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LE SEL DE LA VIE : L'HERITAGE DE FRANCOISE HERITIER

J'ai connu Françoise Héritier récemment, grâce à l'émission télévisée "La Grande Librairie", de François Busnel. J'avais beaucoup apprécié sa façon de parler et de réfléchir.  Née le 15 novembre 1933 à Veauche dans la Loire (France) elle est  morte le 15 novembre 2017 à Paris.

Puis j'ai cherché un livre d'elle à la bibliothèque, son expérience d'anthropologue et d'ethnologue m'intéressait. Cela lui donnait un point de vue distancé sur sa propre vie, qu'à la fois elle vivait et observait. Je revins à la maison avec un petit livre qui me mit l'eau à la bouche  : "Le sel de la vie".  Un livre publié chez Odile Jacob de 87 pages.

J'ai senti qu'avec Françoise Héritier, j'avais rencontré une écrivaine, que je pourrais lire et relire et qui pourrait m'accompagner, comme une amie dans mes petits travaux d'écriture, qu'elle pourrait être une guide.

Les titres sont importants, ils nous attirent, nous séduisent  ou nous rejettent. "Le sel de la vie" m'intrigua tout de suite, et j'entrais dans ce petit livre par quelques mots qui résonnent en moi comme les notes d'un instrument à cordes.

Mais le mieux est de l'écouter parler de son livre et comment il est né, d'en connaître la source, l'élan,  le "terreau" qui ont été ses appuis.

 

 

 

 

Merveilleuse Françoise Héritier. Je goûte ses mots passionnément, et je m'y retrouve.

A lire légèrement et profondément

A lire légèrement et profondément

Certains mots utilisés par Françoise Héritier comme je vous l'ai dit, font sonner des cordes intérieures, très profondes. Si vous avez lu mes précédents articles, vous allez les reconnaître. Ce sont les mots de "grâce", de " légèreté de l'être", de "terreau", de "mouvement".

Le projet de ce livre est de commencer par quelques mots, c'est ce qu'elle appelle "une fantaisie", née au fil de la plume et de l'inspiration.

Par des associations spontanées avec d'autres mots, Françoise Héritier nous invite à parcourir un chemin de "sensations, d'émotions, de petits plaisirs, de grandes joies, de profondes désillusions parfois et même de peines. Mais son esprit se tourne plutôt vers des moments lumineux.

Elle nous dit dans sa préface : "C'est donc une énumération  qui suit, une simple liste, en une longue phrase, qui est venue ainsi toute seule par à-coups, comme un grand monologue murmuré".

Ces mots murmurés pénètrent en nous. Ils sont très précieux, car ils nous invitent à "ne pas nous laisser déposséder par notre vie active, un entourage dévorant, un travail obsédant, des responsabilités multiples accablantes."

Le livre de Françoise Héritier nous propose également de prendre la plume, tout simplement. Ce sera notre atelier d'écriture d'aujourd'hui,ou de tous les jours :  écrire une phrase, en une énumération, comme un  poème en prose en hommage à la vie. cet atelier peut convenir à tous les âges.  5 lignes minimum, une page maximum.

(Voici un petit florilège, dans le désordre, de ces fiorettis souriants et entraînants) : Le continuer, en une seule phrase, séparée par des virgules. C'est un exercice d'écriture savoureux.

- traverser une rivière à gué ou en sautant de pierre en pierre

- écouter ruisseler l'eau d'un torrent

- préparer le thé

- trouver belles les éoliennes

- détester l'atmosphère des soldes

- donner rendez-vous au bout du monde mais dans un lieu très précis (et dans six mois) à quelqu'un qu'on aime et ne pas retrouver l'endroit 

- manger un sandwich dans la rue

- caresser

- être caressé

- embrasser

 

 

 

 

 

 

A vos plumes, j'attends impatiemment de vos nouvelles.

Vous pouvez les envoyer à mon adresse : plauranice@gmail.com

(French, English, Spanish, Italian, even German  accepted)

 

 

 

 

Pour en savoir plus :

Article du Monde du 16 novembre 2017

L'anthropologue Françoise Héritier, femme de combats.

C’est une grande anthro­po­logue, une intellectuelle à la fois discrète, modeste et mondialement reconnue, une femme de courage à la douceur infinie, qui est morte dans la nuit du 14 au 15 novem­­­bre. Atteinte de polychondrite, une maladie rare pour laquelle elle était soignée depuis 1983, Françoise Héritier a succombé à une rupture de l’aorte, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

« C’est la plus grande anthropologue de sa génération », témoigne l’africaniste Emmanuel Terray. « Elle a poussé le structuralisme plus loin que Claude Lévi-Strauss ne l’avait fait lui-même », assure l’ethnologue Marc Augé, qui fut son mari pendant vingt ans. « Elle s’est battue avec toute la force de son intelligence pour affirmer les droits des femmes et leur volonté de se débarrasser de cette domination masculine », explique Salvatore D’Onofrio, professeur à l’université de Palerme et membre du Laboratoire d’anthropologie sociale.

Ses champs de recherche sont impressionnants et couvrent aussi bien les rapports entre le masculin et le féminin que la mécanique des liquides corporels, l’inceste que la contraception, la différence que la violence.   (...)

Françoise Héritier, en 1987.
Françoise Héritier, en 1987. Martine Franck / Magnum Photos

Mais Françoise Héritier toucha plus récemment le grand public en publiant Le Sel de la vie (Odile Jacob, 2012), livre au succès immense, grand monologue sur ces ­ « moments fugitifs de grâce » qui composent une vie, relevé précis mais sans préciosité de ses « trésors intimes », « florilège de sensualité » où l’anthropologue devenue écrivaine des bonheurs quotidiens évoque le plaisir de « marcher à contre-courant » ou de « regarder les branches secouées par le vent ». C’est pourquoi Marc Augé, dans un texte à paraître dans un numéro des Cahiers de l’Herne qui sera consacré à Françoise Héritier en 2018 et que Le Monde publie ci-contre, décèle dans cet ouvrage l’empreinte de ce « matérialisme tranquille » qui vient de loin. De sa longue fréquentation des Samo du Burkina, à l’évidence, mais aussi de son enfance.

D’ascendance paysanne – la branche paternelle de la famille est composée d’Auvergnats du Livradois et celle de sa mère est originaire de la Bourgogne du Charolais –, Françoise Héritier est « une enfant de la seconde guerre mondiale », dit-elle dans Une pensée en mouvement (Odile Jacob, 2009), montage d’entretiens retraçant l’itinéraire de la chercheuse.  (...)

Elle aurait préféré passer une licence d’histoire tout court, mais, pour les filles, cette discipline était nécessairement couplée à la géographie. Férue d’égyptologie, elle ignore l’ethnologie. Mais une bande d’étudiants en philosophie l’emmène au Musée de l’homme suivre un séminaire enthousiasmant. C’était celui de Claude Lévi-Strauss. Et ce fut « la révélation de [sa] vie ». Il faut imaginer l’émerveillement de la jeune femme qui ouvrait des yeux « comme des soucoupes » à l’écoute des exposés du « maître » sur le vasu fidjien (le privilège qu’a le neveu utérin sur les biens de son oncle maternel, aux Fidji) ou sur la chasse aux aigles chez les Hidatsa (épreuve en forme de rite de passage au cours de laquelle les jeunes hommes de cette population d’Indiens d’Amérique du Nord devaient prélever sur un aigle vivant des plumes qu’ils arboreraient dans leurs futures coiffes).

 

 

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ENFANTS, ADOLESCENTS, ENTREZ DANS VOTRE ATELIER DE LECTURE ET D'ECRITURE

lecture, beauté, "luxe, calme, volupté "

lecture, beauté, "luxe, calme, volupté "

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Voilà, ces ateliers sont ouverts à tous les enfants et adolescents, et à tous ceux qui se sentent des enfants à perpétuité,  qui veulent écrire et lire et qui veulent partager leurs productions écrites ou leurs lectures silencieuses ou à voix haute. Je les accueillerai avec enthousiasme. Cet espace virtuel leur est en partie dédié. 

Il sera ta cabane de lecture et d'écriture.

Toutes les variations d'écritures sont encouragées,  la seule contrainte est de t'autoriser une liberté d'écritures et d'expressions. Alors,  à tes collages, dessins/graphies, mixage de techniques mots-images comme dans les calligrammes, "dans le style de ....",  nouvelles ...

Cet espace  est ton  espace pour expérimenter des formes d'écriture et de lecture. 

Ce blogue  aime la lenteur, la rêverie, les méandres des grands fleuves, et les troncs noueux des oliviers millénaires. Ainsi, le long d'un chemin sans fin, je marche dans des jardins  un peu sauvages, parmi les plantes vagabondes et les herbes méprisées. 

Cet espace est ton chemin, à toi d'y faire des découvertes.

Rêve et peins avec des mots ... et fais-nous connaître ton vocabulaire, ta grammaire, tes élans, tes pensées, tes couleurs, tes nuances.

Ouvre tes ailes et mets tes "semelles de vent" ... Laisse courir ta plume et tes pensées personnelles.

A bientôt,

Laurence-Marie

Un comité de lecture accordera beaucoup d'attention à tes écrits et productions  et nous espérons qu'ils trouveront leur chemin jusqu'à une publication dans ce blogue.

 Quelque part dans Nice, noyée de jasmins,  la Casarêve ...

Quelque part dans Nice, noyée de jasmins, la Casarêve ...

Atelier N°6 : Ateliers pour les adolescents

Réf article NOEL DE LECTURES ET D'ECRITURES POUR LES ADOLESCENTS du 1/01/2020

- Relis l'article ci-dessus (lien ci-dessous)

 

- Ecris un extrait de ton journal imaginaire (Une page suffit, écris d'un seul et même jet, comme un long plan de cinéma).

- Imprègne-toi des lectures proposées que tu peux trouver facilement dans la bibliothèque de ta ville ou ton village.

- Exemples à lire et relire :  Le journal d'Aurore de Marie Desplechin (Tome 1) et le journal d'Adèle de Paule du Bouchet.

- Bien sûr, tu peux lire le journal d'Anne Frank, qui m'avait passionnée lorsque j'avais ton âge ... ou le journal, d'un autre auteur qui te plaît davantage.

- Envoie-moi tes créations à plauranice@gmail.com. 

 

 

Atelier N° 7 : La Dame aux Oiseaux

Réf. article NOEL POUR LES ENFANTS

- Je te propose une lecture à voix haute, c'est très important de lire un texte que l'on aime, à voix haute et d'entendre les mots sonner à l'intérieur de soi.

http://liretecrireavecplaisir.com/

- Tu peux lire le livre qui est proposé (la Dame aux Oiseaux) ou bien en choisir un qui te plaise ou que tu connais ( le Roman de Renard ou un autre)

- N'oublie pas de t'enregistrer et te t'écouter ensuite.

- Envoie-moi ta lecture.

- A la suite de ce travail, je suis sûre que des mots délicieux te viendront à l'esprit et que tu voudras écrire toi aussi.

- Envoie tes mots, tes poèmes, tes lettres ... à plauranice@gmail.com

 

Le jour d'après ...  Un monde meilleur ou le meilleur des mondes ?

Le jour d'après ... Un monde meilleur ou le meilleur des mondes ?

ATELIER N° 8  Adolescents

Réf.  Article LES MOTS ET LES MAUX DES ADOS du 27 février 2020

 

http://liretecrireavecplaisir.com/

- Relis l'article ci-dessus  (souvenir de l'atelier de lecture avec Sophie Branganti qui convoque son enfance aux Moulins à l'ouest de Nice)

- Ecris sur toi.   Ecris sur une personne de ta famille, ta grand-mère, ton grand-père ...

   Ecris sur l'endroit où tu vis avec ta famille.

   Ecris sur un souvenir dont tu es fier (ère) ou honteux (honteuse). 

   Ecris, tout simplement.

Envoie tout à mon adresse plauranice@gmail.com

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A MIS AMIGOS CHILENOS Y PANAMEÑOS - UNA VOZ SE APAGO

Luis Sepulveda fallecio en Oviedo (Espana)del Coronavirus. Tenia 70 anos.

Luis Sepulveda fallecio en Oviedo (Espana)del Coronavirus. Tenia 70 anos.

A  Christel ,  amiga mia.

En recuerdo de mis amigos Chilenos (entre tantos René Altamirano y sus compañeros) que vivieron con nuestra pequeña familia, en la  casa que teníamos en Panamà, en la calle Tercera, cerca del Hotel Central, en 1976/1977  desde el primer día que llegaron ahí, en la Plaza Central, como exiliados y refugiados de los campos de prisioneros en Chile después del golpe de estado de Pinochet. !Ojalà uno de ellos leyese estas palabras y  escribiese a plauranice@gmail.com !  

A Adriensito y Alansito que eran chiquititos y que en esa época estaban creciendo y  jugando en la Plaza de Francia (Panamà ciudad), o en los balcones de madera colgados por encima de la calle tercera, con los niños panameños y chilenos. A lo lejos se divisaban el Pacifico y la isla de Taboga. 

A mi marido cuyos alumnos cantaron "Auprès de ma Blonde" (XVIII siglo) en la Plaza de Francia,  frente al oceano Pacifico el 14 de Julio 1977.

(L.M. Noé)

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Luis Sepùlveda es un Escritor chileno, el nació en Ovalle en 1949 y murió en Oviedo (Espana) del coronavirus hace dos días. Tenia setenta anos.   

A raíz de la publicación de la novela "Un viejo que leía novelas de amor "(1992), se convirtió en uno de los escritores latinoamericanos más leídos en todo el mundo.

Políticamente comprometido fue apresado  durante la dictatura de Augusto Pinochet y posteriormente abandonò el paìs. 

