'orage publié chez Stock

Né le 6 mai 1907 à Asahikawa et mort en 1991 à Tokyo. Il reçoit en 1950 le prix Akutagawa, la plus prestigieuse récompense littéraire du Japon pour "Le fusil de chasse".

Citation d'Inoué :" Même si la vie enfermée dans cette lettre ne doit durer que quinze à vingt minutes, oui même si cette vie doit avoir cette brièveté, je veux te révéler mon "moi" véritable".

Philippe Delerm :

Né en 1950, à Auvers-sur-Oise, écrivain français. Il fait des études de Lettres et devient enseignant. Il est l'inventeur d'un genre dont il est le seul représentant,  "l'instantané littéraire".  Ses écrits amènent à s'interroger sur la vie quotidienne, avec beaucoup de sensualité, aux moments qui s'écoulent, aux gestes, aux odeurs, parfums, goûts, sons. On se sent plus vivant à le lire. Je ne pouvais que rencontrer cet auteur et l'aimer. Il décrit ses contemporains et on se sent très proches.

Son grand succès : La première gorgée de bière

Actuellement en librairie : L'extase du selfie.

J'ai également beaucoup aimé : La sieste assassinée.

 

 

 

Isadora Duncan :  Née en 1877 à Sans Francisco, morte le 14  septembre  1927 à Nice, danseuse et chorégraphe américaine . Elle révolutionna la pratique de la danse par une grande liberté d'expression, et en puisant son inspiration dans les figures grecques antiques. Sa vie est ponctuée de drames personnels. Elle meurt tragiquement, le long foulart de soie qu'elle porte autour du cou se prend dans les rayons de la voiture Amilcar GS, décapotable.

Isadora tire sa première idée de la danse dans les mouvement des vagues du Pacifique. Elle danse pieds nus, voire totalement nue, à l'extérieur et s'affranchit de la musique, pour trouver son propre rythme interne et sa musicalité.

Merce Cunningham : Danseur et chorégraphe. Il est né en 1919 dans l'état de Washington, et meurt en 2009, à New-York. Lui aussi révolutionna le monde de la danse en y apportant la notion de hasard et en créant une scission entre la danse et la musique, apportant à la danse une grande liberté et une grande rigueur.

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OFFRIR DES LIVRES ENCORE DES LIVRES MAIS LESQUELS ?

16h Vagues submersives (un dimanche d'hiver, jetée du port de Nice janvier 2020)

16h Vagues submersives (un dimanche d'hiver, jetée du port de Nice janvier 2020)



Je ne parlerai pas,je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin , comme un bohémien,
Par la Nature, heureux comme avec une femme"

Sensations (Arthur Rimbaud)

J'ai poussé la porte de la librairie indépendante, "les Journées suspendues", à Nice, une petite librairie sur l'avenue Borriglione, petite mais qui regorge de livres aimés et rassemblés pour notre plus grand plaisir.

J'y ai découvert un livre "Opossums" de Marc Desombre (1994), beau en tant qu'objet (rare, en tirage limité sur bouffant Lucerne). En imprimerie, le papier bouffant est un papier sans apprêt, de forte épaisseur. Cela lui donne un bonne mine de pain cuit et quand on l'ouvre, il sent bon.

L'éditeur est Cheyne au Chambon-Sur-lignon, 43400. "Opposums" est le premier livre de Marc Desombre et il a été publié dans la collection Grands Fonds.

Ce livre a suscité de suite mon attention. sur la quatrième de couverture, j'ai pu lire :

"Le miroir qu'on promène sur les chemins de la vie parfois se brise. Commence alors un lent travail, obstiné et mélancolique, pour récupérer les morceaux épars de soi et du monde. C'est à cet effort de reconstitution que s'applique Marc Desombre, tissant aux mailles du silence et de la parole un texte peu à peu retrouvé où se lisent fragments de mémoire, instants d'émotion, visions précaires, "trois fois rien" en effet. Mais il arrive que la vie de nouveau respire et tremble dans ces petites choses. Opossums est comme le journal de bord de cette patiente reconquête".

