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DE LA LECTURE AUX ECLATS D'ECRITURE

poirier en fleurs Boulevard Borriglione à Nice

poirier en fleurs Boulevard Borriglione à Nice

Le précédent article que j'ai écrit s'intitule : "les éclats de lectures vagabondes". Quand je l'ai écrit, j'ai d'abord pensé à des morceaux de lectures, comme des petites pièces de musique, ou des morceaux de verre éclatés.

Ces morceaux de lectures, ou  ces éclats de lecture contiennent en eux-mêmes un jaillissement, une source à laquelle je viens m'abreuver, lire et relire.

Ces éclats ont aussi été produits par  une éruption, une lumière,  un élan. Et leur vitalité  produit aussi un désir d'écrire. Leur luminosité reste en mémoire.

Ainsi les  poèmes de Rimbaud  contiennent des éclats qui viennent s'imprimer dans mes souvenirs. Certaines lectures sont si riches en sensations qu'elles viennent en aide au moment d'écrire.

 

 

In 'Les illuminations" de Rimbaud, je vous invite à relire Aube

 

J'ai embrassé l'aube d'été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

Le première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassai.

En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

Vous pourrez trouver ce poème en prose, en audio à la référence ci-dessous.

17 Arthur Rimbaud_ Aube.m4a

Mais ce qui est encore mieux, c'est de le dire à voix haute, pour soi et faire résonner les sons et les images qui s'inscrivent dans un mouvement de caméra. (en travelling)

Cette lecture à voix haute correspond à

MON ATELIER PREFERE : LES ECLATS DE L'AUBE (4)

Catégorie : Les ateliers d'écriture

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JETS DE LECTURES VAGABONDES

fragment d'un tableau de Twombly - sans titre - 2007

fragment d'un tableau de Twombly - sans titre - 2007

Un atelier d'écriture quel qu'il soit, nécessite que je parle de mes lectures, des joyaux que je découvre au fur et à mesure.

1) lecture et écriture d'un fragment de tableau

En couverture, j'ai mis un éclat d'une oeuvre de l'artiste américain Twombly, Sans titre, 2007. (Acrylique, crayon à la cire et crayon de couleur sur panneau de bois). Ce choix montre que  le geste et l'écriture sont intimement liés. La force du geste, dans son élan ne s'embarrasse pas  de conserver la forme d'une fleur (comme écrasée, éclaboussée) ni de rattraper les coulures. La puissance de l'élan est ce qui compte. Le sentiment qui s'en dégage est violent, les couleurs contrastées.

"Twombly dit à sa manière que l'essence de l'écriture, ce n'est ni une forme ni un usage, mais seulement un geste, le geste qui la produit en la laissant traîner : un brouillis, presque une salissure, une négligence". (in préface de Roland Barthe du catalogue raisonné des oeuvres sur papier de Cy Twombly (1979). L'artiste semble ne pas vouloir achever son oeuvre, au sens où on l'entend, c'est à dire à achever une forme (ici des fleurs) et lui préférer le mystère et la force de  l'intention de départ, qui crée le mouvement vers la vie ou vers sa décomposition. Ainsi l'élan est intact jusqu'à la fin.

Pourquoi raconter tout cela ? Quelle est la relation avec l'atelier d'écriture ?  Le tableau dans sa finitude, ses limites spatiales, variables à l'infini, devient un atelier en soi, où s'inscrivent  des signes, des couleurs, des lumières, des émerveillements qui viennent se mêler à des lectures, des voyages, des observations, comme la littérature.

Mon atelier d'écriture, je le voudrais dans ce format poétique, qui permet des fragments, des éclats de lectures, partout où nous pourrons nourrir cet élan vers une création écrite. L'atelier en lui-même emplit nos pensées, oriente nos lectures, et sa cohérence nous apparaîtra et nous sera révélée. Alors les notes prises  dans nos carnets, nos observations, nos souvenirs, les livres que nous avons lus s'ordonneront selon un ordre qui pour nous, fera sens. (Le sens étant proche et indissociable de la sensibilité qui nous est personnelle, et qui peut s'affiner, s'aiguiser).

Je vais bien sûr vous proposer des lectures, que vous pourrez vous approprier, et rajouter à vos expériences et que nous pourrons partager.