De su ideario político y social destaca su preocupación por el desequilibrio del planeta y el futuro de la humanidad.

Con un lenguaje directo, de rápida lectura, cargado de anécdotas, sus libros denuncian el desastre ecológico que afecta el mundo y critica el egoísta comportamiento humano, pero también muestran y exaltan las más maravillosas manifestaciones de la naturaleza.

"Un viejo que leía novelas de amor" (1988) es una historia repleta de los ruidos, susurros, secretos en la selva ecuatoriana, en el mundo de los Indios Shuars o Jibaros. 

Aunque el pueblo en la selva ecuatoriania se llama "El Idilio", en la realidad no es un idilio. La natura no es un paraíso tan poco es el jardín del Edén. Es un ente inmenso y terrible al cual  los hombres, animales, plantas  y ríos están atados  por el mejor y  el peor. Están juntos en un abrazo permanente, vital y mortal, lucido y ciego, hostil y amoroso, brutal y astuto. El escritor non contempla la naturaleza con candidez ni simpleza. En lo contrario afirma que la ingenuidad y las ideas simples  están tan  peligrosas y destructivas como las de la  dominación y de la avidez.

Encontrarse cara a cara con la naturaleza (cuando Luis Sepulveda huyò  de  Chile,  vivò con los Shuars, Indios en Ecuador)  non necesita  sentimientos sino un saber y numerosos conocimientos muy importantes para sobrevivir en una selva muy compleja, conocimientos que los Indios han acumulado  durante siglos. Sepulveda  se da cuenta con tristeza que los hombres que explotan  la selva de Amazonia y que se llaman los hombres de progreso, (con oposición a los jíbaròs que significa en español "salvajes") conduce a la desaparición de estos hombres que tienen el saber de ese  medio complejo que es la selva. Cuando Lùis escribe la novela, dedica su libro a Chico Mendez, su amigo y ardiente abogado  de la selva amazona (una de las figuras màs famosas  del movimiento  ecológico universal) asesinato un ano antes por hombres armados y pagados por los criminales más poderosos del mundo.

Así comienza la novela :

NOTA DEL AUTOR
Cuando esta novela era leída en Oviedo por los integrantes del jurado que pocos días más tarde le otorgaría el Premio Tigre Juan, a muchos miles de kilómetros de distancia e ignominia una banda de asesinos armados y pagados por otros criminales mayores, de los que llevan trajes bien cortados, uñas cuidadas y dicen actuar en nombre del «progreso», terminaba con la vida de uno de los más preclaros defensores de la amazonia, y una de las figuras más destacadas y consecuentes del Movimiento Ecológico Universal.

Esta novela ya nunca llegará a tus manos, Chico Mendes, querido amigo de pocas palabras y muchas acciones, pero el Premio Tigre Juan es también tuyo, y de todos los que continuarán tu camino, nuestro camino colectivo en defensa de este el único mundo que tenemos.

 

Dedicatoria :

A mi lejano amigo Miguel Tzenke, síndico shuar de Sumbi en el alto Nangaritza y gran defensor de la amazonia. En una noche de narraciones desbordantes de  magia me entregó algunos detalles de su desconocido mundo verde, los que más tarde, en otros confines alejados del Edén ecuatorial, me servirían para construir esta historia

 

Capítulo primero
El cielo era una inflada panza de burro colgando amenazante a escasos 
palmos de las cabezas. El viento tibio y pegajoso barría algunas hojas sueltas y sacudía con violencia los bananos raquíticos que adornaban el frontis de la alcaldía.

Los pocos habitantes de El Idilio más un puñado de aventureros llegados de las cercanías se congregaban en el muelle, esperando turno para sentarse en el sillón portátil del doctor Rubicundo Loachamín, el dentista, que mitigaba los dolores de sus pacientes mediante una curiosa suerte de anestesia oral.

—¿Te duele? —preguntaba.

Los pacientes, aferrándose a los costados del sillón, respondían abriendo desmesuradamente los ojos y sudando a mares.

Algunos pretendían retirar de sus bocas las manos insolentes del dentista y responderle con la justa puteada (*), pero sus intenciones chocaban con los brazos fuertes y con la voz autoritaria del odontólogo.

(*) grossièreté

—¡Quieto, carajo (*) ! ¡Quita las manos! Ya sé que duele. ¿Y de quién es la culpa? ¿A ver? ¿Mía? ¡Del Gobierno! Métetelo bien en la mollera. El Gobierno tiene la culpa de que tengas los dientes podridos. El Gobierno es culpable de que te duela.

(*) bordel

Los afligidos asentían entonces cerrando los ojos o con leves movimientos de cabeza.

El doctor Loachamín odiaba al Gobierno. A todos y a cualquier Gobierno. Hijo ilegítimo de un emigrante ibérico, heredó de él una tremenda bronca a todo cuanto sonara a autoridad, pero los motivos de aquel odio se le extraviaron en alguna juerga de juventud, de tal manera que sus monsergas de ácrata se transformaron en una especie de verruga moral que lo hacía simpático.

Vociferaba contra los Gobiernos de turno de la misma manera como lo hacía contra los gringos llegados a veces desde las instalaciones petroleras del Coca, impúdicos extraños que fotografiaban sin permiso las bocas abiertas de sus pacientes.

Muy cerca, la breve tripulación del Sucre cargaba racimos de banano verde y costales de café en grano.

A un costado del muelle se amontonaban las cajas de cerveza, de aguardiente Frontera, de sal, y las bombonas de gas que temprano habían desembarcado.

El Sucre zarparía (*) en cuanto el dentista terminase de arreglar quijadas (*), navegaría remontando las aguas del río Nangaritza para desembocar más tarde en el Zamora, y luego de cuatro días de lenta navegación arribaría al puerto fluvial de El Dorado.

(*) appareillerait   (*) les mâchoires

El barco, antigua caja flotante movida por la decisión de su patrón mecánico, por el esfuerzo de dos hombres fornidos que componían la tripulación y por la voluntad tísica de un viejo motor diesel, no regresaría hasta pasada la estación de las lluvias que se anunciaba en el cielo encapotado.

El doctor Rubicundo Loachamín visitaba El Idilio dos veces al año, tal como lo hacía el empleado de Correos, que raramente llevó correspondencia para algún habitante. De su maletín gastado sólo aparecían papeles oficiales destinados al alcalde, o los retratos graves y descoloridos por la humedad de los gobernantes de turno.

Las gentes esperaban la llegada del barco sin otras esperanzas que ver renovadas sus provisiones de sal, gas, cerveza y aguardiente, pero al dentista lo recibían con alivio, sobre todo los sobrevivientes de la malaria cansados de escupir restos de dentadura y deseosos de tener la boca limpia de astillas, para probarse una de las prótesis ordenadas sobre un tapete morado de indiscutible aire cardenalicio.

Despotricando contra el Gobierno, el dentista les limpiaba las encías * de los últimos restos de dientes y enseguida les ordenaba hacer un buche con aguardiente.

(*)las encías : les gencives

—Bueno, veamos. ¿Cómo te va ésta?
—Me aprieta. No puedo cerrar la boca.
—¡Joder! Qué tipos tan delicados. A ver, pruébate otra.
—Me viene suelta. Se me va a caer si estornudo.
—Y para qué te resfrías, pendejo (*). Abre la boca.

 (*) couillon


Y le obedecían.
Luego de probarse diferentes dentaduras encontraban la más cómoda y discutían el precio, mientras el dentista desinfectaba las restantes sumer- giéndolas en una marmita con cloro hervido.

El sillón portátil del doctor Rubicundo Loachamín era toda una institución para los habitantes de las riberas de los ríos Zamora, Yacuambi y Nangaritza.

En realidad, se trataba de un antiguo sillón de barbero con el pedestal y los bordes esmaltados de blanco. El sillón portátil precisaba de la fortaleza del patrón y de los tripulantes del Sucre para alzarlo, y se asentaba apernado sobre una tarima de un metro cuadrado que el dentista llamaba «la consulta».

—En la consulta mando yo, carajo. Aquí se hace lo que yo digo. Cuando baje pueden llamarme sacamuelas, hurgahocicos*, palpalenguas, o como se les antoje, y hasta es posible que les acepte un trago.

(*fouille-gueules)

Quienes esperaban turno mostraban caras de padecimiento extremo, y los que pasaban por las pinzas extractoras tampoco tenían mejor semblante.

Los únicos personajes sonrientes en las cercanías de la consulta eran los jíbaros mirando acuclillados *.  (*accroupis)

Los jíbaros, Indígenas rechazados por su propio pueblo, el shuar, por considerarlos envilecidos y degenerados con las costumbres de los «apaches», de los blancos.

Los jíbaros, vestidos con harapos* de blanco, aceptaban sin protestas el mote-nombre endilgado por los conquistadores españoles. (*guenilles)

Había una enorme diferencia entre un shuar altivo y orgulloso, conocedor de las secretas regiones amazónicas, y un jíbaro, como los que se reunían en el muelle de El Idilio esperando por un resto de alcohol.

Los jíbaros sonreían mostrando sus dientes puntudos, afilados con piedras de río.

—¿Y ustedes? ¿Qué diablos miran? Algún día van a caer en mis manos, macacos —los amenazaba el dentista.

 

Al sentirse aludidos los jíbaros respondían dichosos.
—Jíbaro buenos dientes teniendo. Jíbaro mucha carne de mono comiendo.
A veces, un paciente lanzaba un alarido que espantaba los pájaros, y 
alejaba las pinzas de un manotazo llevando la mano libre hasta la empuñadura del machete.

—Compórtate como hombre, cojudo. Ya sé que duele y te he dicho de quién es la culpa. ¡Qué me vienes a mí con bravatas! Siéntate tranquilo y demuestra que tienes bien puestos los huevos.

—Es que me está sacando el alma, doctor. Déjeme echar un trago primero.

El dentista suspiró luego de atender al último sufriente. Envolvió las prótesis que no encontraron interesados en el tapete cardenalicio, y mientras desinfectaba los instrumentos vio pasar la canoa de un shuar.

El indígena remaba parejo (*), de pie, en la popa de la delgada embarcación. Al llegar junto al Sucre dio un par de paletadas que lo pegaron al barco.

* pagayaient

Por la borda asomó la figura aburrida del patrón. El shuar le explicaba algo gesticulando con todo el cuerpo y escupiendo constantemente.

El dentista terminó de secar los instrumentos y los acomodó en un estuche de cuero. Enseguida tomó el recipiente con los dientes sacados y los arrojó al agua.

El patrón el shuar pasaron por su lado rumbo a la alcaldía.
—Tenemos que esperar, doctor. Traen a un gringo muerto.
No le agradó la nueva. El 
Sucre era un armatoste incómodo, sobre todo

durante los viajes de regreso, recargado de banano verde y café tardío, semipodrido, en los costales.

Si se largaba a llover antes de tiempo, cosa que al parecer ocurriría ya que el barco navegaba con una semana de retraso a causa de diversas averías, entonces debían cobijar carga, pasajeros y tripulación bajo una lona, sin espacio para colgar las hamacas, y si a todo ello se sumaba un muerto el viaje sería doblemente incómodo.

El dentista ayudó a subir a bordo el sillón portátil y enseguida caminó hasta un extremo del muelle. Ahí lo esperaba Antonio José Bolívar Proaño, un viejo de cuerpo correoso al que parecía no importarle el cargar con tanto nombre de prócer.

—¿Todavía no te mueres, Antonio José Bolívar? Antes de responder, el viejo se olió los sobacos. —Parece que no. Todavía no apesto. ¿Y usted? —¿Cómo van tus dientes?

—Aquí los tengo —respondió el viejo, llevándose una mano al bolsillo. Desenvolvió un pañuelo descolorido y le enseñó la prótesis.

—¿Y por qué no los usas, viejo necio?

—Ahorita me los pongo. No estaba ni comiendo ni hablando. ¿Para qué gastarlos entonces?

El viejo se acomodó la dentadura, chasqueó la lengua, escupió generosamente y le ofreció la botella de Frontera.

—Venga. Creo que me gané un trago.
—Vaya que sí. Hoy día sacó veintisiete dientes enteros y un montón de
pedazos, pero no superó la marca.
—¿Siempre me llevas la cuenta?
—Para eso son los amigos. Para celebrar las gracias del otro. Antes era

mejor, ¿no le parece?, cuando todavía llegaban colonos jóvenes. ¿Se acuerda del montuvio aquel, ese que se dejó sacar todos los dientes para ganar una apuesta?

El doctor Rubicundo Loachamín ladeó la cabeza para ordenar los recuerdos, y así llegó la imagen del hombre, no muy joven y vestido a la ma- nera montuvia. Todo de blanco, descalzo, pero con espuelas de plata.

El montuvio llegó hasta la consulta acompañado de una veintena de individuos, todos muy borrachos. Eran buscadores de oro sin recodo fijo. Peregrinos, los llamaban las gentes, y no les importaba si el oro lo encontraban en los ríos o en las alforjas del prójimo. El montuvio se dejó caer en el sillón y lo miró con expresión estúpida. —Tú dirás.

—Me los saca toditos. De uno en uno, y me los va poniendo aquí, sobre la mesa. —Abre la boca.

El hombre obedeció, y el dentista comprobó que junto a las ruinas molares le quedaban muchos dientes, algunos picados y otros enteros.

—Te queda un buen puñado. ¿Tienes dinero para tantas extracciones?

El hombre abandonó la expresión estúpida. —El caso es, doctor, que los amigos aquí presentes no me creen cuando les digo que soy muy macho. El caso es que les he dicho que me dejo sacar todos los dientes, uno por uno y sin quejarme. El caso es que apostamos, y usted y yo nos iremos a medias con las ganancias.