Si vous avez commencé à lire mon blogue, vous comprendrez de suite pourquoi j'ai emporté ce livre comme un trésor. De plus le titre "Opossums" au pluriel m'a rappelé ce petit marsupial carnivore  qui courait  sur un parking à Colombus, Ohio,  par un après-midi bleu d'été. Déjà, vous connaissez un mot dans la langue algonquienne d'une peuplade indienne d'Amérique, le mot "Opossums", ce mot est une invitation au voyage en soi-même.

En voici un extrait :
 

Le 22 septembre

8h

Un grand chêne, face à la cour de l'école, soufflait une chanson qu'il me semblait connaître; Mon père entrait dans la chambre; il tenait un plateau sur lequel apparaissait, parmi tartines et pots de confiture, l'image fragmentée du vieux continent.

Des gens passaient dans la rue.

La poussière habillait un rai de soleil.

Je me souviens avoir cherché longtemps sur une carte, l'île d'Ithaque.

 

Nous faisions des Arts Plastiques en classe le mardi matin. Le peintre qui venait, un homme efféminé d'une quarantaine d'années, répétait souvent d'une voix enrouée : "Faites exploser sur vos feuilles tous les feux d'artifice ! Des formes se dévoileront : tel jour une pierre, tel jour une plante, un animal. Telle heure un paysage ou un visage. Sachez saisir ce qui commence ou qui finit. Je n'aime pas l'ordre. je n'aime pas le désordre. J'aime le visage, le paysage."

Nous ne comprenions pas ces paroles, mais nous n'osions rien dire tant l'enthousiasme du professeur était grand, et tant nous avions peur de paraître idiots face à nos camarades."

Minuit

Echos d'une guerre lointaine à la radio;

J'entends les pas dans le couloir, les pas syncopés et légers d'une femme timide, blessée. Elle chante souvent la nuit, quelque part entre mes rêves  et les éclaboussures de lumière sur sa bouteille vide.

On voit bien que la lecture et l'écriture se rejoignent et deviennent une quête, cette même quête  et conquête du monde, à travers les rêves qu'elles suscitent,  voyages immobiles ou réels. La réalité et l'imaginaire se superposent, se croisent, dansent ce pas de deux sans fin, liés de frémissants désirs toujours renouvelés.

Chaque livre de la collection Grands Fonds accueille, en marge de tout genre littéraire codifié, des pages plus secrètes, témoins d'une vie qui s'inquiète et s'interroge.

Chaque livre de cette collection est beau. Cheyne imprimeur-éditeur est labellisé imprim'vert, les tirages sont limités et ce ne sont pas des livres à jeter, ce sont des livres à aimer, à garder ou à offrir et des livres à goûter, et à déguster.

Avec le livre, il y avait un mot de l'éditeur, (Jean-François Mannier, Cheyne éditeur), que je vais  partager avec vous, car il est précieux. Je vous confierai ce mot en photo dans mon blogue demain.


 

Voici le mot glissé dans un livre par Jean-François Manier (Cheyne éditeur) et qui m'a fait signe.

                   ELOGE DE LA LENTEUR

 

Face au risque de n'avoir plus à déguster, dans un avenir proche, qu'une littérature "fast food", il me paraît urgent de résister aux pouvoirs grandissants des gestionnaires de la culture.

Le livre est un tel enjeu qu'il exige d'autres critères de valeur que sa seule vitesse de rotation. Et je crois même que son irremplaçable richesse tient à ses lenteurs, à ses pesanteurs.Ce sont ces contraintes qui font du livre cette liberté qui dure.

Oui, il faut un autre temps pour le livre : un temps pour l'écrivain face à son oeuvre, pour l'artisan face aux papiers, aux encres, un temps aussi pour le bibliothècaire en ses choix, le libraire en son commerce, comme pour le lecteur en son plaisir.