Pour le moment, vous ne voyez pas bien où je veux aller. Je ne vous donnerai jamais d'injonctions, de restrictions, de limites, je ne vous donnerai pas non plus de "trucs", de "prêt-à-écrire", de trousses à outils d'écriture.

Je ne vous donnerai pas non plus "d'il faut que", car le problème reste entier pour porter un regard neuf sur la langue, quand celle-ci semble de plus en plus formatée, et semble de plus en plus une langue usée par un espace public lui aussi formaté et lissé. (auquel on enlève toute aspérité, coulure, salissure).

2) Lectures de quatrains

François Cheng "Enfin le royaume" Gallimard

Par sa forme brève, le quatrain rythme le flux de la pensée, de l'émotion, de la surprise. Il s'intéresse plus à comment initier un questionnement, amorcer une méditation, esquisser un chant. Le pouvoir des quatrains semblent ainsi résider dans ce commencement, cette origine, cette amorce de méditation. Notre pensée reste suspendue et cherche à nouveau dans le quatrain suivant la naissance de ce moment délicat (ce que j'appelle l'élan).

A ceux qui habitent la poésie,

Tu ouvres les volets, toute la nuit vient à toi,

Ses laves, ses geysers, et se mêlant à eux,

Le tout de toi-même, tes chagrins, tes émois,

Que fait résonner une très ancienne berceuse.

 

Au crépuscule, la nature exténuée

S'abandonne. Quelques corbeaux affamés

Picorent encore les restes du jour

Dans l'assiette ébréchée du couchant.

 

Vers le soir, abandonne-toi

à ton double destin :

Honorer la terre, et faire signe

aux filantes étoiles.

 

Silex du geste sans miroir,

     silex du rire sans écho,

Solitaire ombre debout

     contre la nuit sidérale.

 

Essayez de composer ainsi un quatrain, qui jaillira d'un moment  particulier de la journée où vous voudrez noter ce que vous observez  dans cet instant.

Envoyez-moi vos créations de plumes ...

 

 

 

 

 

 

 

Assise, La beauté, la mort la vie, l'âme, Enfin le Royaume, à Notre Dame, merci M. Cheng

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L'ATELIER PLUME

Mon atelier, feuilles inachevées  (Nice  2019)

Mon atelier, feuilles inachevées (Nice 2019)

Ce premier atelier, je le dédie à Fannie-Laure, qui aura seize ans demain, et à Clarisse qui en a huit car chaque jour elles me donnent la force d'avancer ...

L'atelier, je l'ai déjà  défini dans mes articles précédents. Il est le fruit de mes observations de la réalité. Ses possibilités sont infinies, et le fait qu'il ne demande qu'un peu d'attention, le rend disponible à chaque instant. Ainsi la vie s'écoule, dans la présence du moment et dans l'espace où il prend racine.

L'écriture est le résultat de l'élan d'origine. elle devient mouvement, se déplace avec moi, avec le rythme, l'équilibre, le silence qui s'impose de lui-même.

Souvenez-vous que la longueur importe peu. De même que dans un dessin, ou un ballet, importe peu la quantité de traits ou de pas,  que vous faites. Attachez-vous à ce que vous voyez, et si vous ne ressentez rien, votre écrit devra dire ce vide, cette absence, qui peut aussi être passionnante à observer.

Ainsi je vous donne l'exemple suivant :

Ce petit poème,(poème plume) a été écrit dans le bus à Nice (ligne 1), Avenue Malausséna, le 24 septembre 1982. Il faisait encore chaud, le bus avançait lentement, quand j'ai aperçu une femme à une fenêtre.

Et je regardais la solitude

Penchée à la fenêtre

Au teint de couperose

Bras replié en dedans

Sur une serviette rose

Je l'ai écrit d'un trait que j'ai voulu léger, car cette apparition a disparu avec la progression du bus sur l'avenue. Je l'ai voulu fugace, sans ponctuation car l'impression glânée au vol, était indissociable, et j'en avais presque le souffle coupé. Je me sentais cette apparition, j'étais cette apparition, et mon sentiment intérieur correspondait à ce que je voyais. Le rose, avec sa sonorité mélancolique s'est imposé. Le bras replié en dedans rendait compte de ce retrait du monde par rapport au trafic urbain. J'aimerais ne pas tout dire, et peut-être voyez-vous autre chose dans ce poème-plume ? Car le lecteur s'approprie les mots et les fait résonner avec ses cordes intérieures, qui n'appartiennent qu'à lui. C'est pourquoi, l'expérience de la lecture est si importante, car elle fait remonter des sensations qui nous sont propres.