—Al segundo que te saquen vas a estar cagado y llamando a tu mamacita —gritó uno del grupo y los demás lo apoyaron con sonoras carcajadas.

—Mejor te vas a echar otros tragos y te lo piensas. Yo no me presto para cojudeces —dijo el dentista.

—El caso es, doctor, que, si usted no me permite ganar la apuesta, le corto la cabeza con esto que me acompaña.

Al montuvio le brillaron los ojos mientras acariciaba la empuñadura del machete. De tal manera que corrió la apuesta.

El hombre abrió la boca y el dentista hizo un nuevo recuento. Eran quince dientes, y, al decírselo, el desafiante formó una hilera de quince pepitas de oro sobre el tapete cardenalicio de las prótesis. Una por cada diente, y los apostadores, a favor o en contra, cubrieron las apuestas con otras pepitas doradas. El número aumentaba considerablemente a partir de la quinta.

El montuvio se dejó sacar los primeros siete dientes sin mover un músculo. No se oía volar una mosca, y al retirar el octavo lo acometió una hemorragia que en segundos le llenó la boca de sangre. El hombre no conseguía hablar, pero le hizo una señal de pausa.

Escupió varias veces formando cuajarones sobre la tarima y se echó un largo trago que le hizo revolverse de dolor en el sillón, pero no se quejó, y tras escupir de nuevo, con otra señal le ordenó que continuase.

Al final de la carnicería, desdentado y con la cara hinchada hasta las orejas, el montuvio mostró una expresión de triunfo horripilante al dividir las ganancias con el dentista.
—Sí. Esos eran tiempos —murmuró el doctor Loachamín, echándose un 
largo trago.
El aguardiente de caña le quemó la garganta y devolvió la botella con una 
mueca.
—No se me ponga feo, doctor. Esto mata los bichos de las tripas —dijo

Antonio José Bolívar, pero no pudo seguir hablando.
Dos canoas se acercaban, y de una de ellas asomaba la cabeza yaciente de 
un hombre rubio.

(...)

 

 

El resumen de la novela presentado por Valentina. Gracias Valentina, es una presentación atractiva, por eso la he escogida para mi blog de lectura y de escritura.

Terminaré este articulo con la video siguiente, muy completa e interesante. Podemos oír la voz de Luis Sepulveda en una emisión de la TV chilena acerca de escritores y podemos escuchar como comparte  la  escritura de sus novelas con la  literatura de America Latina. 

Adiós querido Luis, amigo de lecturas de America Latina

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DANS LE CREUX DE L'OREILLE AUX CONFINS DU CONFINEMENT

Dans le jardin, Clarisse aperçoit un arc-en-ciel

Dans le jardin, Clarisse aperçoit un arc-en-ciel

Le chapitre 4, 5, 6, 7 sont disponibles à la fin de cet article.

LE MOUTON SE REBIFFE :  Un drame, écrit  un après-midi d'été  étouffant, par Laurence-Marie Noé, Clarisse (8 ans) et une amie, Françoise, dans la joie et la bonne humeur. Tous les jours l'histoire continue ...   1 chapitre par  jour de lecture inédite ! Actuellement six  chapitres à lire seul ou accompagné.

Bonjour les enfants ! Cette histoire,  je l'ai écrite pour vous. Vous n'aurez qu'à écouter celui ou celle qui voudra bien vous la lire, ou bien la lire vous même, et laisser venir les images. Elles viendront toutes seules, et elles vous appartiendront, elles seront vos images, votre monde.

Vous avez ce pouvoir là, de créer des images dans votre tête au fur et à mesure que l'histoire se déroule.

Lire et écouter une histoire est d'autant plus important qu' il est interdit de caresser et de bercer un mouton pour de vrai, aussi mignon et rond soit-il, et lui faire des bisous dans le cou, parce qu'il est interdit de sortir et d'aller dans les prairies pendant que nous sommes confinés.

Puissions-nous encore le faire en rêve ! Se laisser confiner par un mouton, c'est doux, ce n'est pas dangereux, et ça sent bon l'herbe coupée. On peut plonger les deux mains dans sa toison et se réchauffer le coeur à la sortie de l'hiver, encore un peu frisquet. 11° aujourd'hui à Nice. Il n'a pas fait aussi froid de tout l'hiver.

Alors pelotonnez-vous (*) dans le sofa, avec un coussin sous la nuque, les oreilles bien ouvertes, et laissez vous transporter par le train des rêves, au pays des moutons.

(*) blotissez-vous, mettez-vous en pelote (de laine de mouton !)

Note au lecteur : Amusez-vous à le lire de différentes façons, plutôt d'une manière expressive, lentement et en prononçant certains mots avec gourmandise.

4ème de couverture : Georges est un mouton malheureux, méprisé par tout le monde, sauf par Croquoline son amie. Comment arrivera-t-elle à sauver son ami mouton de cette triste situation ?

Thèmes abordés : l'amitié, la solidarité,  le harcèlement, la prise de parole, le pouvoir des mots, la confiance en soi, la gentillesse, la méchanceté, la sincérité, l'hypocrisie.

 

 

 

 

                                                 CHAPITRE 1

              IL ETAIT UNE FOIS... UN MOUTON

 

Il s’appelait GEORGES,  car ses parents adoraient la verte Angleterre et lui avaient donné un nom de roi.
Dans les prés aux mille marguerites,  on avait déclaré qu’il était un peu bête parce qu’il avait pris l’habitude de répondre:
« Ben euh..euh.. euh.., quoi  a.. a.. a.. » à toutes les questions qu’on lui posait.     

Se moquer de lui était un jeu,  jusqu’aux plus hauts sommets des plus hautes montagnes, loin, loin jusqu’aux confins des pâturages et des déserts.

Pauvre Georges, il était bien malheureux et seul. Souvent, paissant lentement, il regardait les longs nuages moutonnants, et  laissait alors ses pensées voguer très loin, jusqu'au pays où les moutons normaux n’existaient pas.

Car en fait, et c’est là le drôle de l’histoire, Georges le mouton n’avait rien d’un mouton. Disons qu’il était original, et c’était pour cela que l’on se moquait de lui et qu’on se permettait de lui donner des ordres  : « Georges par ci, Georges par là, Georges, Georges, Georges" et il n’en pouvait plus, il en avait par dessus la casquette de mouton (il faut que je vous dise, cette expression est très courante dans la prairie fleurie).


Physiquement, il n’avait rien d’un mouton. Il portait une toison épaisse, aux reflets bleus, surtout au soleil, à faire pâlir le ciel et aux poils très raides, qui étaient ramenés sur le front comme une frange. « Mais d’où il sort ç’ui-là ?» disait souvent sa mère, à la fois fière et inquiète.


« Eh ! le frisé ! viens par là», ça c’était Raquette, sa soeur avec ses sabots noirs, la vilaine, (oh oh oh, avec ses sabots dondaine *), qui  le hélait pour se moquer, encore se moquer, toujours se moquer, et Croquette, et Pacrette, ses deux autres soeurs, qui tournaient, tournaient autour de lui, « eh,  Le frisé ! le frisé ! «   et Georges devenait tout rouge de honte, avec ces brebis  bêlantes, trop brebis à son goût, trop normales et surtout trop méchantes.
 

 (*)vous pouvez fredonner l'air de la chanson : en passant par la Lorraine  avec mes sabots ....                                

 

Atelier d'écriture sur le texte :

1) As-tu tout compris ?

Que signifie le titre : Le mouton se rebiffe ?

Pouquoi pense-t-on que Georges est bête ?

Est-il frisé ? pourquoi ses soeurs l'appellent "le frisé" ?

2) Que veut dire l'expression : En avoir par-dessus la casquette ?

- il aimait porter une casquette

- il n'en pouvait plus

    Qu'est-ce qu'une toison ? Donne un synonyme.

3) Donne une suite à cette histoire en 10 lignes, et envoie la sur mon mail : plauranice@gmail.com

4) Dessine un mouton (comme le petit prince !), prends ton dessin en photo et envoie la sur mon mail : plauranice@gmail.com

 

Demain, Clarisse et moi-même vous invitons tous à lire, ensemble et à voix haute ....  A demain

 

Jeudi 26 Mars 2020

Bonjour les enfants !  Comme promis, voici la suite de l'histoire du mouton Georges. J'espère que vous aimez Georges, malgré ses petits défauts, car il en a bien besoin.

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                       CHAPITRE 2

                Georges est invité

 

« Ben euh! quoi ! ça vous dér.r.ran.an..ange ? » c’était tout ce qu’il trouvait à dire, et il faisait rouler  les r.r.r. en repliant sa langue sur le palais et en faisant traîner la dernière syllabe ran en prononçant « run ».

 

Même Sifflet, le serpent voulait lui donner des ordres : « Va me ser..ser        de l’eau, mouton ! » sifflait-il avec son énorme cheveu sur la langue, et « vite », « z’ai ssoif  !».

Alors Croquoline, la teckel, qui avait un croc contre tout le monde, mais fort jolie et gentille par ailleurs, dit à Georges 

»Pourquoi tu te laisses faire, tu es trop gentil ! Ils profitent tous de toi dans la prairie. Réveille-toi! ».

« Ah ! euh ! ben quoi … C’est vrai ? »

« Ben oui quoi, t’es mou, mou, mou, mouton ! » dit-elle, et elle sauta sur Sifflet, et lui mordit la queue.

 

« Ouille, ouillouille! à l’aide !» Sifflet  se carapata en glissant, se faufilant, et en prenant la poudre d’escampette dans les hautes herbes et les fougères de la prairie. Maintenant on l’entendait pleurer au loin. Cela lui faisait un peu mal.

 

« Quel foin celui-là (*) !» s’écrièrent  Raquette, Croquette et Pacrette, bien contentes que Sifflet ait pris une bonne leçon et toujours aussi méchantes, rirent aux éclats mais leur bouche était un peu tordue.

(*)autre expression de la prairie qui signifie « il en fait des histoires »

 

Croquoline  alors prit la parole : « Georges, je t’invite au salon de thé Pissenlit, demain à trois heures pile poil de mouton. Il y aura des gâteaux  crocroustillants (*) Qu’on se le dise ! Et qui m’aime me suive !

(*) patois de la prairie, qui signifie : très croustillants et croquants

Mais personne ne bougea …

 

« Ben euh! quoi! oui! j’adore la crème Chantilly ! ça ressemble aux nuages de mes pensées ou aux chevelures des moutons normaux. »

 

« Alors, qu’as-tu décidé, tu viens ou tu ne viens pas ?», Croquoline voulait savoir et elle le trouvait bien mou, mou, mou, ce mouton.

 

Les trois soeurs dans leur coin, observaient la scène et rongeaient leur sabots noirs. Elles n’étaient pas invitées et elles en étaient vertes de rage.

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Vous connaîtrez la suite demain ...  Soyez sages, restez bien confinés et lisez de belles histoires. Ou bien transformez celle-ci à votre guise (*)

- Sais-tu ce que veut dire : prendre la poudre d'escampette ?

C'est une expression qui vient de l'ancien français, très imagée.

"escamper"  voulait dire  s'enfuir. Ce qui signifie que Sifflet, le serpent est parti sans demander son reste. 

(*) guise : c'est un mot qui vient du francique, la langue des Francs (wisa = manière). "à votre guise" veut dire "à votre manière", comme vous l'entendez. C'est un bien joli mot encore très employé.

 

 

 

Aux oreilles de ceux qui lisent ces mots :

Bonjour les enfants ! Nous sommes aujourd'hui le vendredi 27 mars 2020. Dehors le temps est gris et froid, et tout est recouvert d'étrangeté.  Nous sommes toujours confinés, et nous ne fuyons plus notre monde intérieur mais nous le recherchons. La voix s'élève, une voix humaine, sans image et sans écran.

Aucun enfant ne peut résister à la voix humaine, directe, celle qu'ils ont entendu peut-être lorsqu'ils baignaient dans le liquide amniotique, comme des petits poissons. Cette voix est un besoin tapi au fond de tout être. La voix humaine, avec ses mélodies à l'infini, ses timbres uniques, qui touchent et enveloppent autant que les bras. La voix portent des sons que l'on perçoit dans leur douceur ou leur dureté, ces sons qui portent des mots et enfin des idées et des images et qui deviennent très proches, comme un souffle dans le creux de l'oreille. Et tout à coup on voit la scène comme si nous étions dedans (ce qui est différent du cinéma).

Alors retrouvons ce lien hors du temps, direct, réel, coloré, sensible qui nous relie tous les uns aux autres par l'expérience des mots seuls.

Et lisons, lisons ensemble, à voix haute ou silencieusement et écrivons, formons des lettres et des mots, qui sont faits de cette matière incroyable qui est le plaisir d'entendre, d'écouter ou de voir des mots,  pour ce qu'ils représentent et dessinent à l'intérieur de notre corps.

Nous n'avons pas besoin d'outils sophistiqués, de télévisions, d'odinateurs (ce qui est contradictoire avec ce que je fais présentement), de portables, juste notre voix et notre désir d'utiliser notre voix, de former des mots,  je dirais aussi des sons ... Au moins pendant ce temps de lecture à plusieurs dans notre espace confiné.

Essayez de caresser un chat avec des mots prononcés pour lui, juste pour lui et voyez l'effet que vous produisez sur lui.

Mais à partir du moment où la technique existe, pourquoi ne pas l'utiliser ? C'est aussi le propre des humains que d'inventer et de créer, et d'essayer de dépasser les limites du corps (dans le temps et dans l'espace) et de vous atteindre silencieusement. 