Le temps, sans doute, que mûrissent les rencontres, que s'accomplissent les imprévisibles métamorphoses. Le temps du lent émerveillement.

Celui de l'urgence d'aimer.

Merci Monsieur Manier pour ces mots et cet éloge de la lenteur, ces mots font du bien.

 

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NOEL POUR LES ENFANTS

 pages  du livre de Didier Lévy et Lisa Zordan            La dame aux oiseaux

pages du livre de Didier Lévy et Lisa Zordan La dame aux oiseaux

DIDIER LEVY

Biographie

Didier Levy est né en 1964. C’est à Paris qu’il exerce son métier d’écrivain pour la jeunesse. Journaliste dans un premier temps, il s’est très vite tourné vers l’écriture de livres pour enfants, avant de s’y consacrer entièrement. Il a plus de cent ouvrages à son actif et publie chez des éditeurs de renom comme Sarbacane, Albin Michel, Nathan ou encore L’Ecole des loisirs. Auteur de séries à succès comme « Cajou » et « La fée Coquillette », c’est avec beaucoup d’humour qu’il écrit pour la petite enfance.

Bibliographie

  • POPOPIPO, TISSU DE MENSONGES, Sarbacane - Mars 2016
  • MON FRÈRE DES ARBRES, Oskar jeunesse - Mars 2016
  • COMMENT RALLUMER UN DRAGON ÉTEINT, Sarbacane - Février 2016
  • À BAS LA LECTURE !, Oskar jeunesse - Novembre 2015
  • JOJO L'OMBRELLE, Belin Jeunesse, 2015
  • POUDRE D'ESCAMPETTE AU JARDIN DES PLANTES, Sarbacane - Mai 2015
  • TANGAPICO, Sarbacane - Avril 2015
  • L'INDIEN DANS LA NUIT BLANCHE, Oskar jeunesse - Octobre 2014
  • A L'EAU, LILI !, Bayard Jeunesse, Tu lis je lis - Août 2014
  • SHEN SHAN : LA PRINCESSE DES SABLES, Sarbacane - Avril 2014
  • L'ONCLE AMÉRICAIN D'ACHILLE PELLISSON, Oskar jeunesse, Premières Lectures - Oskar - Octobre 2012

(…)

Un voyage inspirant à la découverte de soi, où l’on croit entendre la forêt bruisser du chant des oiseaux ! 

Sam n’est pas très content d’aller passer les vacances chez sa tante Éléonore, dont on dit qu’elle est un peu bizarre. Et de fait, quand il débarque en pleine nuit dans la maison perdue au fond des bois, l’étrangeté le saisit.
Au matin, il assiste à une drôle de scène : pieds nus dans la rosée, la dame écoute le chant des oiseaux, puis aussitôt, le reproduit au piano… avant d’emmener Sam dans son nid-cabane, où ils jouent les Robinson. Le garçon, émerveillé, découvre tout un monde de possibles et se prend bientôt au jeu des sensations, de l’écoute et finalement, au plaisir de la liberté.

Voilà un joli atelier d'écriture possible pour les plus jeunes  (de 7 à 12 ans), inspiré de la lecture "la dame aux oiseaux".

Dialoguez avec l'enfant à propos du livre d'une manière libre. (Envoyez-moi vos réflexions à propos du livre).

Notez les mots et phrases qui viennent à l'esprit.

Amenez l'enfant à réfléchir et à inventer une histoire avec des dessins et du texte. (1 page suffit).

Thèmes : animaux, liberté, voler, chants

Si votre enfant est autonome, laissez-le découvrir la lecture et écrire le plus librement possible, sans intervention.