 

 

 

Voici d'autres exemples, tirés de mes carnets, lors de mes errances.

Le 15 octobre 1988, voici ce que j'écris sur mon carnet (Tourrette-Levens) :

Désordre,

Les feuillets raturés sont éparpillés sur le sol comme des feuilles mortes.

 

Le 23 avril 1990, je vagabonde à Saorge et m'assieds un instant face à l'église du Poggio.

Le lavoir est un miroir

Le marronnier s'y égare

L'ombre solaire fuit le soir

je me lève et je pars.

Vagabondage sur la frontière italienne (20 avril 1990)

J'ai longtemps cherché le jardin de la Mortola,

Anne-Marie ...

 

Voilà, maintenant à vous d'essayer. Un crayon, un carnet, .... et vous et votre désir d'exister, de voir, de sentir, d'écouter, d'entendre, d'apprendre, de découvrir ce qui se passe.

Envoyez-moi vos poèmes-plumes, par messagerie, ou dans vos commentaires. Petit à petit, cet atelier prendra vie avec vous.

Demain, dés l'aube (quand j'écris cela, je ne peux m'empêcher de penser à Victor Hugo - Demain, dés l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, je partirai, vois-tu, je sais que tu m'attends ... qu'il a écrit après la disparition de sa fille Léopoldine), j'écrirai sur ce blogue, pour partager avec vous des lectures, que je range dans ma catégorie des poèmes-plume.

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L'ATELIER PORTATIF, LES CARNETS

l'élan crée la vague des mots et se brise sur les galets (Nice, été 2019)

Depuis trente ans, j'écris presque tous les jours dans des carnets. Quand j'écris, je suis portée par un certain rythme, un souffle qui me pousse vers des couleurs, des images, des sonorités, des impressions sur le vif.  Le rythme s'appuie sur  cet élan de départ, essentiel comme celui du danseur.  Il est à la fois instinctif et travaillé et le mouvement doit  se déployer avec justesse. Cette justesse, c'est  ce qui donnera le ton et la couleur de l'impression que l'on veut attraper. L'élan est la vie, et la vie dépend de cet élan, et des appuis que l'on prend quand on s'élance avec les mots.

Ces carnets silencieux dormaient dans un grand sac, au fond d'une armoire. Dans le moment et l'espace de ce blogue, je  vais  les ouvrir à nouveau, les dépoussiérer, et les parcourir . Ils forment mon journal au fil des années.  Le blogue est une entreprise différente, c'est un espace de partage alors que les  carnets sont  intimes.

Il est orienté sur le processus d'écriture, de lecture, et sur les ateliers que je propose au fur et à mesure.

La poésie par sa  liberté et son mystère, atteint cette qualité de  présence au monde, avec seulement quelques mots. Elle est devenue ma musique, et j'essaie de la cultiver avec régularité,  comme je cultive mon petit jardin enfoui quelque part dans Nice. J'y invite les mauvaises herbes, les fougères plumeuses et les bananiers élancés ainsi que les citronniers, l'oranger et  les  cumquats odorants, le sage olivier et l'arbousier sauvage. Ils cohabitent, et m'offrent un terrain de découvertes et d'interrogations perpétuelles.

Les carnets sont un outil essentiel d'écriture, ils sont mon atelier portatif où je collectionne des motifs, des objets et des sujets d'exploration. Cette prise de notes éparpillées, finit par dérouler un fil ténu d'un sujet à l'autre, un fil d'Ariane. J'aime le rythme lent des chemins de la lecture et de l'écriture. Les terres lointaines et inconnues ne m'apportent pas autant de joie que celle de  collecter avec lenteur, autour de moi des observations, dans le but peut-être de "se connaître soi-même", la plus grande aventure  jamais entreprise par l'homme, selon Montaigne. Et puis le seul être avec lequel on vivra le plus longtemps, c'est  soi-même, alors pourquoi s'éviter, se détourner, s'égarer, s'exiler,  de soi-même, n'est-ce pas passer à côté de sa vie, unique et courte ? 

Ce qui me ravit dans cette expérience de l'atelier d'écriture portatif, c' est de n'avoir besoin que d'un cahier et d'un crayon (qui marche, qui glisse, et court à son gré),  et de partir simplement, à côté de chez moi,  dans les collines ou dans la ville basse et blanche, pour y glâner des impressions, des portraits, des mots, des lieux, à la  réalité souvent très poétique.