Ainsi je ne dis pas qu'il ne faut pas utiliser les outils techniques qui sont à notre portée. Mais il faut veiller à réserver un temps à la voix nue, au mots écrits. Les outils nous sont utiles comme peuvent l'être le couteau, le stylo ou la roue. Ils sont des objets,  et nous pouvons nous en servir pour ce qu'ils sont, si possible pour créer quelque chose, et nous aider ou nous encourager à être créatif et pour nous aider à rester en relation avec les autres.

Retrouver la simplicité, le dépouillement, le dénuement, la voix seule, c'est l'opportunité que nous offre le confinement. Alors, expérimentez, si vous ne l'avez pas déjà fait. 

Cette expérience du confinement, est une expérience unique. L'échange mondial des virus   prend-il sa source dans la sur-consommation mondiale, et la sur-production au mépris de cette matière précieuse, la terre, au mépris des cycles, des saisons, des besoins des êtres vivants, des hommes, des plantes, des animaux ?

Des virologues (et oui ! cela existe) australiens avaient prévu dés 1960, que la prochaine pandémie viendrait du sud de la Chine, du fait des transformations (destructions) écologiques : augmentation du nombre de volailles (de 13 millions en 1968 à 13 milliards en 1997 ! et combien aujourd'hui ?), déforestations massives, qui amènent les chauves-souris près des habitats urbains ... (Télérama du 28 mars 2020, propos de Frédéric Kerk, recueillis par Juliette Cerf. Frédéric Kerk est anthropologue, philosophe et a écrit : "Un monde grippé" 2010 et "Les Sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d'oiseaux aux frontières de la Chine" éd. Zones sensibles)  

  

Mais revenons à nos moutons, et à notre cher Georges, le mouton qui portait un nom de roi anglais, et vagabondez avec lui, au gré de cette lecture.

                                               CHAPITRE 3

                         Georges est bien embêté !

 

Mais elles étaient futées et fières, les trois soeurs, et elles gardèrent leur bave à l’intérieur. Elles s’adressèrent ainsi à Georges, d’une même voix et un peu en minaudant, ce qui se traduisait par la tête penchée un peu sur le côté, la bouche en queue-de-poule (pas facile à faire), et les paupières qui papillonnent. Ainsi s’adressèrent-elles à Georges en ces mots :

« Mon cher Georges, frère adoré,  nous sommes si heureuses que tu sois invité par Croquoline. Mais …. ne préfèrerais-tu pas venir avec nous à la pâtisserie de la Bergerie Rouge, celle qui ensorcelle tous les moutons des environs, avec leurs sucreries aux herbes du Tibet ? »

« Ah ! euh ! ben,  p’têt ben qu’oui, quoi, mais euh après quatre heures, car  Croquo, quoquo, quoquo. Bon, on verra demain, tagada t’soin  t’soin", répondit Georges qui ne trouvait pas ses mots.


Le lendemain,

Raquette rencontra Croquoline devant la pâtisserie.

Elle se regardèrent en chien de faïence et commencèrent à se tirer la langue et à se chamailler : « De quel droit est-ce que tu invites notre frère ?  Il est à nous et à nous seules. »

« Par tous les chiens de la terre, par tous les  teckels et les  labradors de Tasmanie, je n’ai jamais rien entendu d’aussi bête et méchant. Georges, mon ami n’appartient à personne !» répondit Croquoline à Raquette, « et puis je l'invite si je veux, c'est mon ami et cela ne te regarde pas. »

Georges arriva sur ses grandes espadrilles. (*)

(*) sorte de chaussures en toile et à semelles de cordes que les moutons portent dans les Pyrénées

« Euh, ben quoi ? qu’est-ce que vous faites ? »

« Mon dieu, qu’il est mou, mou, mou, ce mouton » pensa Croquoline « mais je l’aime bien quand même, car il est naïf et rêveur, et j'aimerais qu'il arrive enfin à se défendre. »

 

Et voici les petites questions sur le texte :

- Est-ce qu'on t'a déjà regardé (e) en chien de faïence ? Comment comprends-tu cette expression ?   Penses-tu qu'elles se caressent du regard, ou bien qu'elles se regardent de travers ?

- Que penses-tu des mots de Raquette : "... notre frère, il est à nous". Penses-tu que ce sont des mots gentils de la part de Raquette ?

ou bien : "mon cher Georges, frère adoré". Est-ce que Raquette le pense sincèrement ? pourquoi lui propose t-elle elle aussi une invitation à la pâtisserie ?

- Que va faire Georges,  ira-t-il au salon de thé  ou à la pâtisserie ?

Chers enfants,

J'attends vos dessins, vos petites histoires, vos déclarations d'amour ou les mots que vous voulez adresser à Georges à    :   plauranice@gmail.com

Bonne journée, et à demain    Laurence-Marie

Bonjour les enfants, nous sommes le samedi 28 mars 2020, Georges le mouton qui porte un nom de roi anglais, a beaucoup de mal à prendre une décision ferme.                                                           

Que va faire Croquoline, son amie teckel ?

                                   CHAPITRE 4                                                       Croquoline a du mal à se faire entendre                                           

Croquette qui n’était pas très loin, rappliqua et mit les pieds dans le plat, car elle se prenait pour une star et aimait faire tout un plat de petits évènements qui n’avaient aucune importance. Sacré cuisinière, Croquette !

« Viens donc avec nous, frérot chéri, et n’écoute pas cette pimbêche de Croquoline, qui te fait du plat, (décidément Croquette, la coquette s’intéressait aux petits plats, pensa Croquoline) alors que nous, nous ne voulons que ton bien et nous, nous t’invitons à la Bergerie Rouge. Ne perdons pas de temps, prends mon sabot et suis moi. »

Croquoline tenta encore une fois un : »Bon, ça suffit maintenant. Georges, c’est à toi de décider ».

Georges prit un air effaré et plein de craintes : »Ben euh, quoi, on verra, oui, on verra ce qu’on verra ! » Il voulut s’esbigner(*), et prendre ses grandes espadrilles à son cou.

(*) patois de la prairie qui signifie "s'enfuir"

A ce moment là, les soeurs, Croquette, Raquette et Pacrette, entraînèrent Georges, dans un nuage de poussière, ou plutôt le traînèrent comme une serpillère. Georges se mit à pleurer. Mais ses soeurs, elles , crièrent victoire (ou plutôt bêlèrent, car c’était des brebis qui ne gardaient pas leur langue dans leur poche) et elles se mirent à chanter une chanson populaire :


« Ils sont amoureux,
De l’eau dans les yeux,
Ils sont amoureux,
Scronieunieu, scronieunieu. »

Et on pouvait entendre, dans la grande prairie toutes les voix reprendre le refrain, en choeur, du cheval à la sauterelle. Croquoline, la teckel,   se boucha ses longues oreilles.

Croquoline était bien dépitée, et même déconfite. Que faire avec un mouton aussi mou, mou, mou. « quel pâté ! (*)»  . Gentil ce Georges, mais pas fûte-fûte et un peu empoté de surcroît. Mais je l’aime bien et je voudrais l’aider et donner une bonne leçon à ses soeurs, mais comment faire ?

(*)expression très familière utilisée dans la prairie des marguerites

La troupe arriva à la Bergerie Rouge, celle  qui ensorcelle tous les moutons des environs. Georges avait  les yeux rouges, et sa belle toison bleutée s’en allait en capilotade.  En effet,  le pauvre Georges n’était pas très ragoûtant et s’en allait en morceaux . Il n’avait plus de forme et se sentait  minable. « Ben ! euh, voilà ! Vous voyez ? » pleurnichait-il.

(*) mot des cousins moutons espagnols, capirotada : ragoût. C’est un plat délicieux fait avec des restes de viande, c’est à dire en morceaux.

Pendant ce temps, Croquoline s’en était allée par le vent mauvais, jusque chez elle. Personne n’avait remarqué qu’elle était partie. Elle pleurait aussi, elle ne voyait plus rien, qu’un chemin noir et sans fin devant elle.

 

A demain, Que va devenir Croquoline ? Va-t-elle abandonner son ami Georges aux mains de ses soeurs ?

 

                 CHAPITRE 5

            A la Bergerie Rouge

 

A quelques milles de là,  à la Bergerie Rouge…

La fête battait son plein. « Plouf, plouf, plouf , patapoum! Un, deux, trois, c’est toi! »  « Tiens, Georges, prends de la Chantilly … et vlan!   Pacrette lui envoya une cuiller pleine de crème sur son museau. « Ben, euh ! voilà».  Georges ne savait que dire.

 

Ils jouèrent à saute-mouton, mais Georges n’arrivait pas à sauter très haut et souvent il finissait patatras par terre, ce qui amusait beaucoup la galerie . Ils jouèrent comme des fous,  à la balançoire et ils mangèrent des gâteaux au pissenlit recouverts de crème.

 

Raquette, toujours prête à faire un coup, eut une meilleure idée, elle lui apporta un bol d’herbe recouverte d’une mousse épaisse, à l’aspect onctueux. Elle dit au pauvre Georges :

 »ferme les yeux, et ouvre la bouche, très grand, là, très bien ! » Georges ouvrit, très grand, très grand  et soudain, s’étrangla, s’étouffa, cracha.«Mais c’est du savon,ce n’est pas de la Chantilly ! "   

Il toussa, il toussa et sa gorge était toute enflammée. Il chercha Croquoline, mais tout à coup il se rendit compte qu’elle n’était pas là. « Où est Croquoline ? » dit  Georges « Où est Croquoline, où est Croquoline?» bêlèrent  Raquette, Croquette , et Pacrette, en répétant ce qu’il disait, et en le singeant.

 

Cette fois-ci, Georges s’énerva un peu. Il ne l’entendait pas de cette manière et décida d’aller chercher Croquoline. Mais avant, il avait certaines choses à dire.

 

                CHAPITRE 6

        Et Georges prit la parole

 

Il se leva, prit une grande respiration, respira, respira longuement … longtemps, profondément, lentement. Il redressa son grand torse et, dit,  oui, il dit, (je vous assure), Georges parla, et soudain les mots lui vinrent comme si une fée lui soufflait doucement ce qu’il devait dire, pour se faire entendre,  pour se faire comprendre.  Et c’était facile, très facile, car  il sentait le souffle protecteur de la fée à son oreille.

 

« Vous, mes soeurs, Raquette, Croquette et Pacrette, vous, là, qui êtes devant moi et riez à mes dépens, je vous accuse, oui, je vous accuse, devant toute cette assemblée,  je vous accuse de méchanceté ! ». Quand il parlait, il s’arrêtait à chaque mot, presque à chaque syllabe et les regardait droit dans les yeux qu’elles baissaient. Et soudain sa toison bleuâtre et sale parut ...   un habit de lumière.

 

Les soeurs auraient voulu se moquer, se moquer, mais … elles ressentaient tout à coup une grande faiblesse, une grande honte, et une grande fatigue. Elles baillèrent et s’excusèrent. Il n'y avait plus aucun mot qui leur venait à la bouche.

 

« Vous, mes soeurs, c’est à vous que je parle. Je vous plains, vous vivez dans la méchanceté depuis que je suis né.  Comme vous devez être malheureuses,  comme votre vie doit être difficile ! 

 

Mais si vous voulez, vous pouvez prendre pension à l’hôpitel*(*mot de la prairie,  qui signifie hôpital et hôtel à la fois) de Moutonville, ils sont très gentils là-bas et  ils vous donneront un lit tout blanc. Ils savent comment faire avec des brebis trop moque-bêlantes*. (*Georges avait inventé ce mot,  et il le prononça lentement, le mâcha comme s’il broutait)». Et tous les  animaux attrapèrent ce mot et le mâchèrent avec plaisir et se le murmurèrent à l’infini des plaines … Et ils firent de même avec tout son discours qui devint leur pensée.

 

 

Aujourd'hui, dimanche 29 mars. Bonjour les enfants !


Tu pourras lire deux chapitres de cette histoire.

Demain, ce sera repos.

Essaie de transformer cette histoire à ta guise (tu te souviens de  "à ma guise", "à votre guise" ... ?)

Ne te demande pas ce que tu pourrais écrire, écris, c'est tout.

Aujourd'hui j'ai reçu une vidéo pleine d'humour sur les difficultés (et j'ajouterais  les beautés) du français. 

Regarde-la !  Elle se trouve à la fin de l'histoire.

A bientôt et bonne nuit.

Chers enfants de France et du monde entier,

Aujourd'hui, nous sommes le 8 avril 2020, trois semaines que nous sommes confinés. Courage ! Le printemps revient avec sa douceur et ses verts tendres et frais. Et voici la fin de l'histoire de Georges, le mouton.

                    CHAPITRE 7

              Les mots de Georges

 

Georges leur avait donné des mots pour qu’ils pensent plus juste, et c’était infiniment précieux, oui,  plus précieux que tous les biscuits du Tibet.

 

« Je vous ordonne (là, l’assemblée était bouche bée, on entendait les mouches voler, on n’avait jamais vu de mémoire de mouton,  un mouton aussi décidé, avec autant de grandeur.) » Etait-ce Georges, vraiment, rayonnant, étincelant, là devant leurs yeux et qui parlait, parlait ?

« Je vous ordonne d’aller chercher Croquoline, et de la porter dans vos bras  jusqu’ ici,  illico et  presto.  Allez ! o u s t e  et que ça saute !     mouton ! «  et tout le monde se mit à rire, pour des moutons cela ressemble à des milliers de bêlements, entre roucoulements de pigeons et   glougloutements de dindon. Autant vous dire, que le rire est très communicatif.

 

Et ce fut une joyeuse farandole jusqu’à la maison de Croquoline. Seules les trois soeurs, vexées, honteuses, se trouvaient à la queue et avançaient en traînant les sabots. Pas très belles, les trois stars, et muettes de surcroît.