 

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NOEL DE LECTURES ET D'ECRITURES POUR LES ADOLESCENTS

journaux d'adolescentes

journaux d'adolescentes

JOURNAL D'AURORE (LE) - TOME 1- JAMAIS CONTENTE
de Marie Desplechin
 

« Douze février. On peut ruiner sa vie en moins de dix secondes. Je le sais. Je viens de le faire. Là, juste à l'instant. J'arrive à la porte de l'immeuble, une modeste baguette dans la main et la modeste monnaie dans l'autre, quand Merveille-Sans-Nom surgit devant moi. Inopinément. À moins de cinq centimètres (il est en train de sortir et je m'apprête à entrer, pour un peu on s'explose le crâne, front contre front). Il pose sereinement sur moi ses yeux sublimes. Je baisse les miens illico, autant dire que je les jette quasiment sous terre, bien profond, entre la conduite d'égoût et le tuyau du gaz.
Sa voix amicale résonne dans l'air du soir : - Tiens ! Aurore ! Tu vas bien ?
Je reste la bouche ouverte pendant environ deux millions de secondes, avant de me décider et lui hurler à la figure : - Voua ! Merdi ! »

Marie Desplechin est née à Roubaix en 1959. Elle a fait des études de lettres et de journalisme.
Dans ses romans pour la jeunesse, elle explore différentes veines littéraires, le roman historique avec Satin grenadine et Séraphine dont les thèmes principaux sont le XIXe et l'émancipation des femmes ; le roman à plusieurs voix où se côtoient fantastique et réalité contemporaine avec Verte et Pome ; les récits sur l'adolescence d'aujourd'hui dont notamment Le journal d'Aurore ; le fantastique et l'étrange avec Le monde de Joseph et Elie et Sam.
Pour les adultes, elle a publié un recueil de nouvelles, Trop sensibles, des romans, Sans moi, Dragons, La Vie sauve écrit avec Lydie Violet (prix Médicis 2005) et Danbé avec Aya Cissoko, entre autres.
Elle travaille régulièrement comme journaliste pour différents magazines et participe à l'écriture de scénarios de films. Elle vit à Paris.

Journal d'Adèle de Paule du Bouchet

 

Biographie

Née en 1951. Paule du Bouchet a étudié la philosophie.

Suite à cela, elle enseigne cette discipline.

En parallèle, passionnée de musique, elle est pianiste de jazz,

puis se consacre à l'édition et à la musique de chambre.

Elle travaille aux éditions Gallimard jeunesse depuis 1974

et est actuellement responsable du département Musique

et de la collection de Livres lus "Ecoutez lire".

Paule du Bouchet écrit également des livres

pour la jeunesse sur les thèmes de la musique bien sûr et de l'Histoire.

Bibliographie

Présentés sur Histoire d'en Lire :

Les autres fictions historiques de DU BOUCHET Paule :

  • Chante, Luna (2008)
  • A la vie à la mort (1999)

L'atelier d'écriture :

Je te  propose aujourd'hui de lire deux  journaux, écrits par deux adolescentes.  Cela peut également te donner des idées pour en écrire un toi aussi.

Pour un adolescent (e), le journal  est un mode d'expression très naturel. Le journal sera ton  ami, ton confident et un poste d'observation de ton quotidien. Tu prendras soin de ne pas le laisser traîner si tu ne veux pas être lu (e).

Les règles que tu suivras, seront celles que tu te seras données. Tu peux y mettre tout ce que tu veux, il te suffit de regarder au fond de tes poches (comme disait Georges Pérec).

J'aimerais que de nombreux adolescents m'envoient leurs critiques de l'un de ces livres au choix. Je les incluerai dans mon blog. Alors, envoie-moi tes réflexions, tes remarques sur ce que tu as aimé ou moins aimé.

Tu peux également m'envoyer des pages de ton journal, et échanger avec d'autres adolescents ou adultes par l'intermédiaire de la messagerie de ce blog.