La prochaine fois, (dans la semaine qui vient) je vous proposerai de commencer par un atelier léger comme une plume. J'espère qu'il déclenchera une écriture chez vous et peut-être un premier échange, un premier partage. Alors patience.

En attendant je vous donne quelques lignes à méditer, tirées du " trottoir au soleil" de Philippe Delerm.

"Parfois, un petit décalage de vocabulaire au charme étonnant, comme dans la lettre d'une jeune suédoise où j'ai trouvé ces mots :

"Devant mes yeux, le paysage d'automne est accompli".  

 

 

 

 

 Hasard des carnets : la journée s'écoule en découpages, en fragments, en phrases instantanées.

Hasard des carnets : la journée s'écoule en découpages, en fragments, en phrases instantanées.

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L'ESPRIT VAGABOND

Tout ce que j'ai écrit je l'ai écrit dans cette ombre paisible
Juste à côté de vous dans le silence heureux" Extrait de "A mes filles" in "Je n'ai jamais voyagé"

Emmanuel Godo

Novembre 2019 :

"J'irai dans des maisons que je ne saurai pas". (Charles Péguy : Adieux à la Meuse). Plus de trente ans que j'écris chaque jour qui se lève, dans Nice,  des carnets muets qui  contiennent des mots muets, gardiens silencieux de ma vie qui s'écoule doucement comme la Meuse.

Il sont les témoins de ma présence au monde, dans une tranquille intranquillité. Les dérives, parcours sans but précis, sont un prétexte aux vagabondages, les pieds bien à plat sur la terre, le nez en l'air, des mots en poche et la curiosité en éveil.

Des dessins pour rien, sinon pour dessiner, des notes prises au vol d'oiseaux migrateurs ou sédentaires, et la quête, toujours là, battante, en bandoulière,  sont des trésors ordinaires et quotidiens. Ils résonnent  en moi, étrangement, sourdement de toutes mes expériences lilliputiennes.

Mon blogue est un atelier d'écriture et de lecture, les deux étant inséparables, liés dans un pas- de-deux sans fin. Il est mon chemin, mon chantier, un peu fouillis, un peu ébouriffé, mal coiffé. Les désordres me vont s'ils permettent des découvertes, des rencontres et qui sait ?  quelques créations.

Il peut y avoir des lectures sans écritures, mais il ne peut y avoir d'écritures sans lecture, sans livre. Le livre est extraordinaire, il mène à des royaumes, des questions sans fin, des satisfactions profondes. Avec lui, on ne peut s'ennuyer, jamais. Mais le livre fera peut-être l'objet d'un atelier, plus tard, à lui seul. 

Je finirai cette journée par des lignes volées à Philippe Delerm dans "Le trottoir au soleil" et que j'ai lu hier avec délectation alors que j'attendais que le traitement que je dois suivre, s'achevât ... et que la pluie cessât de tomber.

"Je reçois assez souvent des témoignages de plaisirs minuscules. Ils prennent moins la forme de suggestions d'écriture que celle d'une complicité discrète. Une façon de partager le monde. De partager, pas de confondre. Au demeurant, je n'éprouve jamais l'envie d'écrire sur un sujet ainsi évoqué. Mais je n'ai plus le désir de les goûter. Pour ténu, humble qu'il puisse sembler, le plaisir minuscule est une possession personnelle dont les racines ont bien souvent à voir avec l'intensité des sensations d'enfance. Chaque individu reste une île. Un île courtoise, qui se laisse accoster, mais pas envahir."

Sur mon chemin, mon île, j'ai rencontré Philippe Delerm, je me suis trouvée en accord, en harmonie avec lui. Qu'il continue à nous ravir en nous racontant "le trottoir  au soleil". En plus de son observation aigüe des choses, il ouvre son livre sur des vers de François de Cornière :

"Je prends le plus souvent

Le trottoir au soleil.

J'y pense en traversant la rue

Pour quitter l'ombre

rejoindre de l'autre côté mon ombre

qui maintenant me suit.

Je trouve ainsi dans les auteurs que j'aime et que je rencontre,  des similitudes, des coïncidences,   qui expliquent et fondent le désir d'écrire. Je ressens le même le goût  du silence. 

 

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