Et ce fut une fête incroyable, qu’on avait jamais connue de mémoire de mouton. Quelle joie ! quelle ambiance !

 

Et c’est ainsi, que la paix revint dans la prairie aux mille marguerites et surtout dans le coeur de Georges, qui était devenu un sage que tout le monde venait consulter. Georges resta avec Croquoline et se fit une multitude d’amis. Les soeurs petit à petit ne cherchèrent plus à se moquer. C’était devenu inutile. Peut-être s’étaient-elles rendu compte qu’elles vivaient mal avec leur méchanceté et peut-être avaient-elles décidé de changer de comportement car c’était beaucoup plus amusant et sympathique.

 

Qui eût pensé qu’un jour Georges parlerait et dirait clairement ce qu’il voulait ? ce qu’il aimait ? et qu’on l’écouterait ?

 

Désormais, tous les ans, à la même date eut lieu une fête des moutons, extraordinaire, dont l’écho se répandait par delà les montagnes, les fleuves, les mers, et les plaines. Et tous les animaux de la terre écoutaient.

 

Ils appelèrent ce jour,  la Fête de la Réconciliation. Tous, même Sifflet en connaissait l’adage, qu'on apprenait dés que l'on marchait.

 

« Ah quoi bon se détester, quand on peut ne pas

se détester.

A quoi bon se moquer quand on peut ne pas se moquer,

Entrez dans la danse et honni soit qui mal y pense.

La danse, la danse, la danse,  oui, on préfèrera

A la guerre, à la guerre, non, non, non,

Jamais, jamais, jamais »

 

Ce jour là, tous les moutons se faisaient beaux, et se tenaient par le sabot, en se balançant de droite à gauche, tous ensemble.

 

Ils firent une chanson, une sorte d’hymne qu’ils chantaient (bêlaient plutôt, mais pas moque-bêlaient) en choeur et avec coeur comme des frères et des soeurs.

 

Nous les  moutons de  la prairie,

Nous sommes tous unis et tous amis.

Entre nous  point de  moquerie

Foin de Raquette, et de Croquette

Foin de Pacrette,

Par la volonté de Croquoline,

Entendez dans les prairies,

La voix de Georges qui vous dit : »

 

Et on reprenait depuis le début … en tapant des sabots en cadence. C’était très beau et tout le monde était heureux.

 

C’est ainsi que Georges devint le mouton le plus aimé de la prairie.

 

                        FIN

Ate

Atelier d'expression orale, avec ton papa, ta maman, ou un grand frère, une grande soeur, un grand-père, une grand-mère ... ou qui tu veux.

1) Comment Georges a-t-il réussi à changer les choses et à retourner les moutons en sa faveur ?

2) Penses-tu que Georges a eu raison de parler à tous les moutons ?

3) Quels sont les mots importants qu’il utilise ?

4) Que fait-il avant de commencer à parler ?

5 ) Est-ce que tu aimes comment finit cette histoire ? Aurais-tu préféré une autre fin ? Laquelle ?

 

Ajoutez des commentaires à cet article. Avez-vous aimé cette histoire ?

... Bonne nuit.

 

les beautés du français par nos amis canadiens

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MONTAIGNE ET CESAR

J'ai mis plusieurs semaines à écrire cet article. Il avait besoin du temps de l'écriture.

En ce jour pluvieux et frais de mars,  j'ai appelé Montaigne de toutes mes forces.

Ce blogue n'a pas vocation à être une tribune de l'actualité,  il se dédie à l'écriture et à la lecture, donc à lire les mots qui s'échangent et s'écrivent. Les oeuvres cinématographiques  nourrissent l'imaginaire, et s'adressent à ceux qui les lisent.

L'écriture permet la réflexion par sa lenteur et la concentration qu'elle demande. Elle permet de retrouver le fil d'une pensée. La lecture apporte des ancrages de réflexion, et de méditation.

Je reste en dehors des bruits du monde, que je trouve trop rapides, pour moi, expéditifs, obéissant à d'autres lois que celles de la réflexion. Merci à Juliette Binoche, qui vient juste de témoigner de son sentiment vis à vis de cette parodie de cérémonie.  Comme j'avais vu le film de Roman Polanski, les bruits ont fait irruption dans ma vie avec tout leur vacarme,  et ce que j'ai entendu m'a effrayée. Je ne suis pas indifférente au monde,  à ses mutations.

La lecture et l'écriture ne sont pas un repli, mais un éveil.

Il m'a semblé nécessaire, non pas de dénoncer, mais de pointer certains manquements. 

Mon opinion importe peu, ce qui importe c'est le chemin de l'écriture vers une ébauche de pensée. Car je dois dire, que certains mots, certaines paroles m'ont effarée, par leur inconsistance, leur excès.  J'ai ressenti le besoin de prendre du temps et d'écrire.

Tout excès recouvre une absence, un manquement, une inconsistance, une insignifiance, , une faiblesse, une inanité, une grossièreté de la pensée.

C'est comme cela, je n'ai jamais pu m'associer à des mouvements de foules dont l'expression première était la haine.

Je ne suis pas juge,  de quel droit puis-je condamner ?

Je m'associe évidemment à la douleur des femmes violées, de toutes les femmes violées, mais ce n'est pas parce que nous sommes des femmes que nous devons piétiner le droit de tout homme à la présomption d'innocence, et à la prescription de faits ayant eu lieu il y a trop longtemps.

Je ne suis pas juge, de quel droit puis-je condamner ?

Je suis persuadée qu'il faudra prendre un peu de hauteur (s'envoler en somme) et de lenteur pour que mon opinion puisse être audible, ou du moins se frayer un chemin au milieu du vacarme. Je ne connais rien de mieux que les écrivains ou les philosophes pour puiser des forces dans leurs écrits.

La philosophie peut nous venir en aide, nous maintenir dans un questionnement salutaire  et surtout peut  nous aider à garder nos croyances,  nos émotions, nos vociférations primitives à bonne distance,  les unes et les autres toujours prêtes à prendre le visage des dogmes et des juges,  et de tous les gardiens d'idéologies en -isme. 

Les  jugements à-priori, au couteau,  ne sont-ils pas les seuls points d'appui pour les pensées paresseuses et démonstratives en bruits et fracas, mais sans rime ni raison ?

Je ne peux me fier à mon jugement immédiat.

J'ai perçu des cris, des rages, des mots qu'il vaut mieux laisser passer.

Que veulent dire ces cris, ces rages mondaines, ces nouveaux dévôts  qui .... puissé-je avoir la prose de Molière, seraient bien vite renvoyés en quelques mots  à leurs ignorances et leurs manquements, avec humour. Ils desservent la cause même qu'ils veulent défendre et la rendent indéfendable.

Il me semble que  ce dont nous souffrons actuellement le plus, c'est d'un manque de doute, de questionnement, d'un manque de réflexion. Dire simplement : "je ne sais pas, mais je vais réfléchir" serait rafraîchissant.

Il faut du temps ... Que le temps me soit rendu, car il faut du temps, pour créer, penser, écrire et lire.

Mais non, on parle, on fait du bruit,  ... on  frappe, on fait  mal. L'opinion se fait bavardage nauséabond car elle prend sa source dans son propre bavardage qui a tendance à s'enfler pour convaincre, mais qui en réalité tourne sur lui-même, impuissant à signifier.

On veut dire "des vérités", "sa vérité". La vérité! Voilà un mot sur lequel il faut s'interroger également si on veut garder aux mots leur force et leur justesse.

Il serait bon de relire "1984" de George Orwell, et de comprendre ce qu'est la novlangue, ce langage corrompu, rigide d'un monde totalitaire qui se sert de cette langue pour corrompre la réalité.

La paix signifie la guerre,

La vérité signifie le mensonge,

La justice signifie l'injustice

Humain signifie inhumain

L'amour signifie la haine

J'ai entendu des propros lancés à la volée, des propos inquisiteurs, attendus, plats, relayés par des médias, qui en font des gorges chaudes tout en mettant en avant leur "volonté de témoigner de la parole des femmes". Il y aurait beaucoup à dire sur cette parole des femmes. On est précisément devant une réalité corrompue par un langage officiel et bien pensant. (entendre les paroles du Ministre de la Culture).

Je peux parler de ce film, qui nous est donné à voir. Je veux regarder cette oeuvre d'art. Pour le reste ... Je dis et j'affirme que je ne sais pas.

Dors,  dors ô mon beau silence, Berce moi car j'ai froid.

Je ne peux pas juger, de quel droit  puis-je condamner,   vitupérer,  accuser ?

"J'accuse" est un  film fort et singulier. Roman Polanski nous offre la beauté de son cinéma. Je veux le recevoir comme un cadeau, c'est le pouvoir du cinéma lorsqu'il se fait art. Jean Dujardin, Emmanuelle Seignier, Louis Garrel jouent juste.

La scène d'ouverture du film, me restera comme une des meilleures scènes de cinéma. La cruauté, comme une idée personnifiée,  y est magnifiquement filmée  par Roman Polanski. Une mise en scène qui  porte cette cruauté à des sommets, absente de paroles mais orchestrée comme une force qui écrase, qui dégrade.  Un lynchage officiel, cérémonial ... mais presque "pornographique"  au sens de Faulkner (mot rapporté par Isabelle Huppert, répondant à un journaliste sur ce qu'elle pensait des Césars, des jours après)

D'un côté le pouvoir de la force d'état qui organise la mise en scène de la dégradation de Dreyfus, et l'homme dégradé et condamné, seul face à l'injustice qui lui est faite.

Le geste de dégradation est un geste qui dégrade autant celui qui le commet que celui qui le subit. Le spectacle organisé en fait un geste pornographique.

D'aucuns y verront une parabole des accusations dont se défend Roman Polanski.

Je me souviens  de Tess avec Nastassja Kinski, et du Pianiste avec Adrien Brody, et je pense que Roman Polansky est un grand metteur en scène et ses oeuvres sont à voir et à revoir.

Sa récompense aux Césars est plus que méritée.

Pour le reste, je veux parler des accusations dont il fait l'objet, qu'en savons-nous ?

Ce dont je suis sûre, c'est que je ne peux ni  juger ni condamner.  La vérité est peut-être un mensonge.

Montaigne nous met en garde contre nos jugements.

Je voudrais aller chercher une piste de réflexion dans la (re-)lecture des Essais de Montaigne, vers lequel je me tourne souvent lorsque je me sens perdue, sans voix face à des jugements  qui semblent être sans fondements réels.

Je citerai Les Essais de Montaigne selon une lecture d'Hervé Caudron, professeur agrégé de philosophie,   et prendrai des phrases à méditer dans le chapitre du Jugement :

"Le jugement tient chez moi un siège magistral ..." Montaigne, Essais, III, 13.

Ainsi, de son lointain XVIème siècle, Montaigne nous parle et nous dit que nous (les hommes) sommes toujours prompts à juger (promptement).

Nous formulons des avis, nous exprimons des opinions qui révèlent nos convictions, notre point de vue personnel. "Le jugement est un outil à tous sujets, et se mêle partout" (I, 50).

Voulant réfléchir, au moins pour lui-même, sur les conditions d'un jugement éclairé, conscient de ses limites, Montaigne est amené à dénoncer, et cela d'un bout à l'autre des Essais, l'habituel dérèglement de notre esprit, prompt à se croire infaillible".

Il cherche à comprendre la logique d'un tel dogmatisme.

Comment nos opinions parviennent-elles à se croire indiscutables ? Comment des préjugés réussissent-ils à se développer, à s'étendre, à proliférer jusqu'à devenir des évidences pour presque tout le monde ? Comment deviennent-ils des vérités-mensonges ?

Comment l'opinion publique pèse t-elle sur les convictions de chacun ?

Ainsi nous parle Montaigne.

Témoin des pires cruautés et des injustices les plus criantes, Montaigne voit trop bien les conséquences du dogmatisme,  pour ne pas s'alarmer et écrire. (Je rappelle, qu'en France, au XVIème siècle, règnent les guerres de religions).

Il sait que l'opinion publique, se montre capable de conduire à des lynchages  : il lui suffit parfois de répandre des convictions haineuses sans fondement, vite amplifiées par la rumeur.

Bien juger est difficile et demande du temps. Comment l'opinion de la foule serait-elle assurée d'être vraie quand elle se laisse séduire par l'apparence et porter par l'émotion?

La folie partagée passe aisément pour du bon sens. Elle n'en est pas moins folie.

L'important n'est pas d'échapper au sentiment, à l'émotion , à la passion, mais de préserver sa liberté de jugement. Une forme d'aliénation commence chez celui qui n'est plus capable d'installer la moindre distance avec ce qu'il éprouve.

Et Montaigne nous dit  également :

Dans la colère, par exemple, nous nous laissons emporter par l'émotion. Plus rien ne compte que l'envie d'en découdre. Si nous souffrons, il nous faut un coupable, quelqu'un sur qui faire porter toute la responsabilité de ce qui nous arrive. Quitte à le construire de toutes pièces ... Nous n'avons pas toujours, hélas, besoin qu'un fait soit établi, avéré et "suivant cet usage, nous savons les fondements et les causes de mille choses qui ne furent jamais" (III, 11) Construire notre raisonnement sur une fiction ne nous fait pas peur. Plus précisément, nos raisonnements, qui peuvent être très ingénieux, sont commandés par le besoin de confirmer en permanence des convictions sans fondement. La folie aime croire qu'elle raisonne en  s'appuyant sur des observations indiscutables, sans voir qu'elle confond les "faits" et ses propres divagations.