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ELOGE DES VAGABONDES

fragiles graminées dans un terrain vague avenue Cyrnos à Nice

fragiles graminées dans un terrain vague avenue Cyrnos à Nice

Les plantes voyagent. Les herbes surtout.
Elles se déplacent en silence à la façon des vents. On ne peut rien contre le vent.
En moissonnant les nuages, on serait surpris de récolter d'impondérables semences mêlées de loess, poussières fertiles. Dans le ciel déjà se dessinent d'imprévisibles paysages"
Gilles Clément in Eloge des vagabondes - herbes, arbres et fleurs à la conquête du monde

NiL éditions, Paris 2002

Cela fait plus de quarante ans que je me pose la question de savoir ce que je recherche dans l'écriture, quel élan vital me pousse vers elle et vers la lecture, les vagabondages  sont une quête souvent fructueuse et très vivifiante. Ils m'obligent à m'interroger et à réfléchir sur mon état d'être vivant, et je reviens de mes escapades autour de chez moi, riche de récoltes de mots, d'observations, les joues rouges et et les yeux grand ouverts sur le monde. Le bonheur est un état qui circule, comme le sang qui  nourrit, il est là et souvent nous passons  à côté. Mais je ne cherche pas le bonheur au sens moderne du terme, je cherche à me sentir vivante au milieu d'autres êtres vivants, à travers les mots qui me sont donnés et le sens que je leur donne. C'est là que naît la création d'un monde précieux qui me ressemble et avec lequel je me sens de connivence et en correspondance.

Je vous propose aujourd'hui de découvrir un atelier d'écriture et de lecture à vélo dont la seule contrainte que je me suis imposée était de faire des arrêts et de troquer mon léger hippocule (*), pour mon carnet et un crayon pour noter ce que je vois, ce qui me vient à l'esprit, dans le moment présent et à travers tous les pores de ma peau.

Voilà ce que cela a donné. Peu importe le résultat, c'est l'élan vital qui compte. Mais ramener de petits fragments ainsi récoltés, a rempli tout mon espace de réflexion, et tout l'après-midi. C'était délicieux, et j'espère que ces éclats rendront compte du plaisir que j'ai pris à les cueillir, tels quels, dans leur nudité et innocence.

(*)hippocule : petit véhicule que l'on fait avancer en le chevauchant. C'est un néologisme que je me suis amusé à inventer .

Souvenir du 20 mars 2015, Nice

J'écris :

Rêver les arbres, les animaux ou les hommes et leurs demeures, rêver dans la ville où je vis qui est ce qu'elle est et bien plus encore, ce que j'en fais. Habiter, c'est déjà créer, une histoire, une légende, des liens et des lieux de lecture et d'écriture. Limites infinies du rêve, mon plus grand voeu serait de pouvoir créer des instants partagés.

http://www.ubarius.com/category/web-vagabond/

Je suis allée voir ce blogue vagabond. Il est très beau, notamment la photo de Rauba Capeu, prise à Nice en bord de mer, entre Promenade et port par un photographe du nom de Christophe Jacrot. (à suivre)

Je lis :

La Vague (Yasushi  Inoué) - Nouvelle dans Pluie d'orage (Stock)

page 61

"A la fin de la première leçon, Mme Tamiya se leva et lut de sa jolie voix transparente une poésie de Jules Romains intitulée "Ode" traduite par Fumaki. C'était la seule chose qu'elle ait notée sur son petit carnet.

Je n'attends rien,  je ne veux rien

Que la paix de cette vallée.

Et je n'ai pas besoin non plus

Que le présent soit éternel".

Page 84

"Devant la maison, au-delà du chemin, trois ou quatre carrés de rizières se succédaient en plateaux successifs descendant en pente douce, après quoi le terrain plongeait brusquement, se dérobant au regard. Beaucoup plus loin, une multitude de cultures en terrasses tapissaient le versant opposé de la vallée en haut duquel était juché le village voisin dont chaque maison s'ornait d'un bouquet de bambous ou d'un petit bois. Une route serpentant à travers champs zébrait toute la pente. Le village était enserré dans un cirque de collines couvertes de frondaisons où se remarquaient les taches claires des bambous secoués par le vent, qui semblait assez violent à cet endroit. Ce paysage délicat s'étendait jusqu'à la ligne de crête des monts Amagi, distante de douze kilomètres".

Cette attraction qu'exerce sur moi ce petit texte, lu dans la courbe de l'avenue Cyrnos, qui monte raide jusqu'au Righi, par le Nord de la ville, vient-elle des "Monts Amagi" que j'imagine pleins du mystère de cet Orient lointain, ou bien de la proximité silencieuse des collines niçoises qui me poussent à les parcourir toujours et toujours, comme un Orient familier ?

Sur la colline qui me fait face, côté est, la très belle villa Arson, école d'Art contemporain. Toujours face à moi, côté est, un peu plus bas, le petit cimetière de Saint Barthélémy, blotti au soleil.

Dans une impasse, située sur l'avenue de Pessicart, en arrivant au Righi, j'arrive à un point de vue. La ville blanche et ses dômes colorés s'étendent  devant le bleu immense de la mer. Au milieu de gravats poussent de graciles graminées qui penchent la tête.

De retour chez moi, j'écris :

" Etre une vagabonde

Etre une graminée

Il faut pour cela

Etre quelque part

Un bon livre toujours

Aujourd'hui Yasushi Inoué "Pluie d'orage"

Un carnet un stylo une mine de plomb

Un vélo peut-être

Le ciel

Et des désirs

Des désirs

D'étrangeté

De tendresse

Tout près

Un homme ses cheveux blancs

Il est venu à moi me parler

Devant une friche où je prenais

Des photos de vagabondes

Il m'a raconté l'histoire

De ce trou béant bouche ouverte

où s'ensemencent les herbacées

Légères comme des cheveux

C'était une villa...

Un autre inconnu m'a souhaité

Bonne promenade

Il a souri

Lassé s'envoler

La méfiance

Est-ce que quelqu'un qui écrit

Sur des carnets suscite ...

Des croisements

Dans un espace

Celui qui ouvre ses yeux, un livre,

Un carnet

Celui qui écrit là, que peut-il écrire .

Cette lenteur

Je voulais la partager

Mais avec qui ?

Devant moi le bleu immense troue

le ciel immense.

Au cours de cette échappée dans les collines, j'ai voulu aussi retrouver Bonnard, au Bosquet et sa "terrasse ensoleillée" du Cannet. Comme Bonnard je veux garder en poche un carnet où je consigne les choses de la vie. Dans ceux de Bonnard, témoins touchants d'une vie simple parmi les tableaux immenses de lumière et hurlant de couleurs, on pouvait lire "pluie le matin, beau temps dans la journée" ou la liste des courses "cigarettes, pinceaux, charbon, petits-beurres", les couleurs "bleu-violet, violet sous l'influence du ciel bleu". Ainsi, chaque matin, comme un rite, avant même le petit déjeuner, il part "faire une provision de vie" autour de sa maison ou plus loin dans les collines du Cannet". Les relations obsessionnelles qu'il entretient avec le climat, les saisons, les paysages sont source d'inspiration inépuisable pour la peinture.

"Je ne m'ennuie pas car j'ai travaillé et je suis devenu paysagiste non parce que j'ai peint des paysages mais parce que j'ai acquis une âme de paysagiste ayant fini par me débarasser du pittoresque, de l'esthétique et autres conventions dont j'étais empoisonné". Cher Pierre Bonnard, cher peintre nomade.

http://www.museebonnard.fr/pierre-bonnard/bonnard-au-cannet/le-cannet-peint-par-bonnard

 

Vous pouvez ainsi constater que mes lectures inspirent le paysage qui m'inspire à son tour et en retour inspire des écrits, par des rebonds, allant de l'un à l'autre et qui se répondent en échos.

Demain je vous ferai part de deux découvertes de lecture, au bout de ma rue. Il suffit parfois de pousser une porte et d'entrer.