La première forme de liberté intellectuelle, n'est-elle pas (selon Descartes qui reprend l'analyse de Montaigne) de savoir suspendre son jugement, faute de preuve ?

Je terminerai cette réflexion sur cette délicieuse phrase de Montaigne :

"La peste de l'homme, c'est l'opinion de savoir"(= c'est penser qu'il sait). Ainsi, croyant avoir raison, il nous semble vite inadmissible qu'on puisse s'obstiner à juger autrement que nous.

Voilà quelques phrases à méditer et qui seront ma réponse à cette polémique, éclairée par un esprit riche et libre du XVIème siècle, Montaigne. Je ne peux que vous encourager à lire et relire Montaigne.

Par ailleurs, relire Montaigne me relie à ma propre langue, savoureuse. Je me sens très proche de Montaigne, qui m'accueille par ses mots, ses phrases, avec générosité et rigueur. Le plaisir de lire et de raisonner, résonnent comme une musique sensuelle.

Dans la salle où a lieu la remise des Césars,  on a pu entendre une voix courageuse qui dit sans trembler et avec le sourire : "j'aime beaucoup Roman Polanski, et je suis très, très heureuse qu'il ait été récompensé. On peut ne pas être d'accord bien sûr, à condition de préserver la liberté d'opinion" Dans cette salle, où il était de bon ton d'accuser (je vous laisse continuer la phrase), la voix de Fannie Ardant était fraîche,  libre et courageuse.

Sur  les ondes, quelques jours plus tard, Isabelle Huppert évita aussi de tomber  dans le piège de l'emprise de l'opinion publique et proposa une méditation sur le mot "lynchage" qui pour William Faulkner est associé à "la pornographie".

Méfions-nous de nos jugements !  Quelle est la part des faits, et de ce que nous voulons faire dire aux faits ?

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(Je voudrais rappeler la conviction suspecte de Marguerite Duras sur la culpabilité de Christine Villemin, la mère de Grégory, le petit garçon de quatre ans retrouvé noyé et ligoté dans la Vologne.  Marguerite Duras a été aveuglée, et ignorant tout, pensait savoir).

J'ai lu les livres de Marguerite Duras et je les ai aimés, mais  je déplore sa faiblesse de jugement dans l'affaire Villemin, son attitude, son manque de discernement, de jugement. 

Elle écrit un article à scandale, « Sublime, forcément sublime », où elle décide que Christine Villemin est coupable. 30 ans plus tard, cet article controversé résonne toujours.)

C'est le pouvoir de l'art (son mystère) que de nous amener à mettre en doute nos trop grandes certitudes, qui sont souvent le fruit de notre aveuglement et de nos fantasmes. Ces fantasmes nous paraissent plus réels, car plus immédiats, plus séduisants, brûlants mais en fait,  ils sont cousus à la hâte, par les  fils de l'émotion qui doit se décharger coûte que coûte, et tout de suite.

L'Art va contre nos convictions et l'opinion publique. L'Art, comme le philosophe est peut-être au-dessus de la cité ?

L'Art n'avait pas sa place ce soir-là dans les paroles vulgaires qui ont été prononcées à la séance de remise des Césars. L'Art s'était absenté, s'était envolé vers d'autres lieux, d'autres contrées, avait migré,  estivé. Il s'était échappé. Il n'avait pas sa place, se sentait à l'étroit, l'air était irrespirable, il étouffait. Il avait perdu ses voiles de mystère et ses "semelles de vent".

Reviendrait-il ?

Dans cet article, j'ai abordé les mots suivants :

- Jugement

- opinion, réaction

- Vérité / Mensonge

- Art

- colère, émotion

- réflexion, pensée

Auteurs cités :  Georges Orwell (1984)

                           Montaigne (Les Essais)

                           Faulkner

                          Marguerite Duras (Interview)

 

Pour terminer ce long monologue, j'espère recevoir non pas des réactions mais des commentaires pensés et pesés,  qui ouvriront les esprits à d'autres réflexions.

Ce sera l'atelier  d'écriture que je propose aujourd'hui.

Je voudrais terminer mon article par les paroles d'un poète :

Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !

Paul Valéry   (1920) Le Cimetière Marin - extrait

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LES MAUX ET LES MOTS DES ADOS

sophiebraganti.wordpress.com

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Les Moulins de Sophie Branganti

Les Moulins, c'est un nom. Un lieu. Des gens.

Une cité à la périphérie de Nice. Un quartier qui semble être là depuis toujours mais qui n'a que quarante ans. Les enfants en sont fiers : c'est leur maison, leur cité sous le soleil. Pour en franchir les contours, il faut le vouloir, ou y vivre.

Dans une belle écriture, heurtée mais extrêmement fraîche, sensible, poétique et pleine d'humour tendre, Sophie Braganti donne à lire une suite de récits qui racontent la vie quotidienne de Sylvie, Mohamed, Catherine ou Élisabeth, des enfants vivants dans ces immeubles HLM où difficultés et joie de vivre sont étroitement liées.

Sophie Braganti aime son quartier et c'est avec la plume comme avec son coeur qu'elle invite à le découvrir, ce quartier qui possède ses règles, ses habitudes et ses espoirs qui construisent l'identité de cet îlot à l'orée de la Plaine de Var.

Je vous invite à lire Sophie Braganti afin de percevoir votre ville de Nice sous un aspect aussi inhabituel qu'agréable qui vous fera, peut-être penser que cette fois-ci... C'est arrivé près de chez vous.

L'auteur

Sophie Braganti, écrivain, poète et critique d'art, vit et travaille à Nice. Publiée dans des revues de poésie, d'art ainsi qu'aux éditions de l'Amourier, elle a longtemps écrit pour la revue Dada (Mango) et tient aujourd'hui une rubrique pour la revue 9 de coeur (Le Seuil).

Elle anime des ateliers d'écriture et connaît bien le milieu des enfants et des adolescents, ceux des quartiers en difficulté, ceux où se mêlent, se rencontrent et s'affrontent des jeunes, dans la complicité ou (et) l'agressivité.

Projet : Rencontre avec Sophie Braganti  le mardi ..............

Classe : TMS2     (élèves de terminale en secrétariat)
Mars .....................

Séance du 8 mars .............

Lecture des livres de Sophie Braganti : Les Moulins
                                                                             Vrac
                                                                             Silvia Baci

Mise en commun en fin de séance :

Les questions et observations après une première lecture de ces livres :


Les Moulins :
Rania :
"L’auteur parle de son ennui le dimanche et l’été. Pourquoi ?
Nous sommes différentes (musulmanes/catholiques)
Nous avons des points communs : chercher un refuge en dehors de chez nous – elle parle beaucoup des caves. Les caves pour nous ne sont plus un refuge."

Moinourou :
"L’auteur parle des ruelles, des places, de la Digue des Français, de la grande Tour. C’est la réalité.
Cependant : les prénoms sont-ils réels ? Est-ce que l’auteur a donné d’autres prénoms ?
Les personnages sont-ils réels ?
Quel est le rôle de l’oubli pour l’auteur ?
Il y a des mots choquants sur les camarades de classe. Leur physique."

 

Shérazade :

"Avant et maintenant. Les Moulins de Sophie Braganti ne ressemblent pas aux Moulins d’aujourd’hui.
Les personnes autour : voisines, copines.
C’est étrange, la petite fille de huit ans qui joue en bas de chez elle. Cela ne me semble plus possible aujourd’hui".

Naourez :
"L’auteur « critique » ses camarades de classe. Cela ne se fait pas.
L’exemple d’Elisabeth me choque.
Les mots sont familiers : « pisser …. » Pourquoi mettre des mots comme cela dans un livre ?
Allusion à la couleur de la peau : Pourquoi ?"

Jurjura :
"Pourquoi des mots vulgaires ?"

Sarah :
"La couverture du livre : Je ne comprends pas le rapport avec les Moulins".

Vrac

Fatima :
"Je suis gênée par le manque de ponctuation.
Pourquoi l’auteur a-t-elle choisi d’enlever la ponctuation ?
Il n’y a ni chapitre, ni titre.
J’ai du mal à trouver un sens ….
Est-ce que ce livre est né d’un journal ?
Quel est le sens de cette accumulation ?"


Fanny :
   - "Pourquoi sa mère n’arrête t-elle pas de la comparer avec d’autres personnes ? Alors qu’elle voudrait être elle-même".
P15

Travaux d’écriture prolongeant la lecture

Chercher des questions à poser à l’auteur : (trois ou quatre)
Pour mieux connaître son travail et sa vie d’écrivain.
Les problèmes qu’elle rencontre.
Ses joies et satisfactions.

Questions sur la lecture :


   - Ecrire sur soi. Pourquoi ? Comment ?  
   - Les thèmes abordés : les lieux choisis, les personnages, la mort, les rêves, les conversations, le souvenir de l’exil, la langue parlée à la maison, les mots employés ….

ECRITURE :
A la manière de Sophie Braganti ,


Ecrire sur soi : Choisissez un thème parmi ceux proposés et à vos plumes ! (15/20 lignes)
 Racontez un souvenir
 Ecrivez sur un personnage qui a compté pour vous
 Ecrivez sur  votre quartier
 Ecrivez sur l’histoire de vos grands-parents

 

Aujourd'hui, dans cet article,  je voudrais raviver le souvenir de l'atelier de lecture en présence de Sophie Braganti, auteure de poésies, et de romans,  à Nice. J'ai gardé un souvenir très vif et chaleureux de cet atelier où Sophie Braganti convoqua son enfance aux Moulins,  quartier populaire de grands ensembles HLM, à l'entrée ouest de Nice, dont elle a fait un livre, objet de notre discussion.

Nous avons lu ce livre et préparé les questions pour la venue de Sophie Braganti.

Les adolescentes étaient intéressées par cette auteure qui leur parlait d'un quartier qu'elles connaissent bien, mais qui était déjà différent des Moulins de Sophie.  Une élève lui en voulait de parler des Moulins, ceux où elle vivait aujourd'hui,    comme si Sophie trahissait ... Une élève notamment cherchait à casser le lien entre les mots écrits et sa propre vie, et refusait de dialoguer avec Sophie.

Malgré l'intérêt de cette rencontre avec une auteure "vivante" et près de leur vécu, les adolescentes eurent beaucoup de mal à accepter cette autre réalité comme si elles étaient les seules à pouvoir en parler. Au lieu de rapprocher les deux générations, les mots, le livre, semblaient les séparer.

J'ai remarqué que cette attitude de rejet apparait souvent chez les adolescents et les adolescentes. Ce qui existait avant elles semble ne plus les concerner, pire, le "monde d'avant" semble les irriter et s'ériger comme un obstacle.

Cependant, le livre leur a permis de pouvoir parler de leur quartier, et de s'étonner de l'image qu'il leur renvoyait. Leur quartier existait donc avant elles, il était intéressant puisque Sophie, qui en était originaire,  était là avec elles, et en avait fait un livre. Ainsi, elles devenaient intéressantes  à travers lui,  et dignes de devenir des personnages de romans. Elles étaient la source de mille questions pour mieux comprendre le monde.

C'est pourquoi une autre séance sera consacrée à un atelier d'écriture où elles pourront poser leurs propres mots (et déposer leurs propres maux ...)

 

Merci à Sophie Braganti, pour sa venue parmi nous, pour son ouverture d'esprit, sa gentillesse et sa disponibilité. Je suis sûre que ces adolescentes, souvent en guerre avec elles-mêmes, se souviendront longtemps d'avoir eu la chance de la rencontrer.

 

 

 

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COMMENT LES MOTS VIENNENT AUX HOMMES

La danse est le "corps de l'âme".

Mon blogue se veut une réflexion sur la lecture et l'écriture. La lecture et l'écriture sont intimement liées aux autres arts dont elles peuvent se nourrir à l'infini des possibles et des variations.

Comment les mots viennent aux hommes, voilà ma méditation en forme de question, de ce jour. C'est comme cela, je me demande toujours comment les mots (peut-être associés à l'expression de nos  maux). Le français permet cette association grâce aux homonymes.  Isadora Duncan danse, danse et cherche  la justesse de ce qu'elle fait à partir de son élan vital, quelque chose qui jaillit du plus profond d'elle-même. Sans cesse elle expérimente, habite, vit la danse dans son corps et son coeur.  La danse d'Isadora prend sens et  lie ensemble  le corps,  (son berceau, son nid ou naît le sens de ce qu'elle fait) et  le geste (qui en est l'esprit, le language et les mots). J'ai gardé le mot "homme", et je l'aime comme un berceau également.  Il est économe (il rassemble hommes, femmes, enfants), il est beau, son genre est neutre, il ne signifie pas l'homme sexué, mais ce qui lie les hommes entre eux,  sans aucune connotation , à la différence d'humanité, qui elle, est chargée d'affectivité, d'amour et de souffrance.  Cet espace neutre  permet une liberté.

En français, et dans les langues latines,  le neutre n'existe pas  en tant que tel, physiquement. Il se réfugie dans le masculin parfois , et parfois dans le féminin. Il serait intéressant d'étudier  la part de féminin dans les mots signifiant un espace neutre par exemple le mot "humanité" qui regroupe, hommes, femmes, enfants et la part de masculin dans le mot "homme", lorsqu'il est neutre et qu'il couvre le genre humain.  Dans les pays latins, le monde, la réalité ont  été découpés en féminin et masculin. Dans les pays anglo-saxons et de langue allemande, le neutre existe et s'inscrit dans le langage. C'est le "it" et le "es". La réalité est découpée différemment, et sans aucun doute la grammaire nous fait entrevoir des réalités différentes, qui ont chacune leur raisons ou pas, leur manière de sentir les choses et de les exprimer.

Peut-être, les batailles  actuelles dans l'espace public sur le genre, viennent-elles de cette confusion entre le monde anglo-saxon (ah! l'Amérique avec son troisième genre) et le nôtre (avec le masculin et le féminin gravés dans toutes les choses qui nous entourent), et  d'un manque de réflexion sur notre langue et sur ce que les mots veulent dire sans prévaloir  d'un jugement négatif quelconque qui fermerait tout questionnement.

J'en appelle à tous les experts  à faire part de ce qu'ils ont observé sur  ce fait de langue, et de  le considérer comme une expérience à vivre, une expérience humaine. Bien sûr il faut garder à l'esprit qu'une réponse toute faite serait le naufrage de la question (Albert Camus). En fait c'est la question qui est ouverte et qui reste le vrai sujet et qui évitera tous les préjugés et les partis pris.

J'y reviendrai plus tard car ce n'était pas mon sujet du jour. Celui-ci s'est invité dans ma réflexion, et je l'ai laissé passer, car je pense aussi qu'il faut saisir le moment, l'opportunité d'écrire (cela fait partie de l'élan de départ, de la naissance de l'écriture, "des mouches à saisir au vol").

Mon sujet d'aujourd'hui est Isadora Duncan, danseuse hors norme, sur l'instant, dans l'âme du mouvement, prenant son élan de son existence présente, comme le mot que l'on saisit au vol (réf. voir mon article sur les pensées plumes de Louise Bourgeois, et les mouches qu'il faut attraper avant qu'elles ne s'échappent). Mais quel est son rapport avec le désir d'écrire ?

En janvier, j'ai vu deux films en rapport avec la danse, et je me suis posé beaucoup de questions,  ce que le langage dansé, signifié (aux autres, sur la scène) signifiait ... Quel sens donner aux gestes inscrits sur la grande feuille blanche de l'espace. Les gestes sont silencieux mais ils parlent, ils crient , muets, des mots qui sortent du corps et y restent enfouis. Les mots lus ou écrits sont aussi des mouvements de l'âme, muets jusqu'à ce que quelqu'un les écrive, et les entende sur une scène,  les emporte et les offre à quelqu'un d'autre. Et ainsi se forme une longue chaîne entre les hommes.

J'ai vu le  très  beau film de Damien Manivel, film-atelier, ni documentaire ni fiction, qui célèbre les pouvoirs de la danse, "Les enfants d'Isadora".

Agathe Bonitzer en est l'interprète. En 1913, Isadora Duncan perd ses enfants  et crée un solo de danse, intitulé "la Mère" , afin de les laisser partir, s'éloigner d'elle.  Un peu comme Moïse, déposé par sa mère esclave sur le Nil, vers sa liberté.  Isadora offre, donne cette liberté à ses enfants morts. La gestuelle, cherchée et cherchée encore et encore, dit l'arrachement , le vide.  Petit à petit, la gestuelle  s'allège pour porter le poids de la tristesse. Surgit alors comme une réponse à la mort inacceptable, une grâce que seule la danse peut porter, une grâce presque consolatrice. La caméra de Damien Manivel filme au plus près de la force et du mystère de la danse. Cela donne un film rare, d'une grande pureté.

Avec : Agathe Bonitzer, Manon Carpentier (jeune élève) Marika Rizi (professeur) et Elsa Wolliatson (danseuse)

 

 Cunningham dans "changeling", créé en 1957 à Brooklyn

Cunningham dans "changeling", créé en 1957 à Brooklyn

A l'intérieur des limites du corps il y a une infinité de variations possibles. Il y a beaucoup de façons de dire les mêmes choses. Ayez une sorte de conversation avec vous même.

C'est le deuxième film que j'ai vu en janvier sur la danse :"Cunningham". C'est un film-documentaire d'Alla Kovgan, réalisatrice russe, qui découvre le travail de ce grand chorégraphe américain, extrêmement précis, presque mathématique. La pièce "Variations V" filmée par le réalisateur d'avant garde Stan Vanderbeek sur une musique de John Cage, a été pour elle une révélation. La vidéo devient un instrument de travail, pourtant Merce Cunningham ne se dit pas "moderne", d'ailleurs quelle importance ? "Mes danseurs et moi formons un groupe d'individus. C'est donc ce que nous sommes, sur scène comme dans la vie, des gens qui bougent".

Ce film m'a amenée à m'interroger sur le processus d'écriture. Car on pose la question à Merce Cunningham : "Why do you dance ? Do you want to express something, or a feeling, or a story ?"

Merce Cunningham répond :" I just do it and that's all". C'est ce constat, très pur et très simple, qui a confirmé le sillon que je creuse tous les jours sur l'écriture et qui peut également être une motivation pour vous :"just do it and that's all" 

Pourquoi lisez-vous ou écrivez-vous ? Faut-il de bonnes raisons pour cela ? Certaines seraient-elles meilleures que d'autres ? Faites le et c'est tout. Les questions viendront après, en pratiquant les mots, l'écriture, la lecture. Expérimentez, goûtez, observez.

Commencez comme cela, écrivez.  Etre dans son écriture comme l'on est dans la vie.

 

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UN REVEILLON AVEC LOUISE BOURGEOIS - New Year's eve

"I've been to hell and back" Louise Bourgeois 1996

"I've been to hell and back" Louise Bourgeois 1996

"I've been to hell and back and let me tell you it was wonderful" 1996.

Louise Bourgeois a brodé ces mots sur plusieurs mouchoirs carrés de couleur pastel (rose, bleu), de 29.5 cm x 29.5 cm.

Le texte et le médium utilisés renvoient à sa vie personnelle. Ses parents restauraient des tapisseries. On voit bien ici que ces mouchoirs brodés répondent à une image cliché des femmes, qui font des travaux de broderie à la maison. Cependant cette image est altérée par le message "I've been ..." (Je suis allée en enfer et j'en suis revenue, et laissez moi vous dire, c'était merveilleux).

En nous laissant ces mots brodés, Louise Bourgeois interroge le rôle de la femme, et le sien en particulier, qui s'inscrit à la fois dans une continuité (ses parents restaurateurs de tapisserie) et dans une rupture (le message).

 

En ce jour du 31 décembre, je me suis mise à écrire, avec une certaine délectation. Mes amis et amies n'étaient pas encore rentrés, et comme c'est un peu une date sensible où l'on se retourne sur l'année écoulée, et où l'on regarde devant soi, j'ai voulu la célébrer en écrivant dans mon blogue, qui est un exercice d'écriture complet, du moins je le considère comme tel, où des lecteurs me rejoignent. Un peu de nostalgie a réussi malgré tout à s'inviter. Je l'ai accueillie  telle une compagne un peu embarrassante, mais je n'ai pas cherché à la repousser comme une intruse, je savais que ce serait peine perdue. J'ai ainsi reçu les mots qui se sont présentés avec elle, sans invitation, sur le vif, comme je les aime, toujours étonnants lorsque j'arrive à les rassembler tous dans un atelier-plume, léger, volatile,  et doux au toucher. Bref, j'étais seule, cela arrive.

Je suis allée voir Louise Bourgeois, du côté d'internet,  pour en connaître un peu plus sur cette artiste d'origine française et mondialement connue. C'est en retrouvant une carte postale montrant ses petites broderies,  que j'ai décidé de chercher et de lui faire une visite virtuelle.

Le photographe, Jean-François Jaussaud a fait un livre sur elle : Femme-Maison, aux éditions Albin-Michel, avec une préface de Marie-Laure Bernadac et Xavier Girard. Dans ce livre, il témoigne de son amitié, et mêle des photos  de sa maison de Chelsea, et de son atelier à Brooklyn, de ses sculptures, de ses notes et de ses "pensées-plumes".

A nouveau, je me trouve en relation étroite avec cette artiste. Atelier-plume, pensées-plumes ... concordances, coîncidences, correspondances ... Cela m'entraîne plus loin. Quelles sont ces pensées-plumes qui semblent être les siennes et peut-être les miennes ?

Elle dit : " Il n'y a que deux choses qui comptent dans notre vie amoureuse : la table de la salle à manger où nos parents nous ont fait souffrir. Et le lit où on s'allonge avec son mari. C'est là que les enfants sont nés et c'est là que l'on va mourir. En réalité ces deux objets font la même taille, ils ne forment qu'un seul et même objet".

J'écris :

Etude rectangulaire de la vie, simplifiée à l'extrême, dépouillée.

Je continue mes recherches et écoute sur Youtube, une conversation en anglais avec Jerry Gorovoy.

Jerry Gorovoy était l'assistant de Louise Bourgeois pendant plus de trente ans. Il a une connaissance profonde de son travail  et a joué un rôle clé dans le développement et la création artistiques de Louise Bourgeois, comme elle l'a si souvent souligné elle-même. C'est grâce à lui que beaucoup de ses oeuvres purent  naître et exister. Le thème central de cette vidéo est la réflexion sur la signification des oeuvres de Louise en tant qu'artiste et son rôle phare pour une génération d'artiste. Vous pouvez trouver cette vidéo très facilement sur Youtube.

Les réflexions sur l'art, les choix possibles, guident souvent mon petit atelier "dans un trou de verdure à Nice"  et l'écoute de Louise "m'ouvre à" ou confirme des choix que j'ai déjà faits.

Louise dit : "I'm not what I say, I'm what I do" ("Je ne suis pas ce que je dis, je suis ce que je fais" - voir vidéo Youtube : A prisoner of my memories (prisonnière de mes souvenirs).

Elle dit aussi : "I transform hate into love" (je transforme la haine en amour") "trying, failing and doing it again" (m'essayant, échouant et le faisant à nouveau).

Louise lost her mother when she was 21 and had to burry her son. (Louise perdit sa mère à 21 ans et enterra l'un de ses fils).

Cela donna lieu à un livre écrit avec Tracey Emin "Do not abondon me" (ne m'abandonne pas), où l'on peut admirer   les nombreuses aquarelles qu'elles se mit à peindre.

Louise Bourgeois est surtout connue pour ses sculptures gigantesques d'araignées, elles-mêmes enfermées dans des grillages de fer qui laissent voir l'intérieur et leur ventre  rempli d'oeufs.  Métaphore inquiétante de la mère, à la fois protectrice et dangereuse. Vous aimerez les araignées de Louise Bourgeois et sûrement, vous les regarderez autrement chez vous, avec amour.

La connaître autrement,  par ses paroles, ses mots, éclaire son oeuvre et nourrit mon petit atelier portatif, (mon atelier-plume) portant des oeufs prêts à éclore. Va-et-vient d'images, de mots, de pensées lourdes ou plumes. Il n'y a peut-être pas de pensées-plumes sans pensées-lourdes.

C'est alors que je me rendis compte de l'état d'abandon de mon lit, déserté et défait, dans sa rectangularité.

Je vois mon lit défait

chaud de la nuit

Pâle et plein de rides

Un chat y sommeille

Il se met en coussin

Les vibrisses en alerte

A tous les silences

Qui traversent

buissons épineux

Le jour qui pointe son nez humide

Tout replié

Tout ramassé

Tout en lui-même

Tout en écoute

En attente de rien

Il respire pourtant

Tout en-dedans

Tout en-dehors

Un petit coussin,

Tout échevelé,

Qui monte et qui descend.

Le 31 décembre 2019 ,  Nice  (poème de l'instant - une expérience de traduction - Sur la rive d'une année nouvelle)

I will continue in English and give a translation of  this poem of that very moment, in its platitude and triviality. However it is special and unique, and the color of it is quite nostalgic. It came like this ... and I didn't do anything to restrain it.

 

I can see my bed now

all messed up still

warm of the pale night

and deeply wrinkled

A cat is looking for a place to sleep

Like a pillow he is

all coiled up

His shrublike moustache

on alert

is listening to silences

Which pass through the daylight

 Shows its muggy nose

All withdrawn into himself

and all stocky

All within

All listening

And waiting for nothing

breathes though

All within

and all out of himself

A little hairy pillow

He was,

dishevelled,

that goes up and down.

Laurence Marie Noé (a poem of the instant - an experience of translation). On the shore of a new year.

English and other foreign languages, which I continue to study, send me back to my own mother tongue, and add a special color to it, the color of strangeness, (étranger/étrangeté),  novelty, and freshness. English for example makes strange something very common, very ordinary and normally flat, but as  the music of English sounds differently,  French suddenly appears  new and echoing differently too. It's a good experience to translate and  try another language in a poetic way of writing. This is the reason why I started this workshop. To experience something new and very tasty  and in the end, very exciting. When you come back to French, you can hear it as if you were speaking a new language and as if it were the first day you can speak it. It opens new frontier of writing because it a new and everlasting experience. Try it if you can, and for the moment just keep it as an opportunity or a possibility which can be lived and felt.  Translating (it's like an incredible journey, you can fly through meanings, and signs, and words and grammar altogether), it makes you shift to something else you do not know yet.

Le mot "translation"  existe en français également et signifie "transfert" - donc voyage en quelque sorte. Ce mot est littéraire  et porte en lui l'action de déplacer quelque chose ou quelqu'un. Il s'agit  donc bien ici (dans l'écriture et la traduction dans une autre langue) de la possibilité d'une expérience d'étrangeté, et  d'ailleurs, pareille au voyage, celui qui vous fait traverser les signes et significations, les mots et la grammaire comme un paysage. L'atelier d'écriture peut mener où l'on veut et prendre des formes infinies, qu'une vie ne suffira pas à épuiser.

C'est aussi cette réalité que je voudrais partager et essayer de vivre pas à pas, expérimenter, chercher, essayer, se tromper et recommencer ... sans se restreindre. Tout est possible, comme dans l'art contemporain.