Avez-vous écrit depuis que vous me lisez ou bien lisez-vous autrement depuis que vous me lisez, si vous me lisez, comment savoir si vous ne m'écrivez pas ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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APRES QUELQUES SEMAINES D'EXISTENCE

Plage de Saint-Jean-Cap-Ferrat en automne 2019

Plage de Saint-Jean-Cap-Ferrat en automne 2019

Et lorsque vous me lirez ce sera
comme si une voix glissait
De l'autre côté des futaies et venait vous rappeler
qu'il existe une autre manière
de parler donc de vivre.

Emmanuel Godo (né en 1965) extrait de "A mes filles" in Je n'ai jamais voyagé ed. Gallimard

Mon blogue a maintenant presque un mois. Il est temps d'en éclairer les inclinaisons, les orientations qui s'en dégagent. Je peux déjà déterminer des points importants.

 - A qui ce blogue s'adresse-t-il ?

Même si j'ai du mal à déterminer un lecteur particulier, une cible précise, tant le lecteur vagabond poussé par la curiosité,  peut tout à coup naître à des mots, des fragments contenus dans ce blogue, je peux déjà présumer qu'il intéressera des professeurs, des animateurs, des pédagogues de toutes sortes,  mais aussi des lecteurs, des parents quels qu'ils soient, qui voudraient partager leurs expériences et transmettre leur amour de la lecture.

Il s'adresse à  tous  de   7 à 99 ans.

Des lecteurs qui cherchent un chemin jusqu'à l'écriture, et ne savent pas lequel prendre pourront trouver dans ce blogue, non pas des réponses  prêtes à l'utilisation, car je ne peux m'empêcher de penser aux plats tout préparés en barquettes, ou  aux recettes simplistes, mais plutôt des propositions et des expériences d'écritures à tenter et à vivre jusqu'à la fin de leur vie. 

Je ne parle pas d'âge en particulier, car j'ai dédié ce blogue à Clarisse, huit ans et à Fannie-Laure, seize ans, qui pourront le lire lorsqu'elles en éprouveront le désir, peut-être découvriront-elles mon propre désir, celui d'une grand-mère, attentive à toutes les possibilités qui sont offertes par la lecture et l'écriture, dans la découverte de soi, une véritable aventure, la plus grande selon Montaigne. Alors, soyons cet "homme aux semelles de vent"  (surnom donné par Verlaine à Rimbaud),  Arthur Rimbaud qui, en seulement deux ans de production intense, donna tout ce qu'il avait à dire.

"J'ai voulu dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens",  nous dit-il, en s'adressant à sa mère. Et ces mots sont un cadeau immense à notre imaginaire.

  - Quelle est la vocation de ce blogue ?

Dans la vie "vraie",  je  préfère la réalité à la virtualité. Cependant, je suis heureuse d'avoir franchi le miroir, comme Alice, et je découvre au fur et à mesure les possibilités que ce nouvel espace d'expression peut offrir. 

Cependant, j'aimerais que ces écrits me ramènent à la réalité, c'est pourquoi, j'ai besoin d'échanges réels, avec des lecteurs en vrai, et des écrivains (en herbe ou confirmés) qui m'enverraient leur production, leurs doutes, leurs découvertes.

Et pourquoi pas, dans quelques temps (plus ou moins lointain), se réunir à Nice ou ailleurs pour parler de ce qui nous semble important et lire à voix haute ce que nous avons aimé, rencontré ou produit.

- Quel est l'esprit de ce blogue ?

Il est avant tout vagabond, errant, curieux, ouvert. Toutes les sensibilités sont bienvenues.

Il est cette place au milieu du village où nous nous réunissons pour bavarder sous un tilleul bienfaisant. Il est ce banc sous les tilleuls qui recueille toutes nos tendresses, nos échanges, nos espoirs et nos chagrins.

Ce qui compte c'est d'écrire quelque chose qui compte pour vous, sans craindre les jugements.

Sans compétition aucune. Vous pouvez  utiliser la messagerie pour vos envois.

 

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