"JUST LET THEM BE"

This article is bilingual, I'll continue in English as I picked up the impulse from Louise's voice and words and from what she said about her creation,  and about the thoughts that she bore while creating such as her feather-thoughts (ses pensées-plumes). These "pensées-plumes" drew me to know more about her, and to know what she meant with that material, in her creative hours.

She says her ideas and thoughts are like flies and butterflies, you have to catch them. And then Louise, what do you do with them ? I just let them  be and create at the same time with what they are".

I think these words are very important in the act of writing and we should keep them in mind as a truth inside of us.

Traduction : Comme je voulais savoir ce que Louise entendait à propos de ses "pensées-plumes", elle dit que ses idées et ses pensées étaient comme des mouches et des papillons, qu'il faut les attraper au vol. Et alors, Louise, qu'en faites-vous de ces pensées-plumes ?  Je les laisse être ce qu'elles sont et je crée en même temps.

Nous pouvons apprendre beaucoup de ces artistes, qui en même temps qu'ils créent réfléchissent à leur création. C'est ce que nous ferons pas-à-pas au cours des ateliers, du moins c'est ainsi que je les voudrais.

Ecrivez dans vos carnets "vos pensées-plumes", laissez les voler et écrivez en même temps comme elles se présentent. C'est l'esprit de cet atelier, volatile !

 

 

"maman" de Louise Bourgeois - 1997

"maman" de Louise Bourgeois - 1997

Vidéos :

Interview with Jerry Gorovoy (in English)  vidéo

Boom Bang - Louise Bourgeois entretiens

Louise Bourgeois une vie - youtube

Louise Bourgeois - l'araignée la maîtresse et la mandarine

 
 
 
 

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LES SOURCES ET LES PUITS

le jardin de Hanbury à la Mortola sur la frontière italienne - automne 2017

le jardin de Hanbury à la Mortola sur la frontière italienne - automne 2017

Dans cet article, j'ajouterai au fur et à mesure, les références de mes lectures de livres,  d'articles, et d'écoutes d'émissions de radio. Je vous ferai part  des spectacles et des films, parfois des vidéos qui sont des sources d'inspiration et de savoirs qui déclenchent parfois le désir d'écrire.

Je mentionnerai également les lieux de promenade vagabondes en pays niçois, dans le Var et en Ligurie qui m'ont touchée, changée, emportée avec eux et ont habité et parfois  traversé mes écrits.

 

- Jean-Marie Gustave Le Clézio : Né le 13 avril 1940, à Nice. Auteur de romans, essais, livres de jeunesse, dont "Mondo et autres histoires", "Désert", "le chercheur d'or", "l'Africain", "Ritournelle de la faim",  "Alma". Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 2008, en tant qu’« écrivain de nouveaux départs, de l’aventure poétique et de l'extase sensuelle, explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ». Son œuvre est traduite en 36 langues.

- Luis Sepulveda : escritor Chileno

Luis Sepúlveda Calfucura est un écrivain chilien né le 4 octobre 1949 à Ovalle (Chili) et mort le 16 avril 2020 à Oviedo (Espagne).

Son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d'amour, traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, lui a apporté une renommée internationale. Son œuvre, fortement marquée par l'engagement politique et écologiste ainsi que par la répression des dictatures des années 1970, mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers1. 

- Sophie Braganti :

https://www.livre-provencealpescotedazur.fr/annuaire/sophie-braganti-MTC_043_6949074883

Sophie Braganti est une écrivaine, poétesse et critique d'art française, née le  à Nice

Livres jeunesse

  • L’univers de J.Bosch, Matisse, Van Gogh, Cézanne, Modigliani, Douanier Rousseau, Magritte, Michel-Ange, Flammarion, coll. « Grattage-coloriage », 
  • Minette et le lézard(ill. E.Mazet et A.Chéchille), éd. Grandir, 
  • Le chaton et la mouche(ill. E.Mazet et A.Chéchille), éd. Grandir, 
  • Moi, mon métier(ill. Albert Lemant), Mango, coll. « Album Dada », 
  • La première fois(ill. Carole Chaix), Mango, coll. « Album Dada », 
  • Dalin dalan(ill. Grazia Restelli), Grandir, coll. « Papiers coupés », 

- Marguerite Duras

- George Sand :

- Alain Fournier :

- Roman Polanski - "J'accuse"   (film 2020) - réalisateur

 

- Eloge des vagabondes :  gillesclement.com

France Inter :  L'heure des rêveurs. Le rêve d'un jardinier, Gilles Clément, émission du 28 mars 2014 France-Inter

https://www.senscritique.com/livre/Eloge des vagabondes.

Domaine du Rayol - le jardin des Méditerranées

www.domainedurayol.org

Le jardin Botanique de la ville de Nice - Un voyage au coeur du climat méditerranéen

Le jardin botanique Hanbury à la Mortola sur la frontière italienne

www.giardinihandbury.com

- François Cheng (de l'Académie française)  Enfin le royaume  chez Gallimard

Forme brève, mais moins abrupte que le haïku, le quatrain sait donner du rythme à la pensée, à l'émotion, à la suprise, il sait initier un questionnement, amorcer une méditation, esquisser un chant. A la suite des poètes chinois des origines, mais aussi d'Omar Khayyam et d'Emily Dickinson, François Cheng atteste ici du pouvoir singulier de ce mode d'expression resserré, pourtant si peu enclos, si ouvert aux résonances, aux errances fertiles, voire à une manière salutaire d'envoûtement simple.

- Emmanuel Godo  dans "Je n'ai jamais voyagé "  Gallimard 2018

Né en 1965 à Chaumont-en-Vexin,  poète, écrivain et essayiste français. Agrégé de Lettres et Docteur ès-Lettres, il est professeur de littérature en classe préparatoire au lycée Henri IV de Paris.

- Yasushi Inoué - La vague, nouvelle dans Pluie d'orage publié chez Stock

Né le 6 mai 1907 à Asahikawa et mort en 1991 à Tokyo. Il reçoit en 1950 le prix Akutagawa, la plus prestigieuse récompense littéraire du Japon pour "Le fusil de chasse".

Citation d'Inoué :" Même si la vie enfermée dans cette lettre ne doit durer que quinze à vingt minutes, oui même si cette vie doit avoir cette brièveté, je veux te révéler mon "moi" véritable".

Philippe Delerm :

Né en 1950, à Auvers-sur-Oise, écrivain français. Il fait des études de Lettres et devient enseignant. Il est l'inventeur d'un genre dont il est le seul représentant,  "l'instantané littéraire".  Ses écrits amènent à s'interroger sur la vie quotidienne, avec beaucoup de sensualité, aux moments qui s'écoulent, aux gestes, aux odeurs, parfums, goûts, sons. On se sent plus vivant à le lire. Je ne pouvais que rencontrer cet auteur et l'aimer. Il décrit ses contemporains et on se sent très proches.

Son grand succès : La première gorgée de bière

Actuellement en librairie : L'extase du selfie.

J'ai également beaucoup aimé : La sieste assassinée.

 

 

 

Isadora Duncan :  Née en 1877 à Sans Francisco, morte le 14  septembre  1927 à Nice, danseuse et chorégraphe américaine . Elle révolutionna la pratique de la danse par une grande liberté d'expression, et en puisant son inspiration dans les figures grecques antiques. Sa vie est ponctuée de drames personnels. Elle meurt tragiquement, le long foulart de soie qu'elle porte autour du cou se prend dans les rayons de la voiture Amilcar GS, décapotable.

Isadora tire sa première idée de la danse dans les mouvement des vagues du Pacifique. Elle danse pieds nus, voire totalement nue, à l'extérieur et s'affranchit de la musique, pour trouver son propre rythme interne et sa musicalité.

Merce Cunningham : Danseur et chorégraphe. Il est né en 1919 dans l'état de Washington, et meurt en 2009, à New-York. Lui aussi révolutionna le monde de la danse en y apportant la notion de hasard et en créant une scission entre la danse et la musique, apportant à la danse une grande liberté et une grande rigueur.

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OFFRIR DES LIVRES ENCORE DES LIVRES MAIS LESQUELS ?

16h Vagues submersives (un dimanche d'hiver, jetée du port de Nice janvier 2020)

16h Vagues submersives (un dimanche d'hiver, jetée du port de Nice janvier 2020)



Je ne parlerai pas,je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin , comme un bohémien,
Par la Nature, heureux comme avec une femme"

Sensations (Arthur Rimbaud)

J'ai poussé la porte de la librairie indépendante, "les Journées suspendues", à Nice, une petite librairie sur l'avenue Borriglione, petite mais qui regorge de livres aimés et rassemblés pour notre plus grand plaisir.

J'y ai découvert un livre "Opossums" de Marc Desombre (1994), beau en tant qu'objet (rare, en tirage limité sur bouffant Lucerne). En imprimerie, le papier bouffant est un papier sans apprêt, de forte épaisseur. Cela lui donne un bonne mine de pain cuit et quand on l'ouvre, il sent bon.

L'éditeur est Cheyne au Chambon-Sur-lignon, 43400. "Opposums" est le premier livre de Marc Desombre et il a été publié dans la collection Grands Fonds.

Ce livre a suscité de suite mon attention. sur la quatrième de couverture, j'ai pu lire :

"Le miroir qu'on promène sur les chemins de la vie parfois se brise. Commence alors un lent travail, obstiné et mélancolique, pour récupérer les morceaux épars de soi et du monde. C'est à cet effort de reconstitution que s'applique Marc Desombre, tissant aux mailles du silence et de la parole un texte peu à peu retrouvé où se lisent fragments de mémoire, instants d'émotion, visions précaires, "trois fois rien" en effet. Mais il arrive que la vie de nouveau respire et tremble dans ces petites choses. Opossums est comme le journal de bord de cette patiente reconquête".

Si vous avez commencé à lire mon blogue, vous comprendrez de suite pourquoi j'ai emporté ce livre comme un trésor. De plus le titre "Opossums" au pluriel m'a rappelé ce petit marsupial carnivore  qui courait  sur un parking à Colombus, Ohio,  par un après-midi bleu d'été. Déjà, vous connaissez un mot dans la langue algonquienne d'une peuplade indienne d'Amérique, le mot "Opossums", ce mot est une invitation au voyage en soi-même.

En voici un extrait :
 

Le 22 septembre

8h

Un grand chêne, face à la cour de l'école, soufflait une chanson qu'il me semblait connaître; Mon père entrait dans la chambre; il tenait un plateau sur lequel apparaissait, parmi tartines et pots de confiture, l'image fragmentée du vieux continent.

Des gens passaient dans la rue.

La poussière habillait un rai de soleil.

Je me souviens avoir cherché longtemps sur une carte, l'île d'Ithaque.

 

Nous faisions des Arts Plastiques en classe le mardi matin. Le peintre qui venait, un homme efféminé d'une quarantaine d'années, répétait souvent d'une voix enrouée : "Faites exploser sur vos feuilles tous les feux d'artifice ! Des formes se dévoileront : tel jour une pierre, tel jour une plante, un animal. Telle heure un paysage ou un visage. Sachez saisir ce qui commence ou qui finit. Je n'aime pas l'ordre. je n'aime pas le désordre. J'aime le visage, le paysage."

Nous ne comprenions pas ces paroles, mais nous n'osions rien dire tant l'enthousiasme du professeur était grand, et tant nous avions peur de paraître idiots face à nos camarades."

Minuit

Echos d'une guerre lointaine à la radio;

J'entends les pas dans le couloir, les pas syncopés et légers d'une femme timide, blessée. Elle chante souvent la nuit, quelque part entre mes rêves  et les éclaboussures de lumière sur sa bouteille vide.

On voit bien que la lecture et l'écriture se rejoignent et deviennent une quête, cette même quête  et conquête du monde, à travers les rêves qu'elles suscitent,  voyages immobiles ou réels. La réalité et l'imaginaire se superposent, se croisent, dansent ce pas de deux sans fin, liés de frémissants désirs toujours renouvelés.

Chaque livre de la collection Grands Fonds accueille, en marge de tout genre littéraire codifié, des pages plus secrètes, témoins d'une vie qui s'inquiète et s'interroge.

Chaque livre de cette collection est beau. Cheyne imprimeur-éditeur est labellisé imprim'vert, les tirages sont limités et ce ne sont pas des livres à jeter, ce sont des livres à aimer, à garder ou à offrir et des livres à goûter, et à déguster.

Avec le livre, il y avait un mot de l'éditeur, (Jean-François Mannier, Cheyne éditeur), que je vais  partager avec vous, car il est précieux. Je vous confierai ce mot en photo dans mon blogue demain.


 

Voici le mot glissé dans un livre par Jean-François Manier (Cheyne éditeur) et qui m'a fait signe.

                   ELOGE DE LA LENTEUR

 

Face au risque de n'avoir plus à déguster, dans un avenir proche, qu'une littérature "fast food", il me paraît urgent de résister aux pouvoirs grandissants des gestionnaires de la culture.

Le livre est un tel enjeu qu'il exige d'autres critères de valeur que sa seule vitesse de rotation. Et je crois même que son irremplaçable richesse tient à ses lenteurs, à ses pesanteurs.Ce sont ces contraintes qui font du livre cette liberté qui dure.

Oui, il faut un autre temps pour le livre : un temps pour l'écrivain face à son oeuvre, pour l'artisan face aux papiers, aux encres, un temps aussi pour le bibliothècaire en ses choix, le libraire en son commerce, comme pour le lecteur en son plaisir.

Le temps, sans doute, que mûrissent les rencontres, que s'accomplissent les imprévisibles métamorphoses. Le temps du lent émerveillement.

Celui de l'urgence d'aimer.

Merci Monsieur Manier pour ces mots et cet éloge de la lenteur, ces mots font du bien.

 

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